La force des femmes du Cerrado : Raizeiras e Quebradeiras Leur lutte pour le « Coco-babaçu libre »

 | Par Le Monde Diplomatique Brasil

Traduction pour Autres Brésils : Regina Machado
Relecture : Luc Duffles Aldon

Les femmes de la région du Cerrado [1] qui cassent les noix de coco-babaçu (les quebradeiras) et celles qui ramassent les plantes médicinales avec leurs racines (les raizeiras) nous incitent à repenser les idées conventionnelles sur notre territoire, puisqu’elles agissent sur des paysages recouverts par le palmier babaçu et par des plantes médicinales qui dépassent même les limites de leurs possessions.

Les quebradeiras et raizeiras représentent deux modes de vie qui comptent une forte proportion de femmes, rassemblant des pratiques socio-productives d’autoconsommation et de génération de revenus, à partir de savoirs traditionnels utilisés et transmis par ces femmes depuis des générations.

Être quebradeira, c’est « avoir une relation avec le palmier comme s’il était un camarade »

La large utilisation du palmier de coco-babaçu par les quebradeiras dépend d’un ensemble de savoirs transmis entre femmes sur plusieurs générations. Quand on lui demande ce qu’elles extraient du palmier babaçu, Socorro Teixeira, présidente du Réseau Cerrado et coordinatrice du Mouvement inter-régional des Quebradeiras du Coco-Babaçu (MIQCB), répond sans hésiter : « C’est le tout. On retire l’amande et on en fait l’huile, le lait, la cocada (un dessert), le savon, tout un tas de choses. Du fruit entier, on enlève la coque dure, avec laquelle on fait du charbon et de l’artisanat et on lui enlève le mésocarpe. De l’arbre abattu, on en tire l’engrais, la paille qui couvre nos maisons, dont on fait le plancher, les murs, les paniers, l’éventail, le tamis, la clôture de nos potagers et de nos poulaillers. Il n’y a pas dans le palmier un seul produit qui ne soit pas utilisé par les quebradeiras. »

Avec ses multiples utilisations, le « palmier-mère », comme l’appellent les quebradeiras, apporte la nourriture et le gagne-pain à des milliers de familles du Cerrado, notamment sur la zone de transition entre le Cerrado et l’Amazonie. Il y a de vastes étendues de palmeraies-babaçu dans les états du Maranhão, le Pará, Piauí, Tocantins et même dans le Mato Grosso, atteignant en Bolivie la région de Bosque Seco, nom que prend cette éco-région de l’autre côté de la frontière. De nombreuses communautés autochtones chiquitanas, en Bolivie, ramassent aussi le coco-babaçu (appelé « cusi ») et transforment différents produits du palmier pour leur consommation ou la génération de revenus. L’étendue géographique de la palmeraie-babaçu et les pratiques socio-productives qui y sont associées dans tant de communautés autochtones, quilombolas et traditionnelles, témoignent d’une histoire ancestrale des savoirs et des pratiques de manipulation du palmier.

Chiquitanas quebradeiras de coco-babaçu
Santa Cruz, Bolívia
© Oscar Vargas/CIPCA

Ce savoir traditionnel se matérialise dans une relation où nature et peuples traditionnels se confondent, comme l’exprime Socorro : « Pour nous, qui sommes des « casseuses », des quebradeiras, le palmier est comme une autre femme, une camarade. La douleur du palmier est la nôtre, notre douleur est la douleur du palmier. » Et cette relation fait de la défense de leurs droits une lutte étroitement liée à la défense du Cerrado : « On est allées en lutte à la recherche de valeurs et cette recherche a abouti, même si on est toujours persécutées. Les fazendeiros (grands propriétaires terriens) et les grandes entreprises, à cause de la valeur du palmier, à cause du marché, nous persécutent et nous volent. Ils volent notre production, abattent nos palmiers, empoisonnent nos vies, nos arbres, notre Cerrado. »

« Il n’y a pas de noix de coco libre en terre emprisonnée »

Souvent les quebradeiras doivent lutter contre de grands propriétaires terriens qui veulent abattre les palmiers et empêcher leur accès aux plantations de babaçu. « Ces gens ne respectent pas la lutte des quebradeiras de noix de coco pour défendre un arbre qui nous apporte l’air pur que nous respirons, la nourriture qui nous alimente, la subsistance de notre famille, le revenu familial. Pour couronner le tout, c’est le seul arbre qui ne coûte rien : personne ne l’a planté, personne ne l’a arrosé, personne ne l’a fertilisé », complète Socorro.

