Le chef du peuple Karipuna demande à l’ONU de sanctionner les entreprises qui violent les terres autochtones

, par Patricia Bonilha

Par Patricia BONILHA pour Greenpeace
Traduction : Marie-Hélène BERNADET pour Autres Brésils
Relecture : Du ALDON

Devant les représentants de près de 100 pays, les chefs indigènes ont dénoncé la destruction et la confiscation de leur territoire, dans l’état de Rondônia.


André Karipuna et sa mère, Katiká Karipuna, voient leur vie menacée par la destruction intempestive de la forêt par des bûcherons et des envahisseurs. © Rogério Assis / Greenpeace

Le 17 octobre dernier, au siège de l’Organisation des Nations Unies (ONU)), à Genève (Suisse), devant les représentants gouvernementaux de près de 100 pays, André Karipuna, chef de son peuple, a réclamé l’adoption de mesures afin que soient punies, civilement et pénalement, les entreprises nationales et internationales qui violent les droits humains sur les territoires indigènes où elles opèrent. « Nous ne sommes pas en paix sur nos propres terres. Si l’État brésilien ne protège pas notre territoire, des envahisseurs peuvent nous exterminer pour se l’approprier, car il s’agit d’un grand territoire qui renferme beaucoup de richesses », a déclaré André lors de cet événement.

En tant que chef du peuple Karipuna, installé aux abords du fleuve Jaci Parana, dans l’état de Rondônia, André a également rappelé l’obligation de l’État de protéger les terres occupées par les peuples indigènes et les communautés traditionnelles contre l’invasion et l’exploitation des ressources naturelles par les entreprises.
Bien que la Terre Indigène (TI) Karipuna ait été homologuée en 1998, les analyses réalisées par Greenpeace, à partir d’images satellites et d’un survol de la zone, ont confirmé la destruction de plus de 11 mille hectares de forêt, dont 80 % au cours des trois dernières années. Outre le vol ostensible de bois, les pilleurs accaparent nos terres qu’ils délimitent en lots dans le but de les vendre. Le peuple Karipuna, composé d’une population de 58 personnes, a quasiment été décimé au contact de la société non indigène et subit actuellement de constantes menaces et des intimidations de la part des pilleurs.

D’après Cleber Buzatto, secrétaire exécutif du Conseil missionnaire indigéniste (CIMI), également présent à la réunion de l’ONU, l’intervention du chef Karipuna dans le cadre d’un espace multilatéral est fondamentale pour créer une pression politique internationale sur le gouvernement brésilien. « Le Brésil doit assumer sa responsabilité constitutionnelle afin de mettre en place les mesures nécessaires et urgentes pour expulser les envahisseurs de la Terre Indigène Karipuna et faire en sorte que tous ceux qui ont tiré profit de cette invasion soient identifiés et punis comme il se doit. »

La prise de parole de André Karipuna à l’ONU a eu lieu lors de la 4eme session du Groupe de travail intergouvernemental sur les entreprises transnationales et d’autres entreprises de commerce relatif aux Droits Humains (OEIGWG) qui se tient cette semaine, à Genève. Depuis sa création en 2014, ce groupe de travail a pour but l’élaboration d’un traité contraignant obligeant les entreprises nationales et internationales à respecter les droits humains dans toutes les chaînes de production.


Carte TI Karipuna

Pour Raphaela Lopes, avocate à Justiça Global , cet accord contraignant peut contribuer à l’actuelle corrélation de forces asymétriques existant entre les entreprises transnationales, les peuples indigènes et les communautés traditionnelles. « Avec un bon traité, il serait possible de limiter le pouvoir des entreprises concernant les politiques de démarcation des territoires, promouvant une victoire des droits de ces peuples et de ces communautés sur les privilèges des grandes entreprises ». Selon elle, les premières victimes de cette expansion sont justement les indigènes, les paysans, les populations extractivistes et les peuples traditionnels : « Ce sont eux qui meurent le plus de la cupidité des entreprises pour leurs terres », affirme-t-elle.

Depuis 2014, plusieurs organisations brésiliennes telles que Justiça Global [1] , le Mouvement des personnes atteintes par les barrages (MAB), l’Association brésilienne interdisciplinaire contre le SIDA (ABIA), l’Homa-centre des Droits Humains et des Entreprises (de l’Université Fédérale de Juiz de Fora) et le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), entre autres, participent à l’élaboration du Traité.

Tous les regards braqués sur l’Amazonie

L’Association indigène du Peuple Karipuna Abytucu Apoika, Greenpeace et le CIMI travaillent ensemble sur le contrôle des violations de propriété de la zone TI Karipuna et pour que les criminels soient poursuivis. Ces organisations font partie de l’alliance « Todos os Olhos na Amazônia » (Tous les regards braqués sur l’Amazonie), qui a pour principal objectif d’étendre l’action en réseau, comme stratégie dans le soutien de la lutte des peuples indigènes et des communautés traditionnelles, pour la conservation de leurs forêts. D’autres partenaires tels que Fase-Amazônia, Coiab et Artigo 19, au Brésil, ainsi que Witness et Hivos présents sur la scène internationale, soutiennent cette initiative.

Voir en ligne : Greenpeace

[1Organisation brésilienne pour la protection des Droits Humains.

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