Brésil : Les peuples autochtones en résistance Luttes sociales et environnementales

, par Autres Brésils

Les populations autochtones sont aujourd’hui une minorité dans le continent latino-américain. Les vagues d’extermination massives de la colonisation ont précédées les tentatives d’esclavagisme, puis d’assimilation. Sur les 11 millions d’indien.ne.s estimé.e.s avant l’arrivée des européen.ne.s, ils sont aujourd’hui 900 000 au Brésil. 305 peuples sont reconnus, ce qui représente 0,4% de la population.

Le droit à disposer de leur terre et à avoir le contrôle sur leurs institutions et leurs modes de vie est désormais garanti par la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes. Le développement de leur identité, culture et langues respectives est reconnu et légitimé par des normes nationales et internationales. Au Brésil, c’est la Constitution de 1988 qui inscrit leurs droits dans la structure normative du pays.


Crédit : Midia Ninja

Pourtant, ces droits sont souvent remis en question par le modèle de développement dominant. Basé sur l’extraction des ressources naturelles, ce modèle bouleverse les équilibres environnementaux et met en péril les référents culturels et symboliques qui fondent leurs modes de vie. De multiples violations de leurs droits sont encore perpétrées par les États et les entreprises.

Les conséquences de l’arrivée de Jair Bolsonaro au pouvoir, président d’extrême droite affichant clairement son mépris pour les indien.ne.s, ont été immédiates. Le ministère de l’Agriculture s’est vu attribuer le pouvoir d’identifier, délimiter et enregistrer les terres autochtones. L’organisme gouvernemental brésilien chargé de l’élaboration et de l’application des politiques relatives aux peuples autochtones a été transféré aux mains de Damares Alves, pasteure évangélique et ministre des Femmes, de la Famille et des Droits Humains.

Ils ont été parmi les premiers à s’élever contre un gouvernement qui évoque un retour colonial et autoritaire. C’est une longue histoire de résistance qui s’affirme aujourd’hui.

Autres Brésils vous propose une sélection d’articles, d’entretiens, d’analyses et d’événements pour mieux comprendre la place occupée par les peuples autochtones dans la société brésilienne contemporaine et les enjeux en toile de fond de leurs luttes.

DES ENJEUX HISTORIQUES EN PÉRIL : LE DROIT À L’AUTODÉTERMINATION, À LA PRÉSERVATION DE LEUR CULTURE ET DE L’ENVIRONNEMENT

Depuis un quart de siècle déjà , l’État de Mato Grosso réclamait des indemnités pour l’occupation du parc national de Xingu par les indiens Guarani. La Cour suprême a acté en faveur du peuple autochtone, reconnaissant sa présence sur le territoire depuis des temps immémoriaux. Cette victoire montre que la question de la délimitation et du respect des terres allouées aux amérindiens est loin d’être réglée.


"La démarcation des terres, tout de suite !’" / Crédit : Midia Ninja

De fait, un long chemin a été parcouru pour que les populations indiennes puissent décider de leur mode d’organisation sociale et politique sur leur territoire. Si le respect de leur culture et le droit à l’autodétermination est inscrit dans l’armature juridique internationale et dans certains espaces nationaux, il n’est pas toujours respecté.

Le modèle de développement extractiviste est un des facteurs explicatif de ce non respect des droits. L’extraction de ressources naturelles, maillon de la chaîne de production néocapitaliste, dévie les cours d’eau, tarit les rivières et assèche les terres en les déforestant. C’est aussi un système anthropophage. Les référents culturels et symboliques des peuples autochtones sont étroitement liés à l’environnement qui les entoure. Mettre en péril les éléments naturels qui sont au fondement de leur système de représentation et fait partie intégrante de leur moyen de subsistance est une atteinte directe à leur vie.

L’histoire du peuple Krenak , ethnie vivant aux abords du Rio Doce, dépeint très clairement le processus d’exploitation et d’épuisement des ressources initié pendant la période coloniale. Geovani Krenak nous parle de la lutte, plus que jamais actuelle, qu’il mène pour mettre fin à l’usage déraisonné de l’eau de sa région, alors que le barrage de déchets miniers de l’entreprise Samarco, joint-venture de Vale, s’est rompu à Mariana, polluant les fleuves environnants.