Tout cela les a emmenées à s’organiser dans le MIQCB dans le but de « libérer la noix de coco ! » et renforcer sa production et commercialisation. « Le mode de vie des quebradeiras de Bico do Papagaio (région nord du Tocantins, à la frontière entre le Pará et le Maranhão) est le résultat d’une énorme lutte encouragée par le Père Josimo [2]. Toute sa vie il nous a répété : « Voyez-vous, les quebradeiras de coco doivent s’unir, doivent s’organiser, je veux vous voir dans la rue, criant que le babaçu est un fruit d’une grande valeur ». Puis, on a commencé avec M’dame Raimunda [3] à faire des réunions sous les manguiers et à s’organiser pour avoir, maintenant, ce babaçu presque libre, parce qu’il n’est pas encore libre. Ça a été une lutte très dure, on a eu des compagnes massacrées, quelques-unes ont été tuées. »

Les Lois du Babaçu Libre sont des instruments juridiques qui formalisent des pratiques ancestrales de la région, assurent le libre accès et l’utilisation commune des palmiers ; elles sont une importante conquête des quebradeiras du coco-babaçu à travers le MIQCB. Le premier Projet de Loi n°1.428 de 1996 a été présenté au législatif national en tant que « Loi du babaçu libre », mais il a été archivé à trois reprises. Ayant échoué au niveau national, le mouvement a investi les cadres régional et municipal.

Et c’est dans l’État du Maranhão qu’elles ont réussi à faire approuver la plupart des lois municipales qui garantissent l’accès des quebradeiras aux palmeraies. La commune de Lago do Junco est pionnière (avec les lois n°05/1997 et n°01/2002) et, par la suite d’autres Lois du Babaçu Libre ont été approuvées dans d’autres villes :

Lago dos Rodrigues (Loi n°32/1999) ;
Esperantinópolis (Loi n°255/1999) ;
São Luiz Gonzaga (Loi n°319/2001) ;
Imperatriz (Loi n°1.084/2003) ;
Limas Campos (Loi n°466/2003) ;
São José dos Basílio (Loi n°52/2005) ;
Cidelândia (Loi n°01/2005) ;
Pedreiras ( Loi n°1.137/2005) ;
Amarante (Loi n°227/2006) ;
São Pedro do Água Branca (Loi n°0168/2012) ;
Vila dos Martírios (Loi n°106/2007).

Quebradeiras de coco-babaçu dans la région du Bico do Papagaio, dans le Tocantins
© Bruno Santiago/Acervo APA-TO

Dans l’État du Tocantins ont été approuvées des lois municipales à
Praia Norte ( Loi n°49/2003),
Buriti do Tocantins (Loi n°058/2003),
Axixá do Tocantins (Loi n°306/2003)
et à São Miguel do Tocantins (Loi n°05/2005)
ainsi qu’une loi régionale (Loi n°1.959/2008).

Dans l’État du Pará, une seule loi a été approuvée, à São Domingos do Araguaia (Loi n°934/2004).
Il est à noter que, tandis que certaines lois assurent un plus libre accès des femmes aux palmeraies, d’autres les soumettent à l’autorisation des fazendeiros. D’autres lois importantes sont celles des États qui ont créé La journée des Quebradeiras de coco-babaçu : dans le Maranhão, le 2 août ; dans le Tocantins, le 7 novembre et dans le Piauí, le 24 septembre.

L’adoption de ces lois du babaçu libre et leur reconnaissance politique sont une conquête pour ses femmes qui ont investi dans la formation et l’action politique. En exerçant une pression sur les élus locaux pour l’adoption de ces lois, elles se sont renforcées en tant que collectif, ayant plus de force pour exiger l’application de ces lois et la qualification des dénonciations des violations de leurs droits. Maria Alaïdes De Sousa, quebradeira dans le Maranhão et coordinatrice générale du MIQCB, souligne la diversité des participantes à cette lutte : « Beaucoup d’entre nous font partie de la coopérative, d’autres pas. Beaucoup sont assentadas [4] beaucoup sont encore sur le bord de la route. Nous sommes quilombolas [5] , autochtones, pêcheuses, nous venons de l’agriculture familiale ».

