Qui a commandité l’assassinat de Marielle Franco ? 2 ans après la mort de Marielle : toujours pas de réponses

 | Par Autres Brésils

« Je suis parce que nous sommes ; Je suis Favela parce que nous sommes une résistance. » - Slogan électoral de Marielle Franco

Crédit - Leo Correa/ AP

Le 14 mars 2018, Marielle Franco et Anderson Gomes, ont été exécutés dans leur voiture, en rentrant d’une conférence sur les Afro-féminismes. La Défenseure des droits, élue à la chambre législative de la ville de Rio de Janeiro, s’opposait à la politique de maintien militarisé de l’ordre et notamment à l’intervention de l’armée dans les favelas de la ville de Rio de Janeiro

Ses propos dérangeaient. « Je ne serai pas interrompue » avait-elle dit lors de sa dernière prise de parole officielle à l’Assemblée municipale. Le caractère politique de son assassinat ne fait aucun doute.

Deux ans plus tard, les deux personnes accusées d’avoir tué Marielle, dont un membre de la police militaire, vont passer devant un jury populaire. Mais le crime n’est pas résolu : qui a commandité l’assassinat de Marielle ?

Les indices convergent vers un assassinat commandité, au service des élites qui utilisent la violence et les milices comme outils politiques. Ce scénario illustre la répression politique et policière mise en œuvre par les pouvoirs politiques dans le pays. Faisant des leaders des mouvements sociaux les premières victimes de cette politique.

I. Avancement de l’enquête : féminicide et assassinat politique 

Le travail récapitulatif des derniers avancements de l’enquête, a été mené par Basta.

Le 12 mars 2019, les ex-policiers militaires, Ronnie Lessa et Elcio de Queiroz sont arrêtés.
Le premier et le tireur présumé sont membres d’une milice de Rio de Janeiro appelée le « Bureau du crime » et affirment avoir tué Marielle par détestation de son activité politique.

Mais la proximité de Lessa avec le clan Bolsonaro reste une hypothèse de l’enquête et surtout des mouvements sociaux demandant justice. L’article d’Eliane Brum, « Qui a tué Marielle Franco et Pourquoi ? » démontre qu’« il y aurait une immense articulation entre fonctionnaires, miliciens, politiciens » qui seraient responsables, voir commanditaires de la mort de Marielle. Pour un chef d’État admiratif des pires tortionnaires, tous les outils semblent bons pour gouverner.

Le lendemain, le responsable de l’enquête, le commissaire Giniton Lages est éloigné de l’affaire par le gouverneur de l’État de Rio de Janeiro. Il l’apprend dans l’éditorial de Lauro Jardim – journaliste de O Globo qui suit l’évolution de l’enquête. C’est Giniton Lages qui avait confirmé la proximité entre le clan Bolsonaro et la famille de miliciens.

Crédit : F. Bizerra, EFE

Le 29 Octobre 2019, c’est au tour du journal National sur la chaîne de télévision Globo d’affirmer que le président du Brésil aurait reçu la visite de Elcio Queiroz quelques heures avant l’assassinat. Si les enquêteurs évincent cette supposition, elle déclenche la rage du président du Brésil. « Pourritures ! Enfoirés sans scrupules », l’article du Monde « Le président brésilien livre une diatribe contre TV Globo, qui le cite dans une enquête pour assassinat », en fait la chronique. Dans une vidéo, Bolsonaro « s’emporte » et écorche systématiquement le nom de Marielle Franco. Il « avoue » également avoir interféré avec l’enquête en se procurant les enregistrements où il aurait parlé avec Elcio Queiroz. C’est, selon les spécialistes, une stratégie pour préparer le terrain de l’opinion publique – alors que les enquêtes pointent la proximité et les responsabilités du clan Bolsonaro dans ce double assassinat.

En réponse, Anielle Franco, Monica Benício et les héritières en politique de Marielle Franco demande prudence et respect dans le suivi de l’enquête.

Le 9 février dernier 2020, Adriano da Nóbrega, chef du « Bureau du Crime » est retrouvé mort. L’enquête montre rapidement qu’il s’agit d’une exécution.

Adriano avait de nombreux liens avec Flávio Bolsonaro, fils du président brésilien et le clan de façon général. Il était une personne clé pour trouver les commanditaire du crime, selon le Site Ponte Jornalismo.

Beaucoup d’éléments convergent vers un assassinat politique de Marielle Franco. Il faut délier les différents fils de l’actualité et du passé récent du clan Bolsonaro pour exiger que « Nous devons savoir qui est au pouvoir ». C’est ce que dénonce Eliane Brum dans son article

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II. Récolter les graines semées par Marielle Franco.

Marielle était une des plus grandes porte-paroles des résistances pour les droits des femmes au Brésil. Les mois précédents sa mort elle avait pointé du doigt les 943 féminicides [1] ayant eu lieu en 2017. Ce chiffre ne cesse de s’accroître.
Amnesty International maintient sa campagne d’alerte et demande aux autorités brésiliennes d’élucider l’assassinat. Cela relève ici d’une question d’humanité pour les familles des victimes, et de survie des luttes pour les minorités que surportait Marielle. Voici leur pétition : Qui a tué Marielle Franco ?

Marielle est un symbole et ses mots, son visage sont partout dans les expressions artistiques et culturelles au Brésil. Au Carnaval de São Paulo, le défilé de Tom Maior invoque Marielle pour dénoncer diverses attaques commises directement contre des défenseur·es des minorités (Article en Portugais). Il a remémoré la mort de Marielle Franco, dont le visage figurait sur les t-shirts des chanteurs et danseurs qui défilaient.

Mais il faut également se méfier des intérêts économiques ou des tentations de certaines personnes de se réapproprier une histoire en effaçant les principales actrices, noires, LGBTIQ+, mères, des favelas. Un récent exemple est la polémique autour de la nouvelle série de télévision sur la vie de Marielle Franco.

Toujours au Brésil, l’inauguration de l’Institut Marielle Franco peut aussi être vu comme une victoire sociale. L’organisme a été créé par la famille de Marielle Franco, dans le but de faire pression sur la justice pour élucider son assassinat, pour que sa mémoire ne tombe pas dans l’oubli.

L’institut veut reprendre les luttes et travaux initiés par l’élue - notamment en soutenant les femmes noires et précaires qui veulent accéder à la classe politique.

Le 14 de mars l’Institut organise une journée d’hommages, manifestations et autres actions en raison des deux ans de la mort de Marielle.

III. Rendre hommage à Marielle Franco en France

Les actions de Marielle se sont déployées toute sa vie entre féminisme, anti-racisme, protection des droits humains et notamment face aux violences d’État. Nous nous rappelons ici de la rencontre entre Marinete da Silva, mère de Marielle, et Assa Traoré, sœur de Adama lors du Festival Brésil en Mouvements.

À Paris, une cérémonie d’hommage sera rendue au Jardin en hommage à Marielle, dans le 10e arrondissement de Paris.

L’ inauguration du Jardin Marielle Franco en septembre 2019 avait été suivie par France Inter et a compté sur la participation de la famille de Marielle. Autres Brésils avait publié le discours de Antonio Francisco, son père.

De même, une soirée de projection-débats , autour des sujets qui ont marqué la trajectoire de la conseillère municipale Marielle Franco, sera organisée par le Collectif Marielle au Cinéma La Clef Revival.

[1pour aller plus loin, voir la fiche thématique de la Observatoire de la démocratie brésilienne. Ces données sont du Ministère de la Femme, de la Familles et des droits humain.

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