La ville de Mariana après les coulées de boue toxique / Crédit : Bento Rodrigues

Le 25 janvier 2019, un autre barrage géré par l’entreprise Vale se rompait . La rupture a fait plus de 300 morts et disparus dans la ville et les alentours de Brumadinho. Le déversement de déchets miniers toxiques dans les Rio Doce et São Francisco marquent la fin des activités culturelles et spirituelles du peuple Pataxo Hã-Hã-Hãe, situation qui fait écho à celle du peuple Krenak.

RÉSISTANCES : DES ACTEURS DANS L’ARÈNE NATIONALE ET INTERNATIONALE

Les droits des peuples autochtones sont constamment violés par les entreprises du secteur primaire. André Kuripuna, cacique de son peuple, a eu recours à la justice internationale pour que les exploitations des terres indigènes pour la prospection et l’exploitation de ressources naturelles cessent dans son territoire.

Le programme de développement agricole et commercial du président Bolsonaro, axé sur la valorisation de l’activité minière et la suppression de la législation environnementale, est une attaque directe envers les peuples autochtones.

Plusieurs organisations de mouvance indienne ont très vite dénoncé la montée de l’extrême droite au Brésil. Plusieurs leaders s’élèvent contre le fascisme et montrent ce que les perspectives amérindiennes peuvent apporter à la construction d’un pays plus représentatif, et par ce biais, plus démocratique.

La militante autochtone Sonia Guajajara, candidate à la vice-Présidence du Brésil, est l’emblème de ces luttes, dans un contexte de violences et de conflits agricoles et fonciers.


Sonia Guajajara au Sénat / Crédit : Waldimir Barreto

D’autres voix se sont élevées contre les mesures prises peu après l’investiture de Jair Bolsonaro. Le décret 870/2019, a réorganisé la structure ministérielle. Le décret place la FUNAI, organisme d’État en charge de la délimitation des terres indiennes, sous la tutelle du ministère de l’Agriculture. Cette réforme a provoqué la réaction de l’Articulation des Peuples Autochtones du Brésil (APIB).

La nomination de Damares Alves, pasteure évangélique, à la tête du ministère de la Femme, de la Famille et des Droits Humains, dont les prises de position appellent à un retour colonial, est également dénoncée par l’APIB. Elle est symptomatique d’un gouvernement affichant clairement sa volonté d’assujettissement des peuples autochtones.

Les peuples Aruak Baniwa et Apurinã soulignent le rôle crucial des peuples originaires pour la préservation de la forêt amazonienne et le renouvellement de l’air à l’échelle mondiale. Alors que 15% du territoire brésilien leur est réservé, 60% est à disposition du secteur de l’agro-alimentaire. La mesure provisoire, disent-ils, ne fera qu’accroître ce fossé.

CONFLITS FONCIERS, CRIMINALISATION ET VIOLENCES

En 2014, les Tupinamba, peuple du littoral de la région de Bahia, dénonçaient les différentes formes de violences exercées par des agents de police et l’armée, qui entretient des liens avec des hommes politiques proches de l’agro-business. Elles sont perpétrées dans le cadre du processus de délimitation des terres indiennes, qui fait l’objet de conflits d’intérêts, entre logiques foncières, agricoles et environnementales.

Cinq ans plus tard, un plan d’extermination était mis en lumière, contre le cacique Babau, leader défendant la démarcation des terres de son peuple, les Tupinamba. La pratique consistant à tuer ou à laisser mourir des populations entières, fait bel et bien partie des usages politiques courants au Brésil.

Cette politique, associée à des des mesures d’intimidation effectuées par les forces de police, s’insère dans le panorama d’une criminalisation systématique exercée envers les minorités ethniques qui luttent pour leurs droits. Les Guarani Kaiowa ne sont qu’un peuple de plus à subir ce schéma de répression à l’échelle nationale.