Illustration de « assentamento » et « quilombo »
Glossaire de l’Observatoire de la démocratie brésilienne
© Johana TDS pour Autres Brésils

Étant donné que de nombreuses quebradeiras sont des femmes agricultrices sans-terre, la lutte pour le babaçu libre est intimement liée à la lutte pour l’accès à la terre et au territoire. « Il n’y a pas de coco libre en territoire emprisonné », disent les quebradeiras. Ainsi, l’accès à la terre, pour les quebradeiras de la noix de coco, conditionne la continuité et reproductibilité du leur mode de vie et de leurs palmeraies.

Socorro rappelle que la lutte s’intensifie avec la mise en vigueur du Matopiba [6]. « Le Matopiba est venu pour détruire l’environnement, nos ressources vitales, notre palmier-mère qui nous fait vivre, qui a élevé nos enfants. Avec lui, c’est la clairière dégagée… Pour nous, ce Matopiba est une grande disgrâce. » De plus, les quebradeiras revendiquent une dépendance entre la lutte pour le babaçu libre et la lutte pour un territoire libre : libre des clôtures, de la tronçonneuse, des poisons.

La lutte pour l’accès à des politiques publiques

Parmi les conquêtes de la lutte des quebradeiras se trouve l’accès à quelques politiques publiques d’incitation à l’agriculture familiale et paysanne. Cette lutte a mené à l’inclusion de l’amende du babaçu parmi les produits de la socio-biodiversité mentionnés dans la Politique de Garantie des Prix minimum pour les Produits de la Socio-biodiversité (PGPM-Bio) ; ainsi les produits du babaçu se trouvent-ils parmi ceux offerts par le Programme d’Acquisition d’Aliments - PAA et par le Programme National d’Alimentation Scolaire - PNAE.

Chiquitanas quebradeiras de coco-babaçu
Santa Cruz, Bolívia
© Oscar Vargas/CIPCA

Cependant, ce sont des conquêtes qui, à peine atteintes, sont déjà détruites ou menacées, que ce soit par la difficulté d’accès (par exemple, l’obtention de la Déclaration d’aptitude du Programme National de Renforcement de l’Agriculture) soit par la réduction drastique du budget des politiques publiques de ces dernières années, comme ce fut le cas pour le Programme d’Appui à l’Agriculture. En outre, à ce stade de la pandémie, la faim croît partout, les difficultés rencontrées par les quebradeiras pour vendre leurs produits à haute teneur nutritive est une preuve que l’État faille à assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle et aussi que la société paie au prix fort le démantèlement de politiques si importantes.

Être raizeira, c’est « avoir une sagesse, un savoir qui n’a pas de propriétaires, uniquement des héritiers ».

Un autre savoir traditionnel des peuples du Cerrado est la connaissance de l’utilisation des plantes médicinales. Ceux qui connaissent les différentes utilisations des plantes, sont reconnus dans leurs communautés par la pratique de différents traitements et guérisons à partir de l’application de diverses plantes, leurs racines et fruits, des argiles et leurs préparations. Aparecida Ana de Arruda Vieira, connue comme Tantinha, raizeira de Minas Gerais, nous raconte un peu de cet office : « J’ai commencé à faire ce travail pour soigner un de mes fils qui était très malade. Alors, j’ai récupéré ce savoir, parce que je l’avais déjà en moi : ma grand-mère était sage-femme, guérisseuse et raizeira ; ma mère m’a toujours soignée par les plantes. Jusqu’alors, je ne le valorisais pas tellement. Je savais que c’était important mais je ne cherchais pas à avancer dans ce domaine. Quand j’ai vu que mon fils était très malade, j’ai essayé plusieurs formes conventionnelles pour le soigner, mais j’ai vu que ça ne marchait pas. J’ai alors décidé de faire un apprentissage en plantes médicinales, j’ai appris quelques techniques (comment faire un sirop, une teinture, une pommade) et, à partir de là, ça m’a réveillée, j’ai rejoint des groupes. Ma première intention était de m’occuper de la santé de ma famille, mais ça ne pouvait pas rester à l’intérieur de la maison et j’ai commencé à ouvrir des espaces. Aujourd’hui j’ai une petite pharmacie maison, qui s’appelle Ervanário São Francisco (Herboristerie S. François).