Jorginho, reconnu pour s’être battu contre la déforestation de l’Amazonie, a été assassiné. Les coupables n’ont pas été retrouvés. Un cas de plus à rester impuni.

Alors que l’on assiste à une nouvelle vague de violence envers les peuples autochtones depuis l’arrivée de Jair Bolsonaro au pouvoir, le président continue d’affirmer vouloir en finir avec la délimitation des terres indiennes.


La campagne de l’APIB : « Pas une goutte [de sang] de plus » / Crédit : Midia Ninja

POUR ALLER PLUS LOIN

Pour compléter ce dossier rappelons que les enjeux sociaux, culturels, fonciers et environnementaux qui se rattachent à la situation des populations autochtones sont partagés par d’autres minorités et mouvements au Brésil.

Sans aucune prétention à l’exhaustivité, mentionnons les luttes du Mouvement des Paysans Sans Terres (MST), qui réclament une répartition des terres plus égalitaires, aujourd’hui principalement réservées aux activités minières et à la monoculture. Les Quilombos, territoires historiquement formés par des esclaves ayant fui le travail des plantations, sont aujourd’hui l’expression de la résistance noire et de la survivance des cultures africaines au Brésil. Ils sont protégés de la même manière que les terres autochtones par la Constitution de 1988.

Malgré des combats et des discours différents, ils sont tous menacés par la subordination des élites aux doctrines capitalistes, et font face aux mêmes difficultés dans un contexte de dérégulation de l’économie et de criminalisation croissante.

C’est pourquoi les Quilombolas, habitant des Quilombos, plaident contre l’instauration de la mesure provisoire 870/2019, qui attribue la gestion de leurs terres au ministère de l’Agriculture.

Les menaces qui pèsent sur les gardiens de l’écosystème forestier amazonien s’accroissent en même temps que l’influence du lobby agro-industriel..

De manière générale, ceux qui luttent sont en danger. Des membres des mouvements sociaux, sans terres et indiens font l’objet d’attaques paramilitaires et étatiques. Aux tentatives d’intimidation s’ajoutent des expulsions, des incendies criminels et des actes de violence physique.


Les indiens de Guapo’ se cachent le visage par peur des représailles / Crédit : Mauricio Monteiro

Dans ce contexte, il est important de prendre du recul. Eduardo Gudynas, analyste du Centre latino-américain d’écologie sociale, examine la question de l’extractivisme en tant qu’élément central de l’économie brésilienne, générateur de multiples dégâts environnementaux.

On assiste à la multiplication des grands travaux de barrages en Amazonie et dans le monde entier. L’Observatoire des multinationales propose une série de plusieurs articles, accompagnés d’études de cas, pour comprendre ce que cette prolifération implique en matière de redistribution des richesses et de bouleversement écologique.

ÉVÉNEMENTS

Daiara Tukano, Jaider Esbell et Lucia Fernanda Jofrej, artistes autochtones sont de passage en France dans le cadre d’une tournée européenne Voix et Visions Autochtones du Brésil, aux mois d’avril et de mai 2019.

Dans cette période de quête de convergence de nos luttes sociales, environnementales et démocratique, contre toutes les formes de violences et de racisme, ces artistes nous invitent à un changement en faveur de la protection du vivant et des droits humains.

Ce mercredi 17 avril 2019, Planète Amazone, en partenariat avec ARBRE - Association pour la recherche sur le Brésil en Europe, Coletiva Marieles, CSIA-Nitassinan, France Amérique Latine et RED.br organisent une rencontre autour de la venue de la cacique Tanoné, du peuple Kariri Xocó, avec la participation de Sabah Rahmani, auteure du livre ‘Paroles des peuples racines – Plaidoyer pour la Terre’ aux éditions Actes Sud.

Ivanice Pires Tanoné, l’une des seules femmes caciques (cheffe de tribu) du Brésil, entend interpeller l’opinion publique, les élus et les juridictions internationales.

Pour voir le descriptif complet de la soirée et des participants, cliquez ici.

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