Raizeiras du Cerrado
© Jaqueline Evangelista Dias/Articulação Pacari

Tantinha raconte comment, au fil du temps, cet acheminement a consolidé une identité : « Etre raizeira, pour moi, est une récupération de mon identité, j’ai une grande fierté d’avoir cette identité. Travailler comme raizeira, c’est sauvegarder des connaissances traditionnelles, des histoires de ma grand-mère, de mes ancêtres, des femmes guerrières qui sont là à essayer de travailler avec les plantes médicinales, affrontant des difficultés. Être raizeira, c’est mon mode de vie, c’est prendre soin de la terre, c’est voir les plantes pousser, c’est garder le Cerrado debout. C’est un savoir qui n’a pas de propriétaires, seulement des héritiers ».

Lucely, raizeira et quilombola de Goias, nous parle aussi de cet héritage : « Être raizeira, pour moi, est quelque chose de très fort, parce que c’est un héritage qui remonte à 1830, à mon arrière-arrière-grand-père Chico Moleque, dont je suis la sixième génération. Et on porte cet office des plantes médicinales, cet office de préserver le Cerrado, cet office de s’occuper du Cerrado et aussi, ce respect de l’énergie que le Cerrado nous apporte. Parce que nous, Quilombolas, on n’utilise pas la plante uniquement comme médicament, on l’utilise aussi comme énergie. Et on a la guérison par l’énergie, par l’odeur, ou parce qu’on se tient près d’une plante. On parle de se tenir près de notre plante compagne, de notre plante amie, celle qui nous offre de l’énergie, qui apporte la guérison de notre corps. Au-delà du travail avec l’écorce, avec la racine, avec la fleur, la feuille, on travaille aussi avec l’énergie de la plante, sans avoir à sortir cette plante de son environnement. »

« Le Cerrado fait partie de nous »

Sur cette cohabitation des raizeiras avec le Cerrado, Tantinha ajoute que c’est une « relation de respect, de sagesse et de beaucoup d’attention, parce que le Cerrado fait partie de nous, c’est la vie qui nous permet de travailler avec ces plantes médicinales qui nous donnent les principes actifs pour qu’on puisse travailler et soigner les autres ». Mais cet office si important et ancestral pour les raizeiras affronte de nombreux défis, raconte Lucely : « C’est un défi énorme, d’exercer cet office de raizeira, parce qu’on n’a pas l’appui des autorités ni de la loi. On n’a pas une norme pour nous légitimer, pour qu’on puisse exercer notre métier, comme dans les autres domaines de la santé. »

Pour faire face à ces défis, elles se sont organisées dans l’Articulation Pacari, raconte Lucely : « Pacari est un réseau qui nous fortifie, qui nous aide à nous organiser. Nous sommes en train de récupérer toute cette culture qui est en train de se perdre, qui est cachée, étouffée par ceux qui n’acceptent pas notre travail. » Et elle complète : « Nous avons commencé à chercher des moyens d’améliorer la qualité de ce que nous faisions, à mener des actions politiques de défense de notre travail. Il est arrivé un moment dans notre cheminement où on a pensé que ça ne servait à rien de ne faire que des médicaments, qu’il fallait avoir des politiques publiques pour défendre notre droit de faire des médicaments. L’Articulation Pacari est née de ce cheminement. »

Ainsi, la criminalisation et la dépréciation de l’importance bio-culturelle de ces pratiques a conduit les raizeiras à s’organiser dans cette Articulation et à lancer le Protocolo Comunitário Biocultural das Raizeiras do Cerrado - une construction qui regroupe des représentant.e.s de 43 groupes communautaires de dix régions des États de Minas Gerais, Goiás, Tocantins et Maranhão - dans le but de défendre leur droit de pratiquer la médecine traditionnelle. Tantinha souligne que c’est là « un droit coutumier : c’est le droit de faire ce que ma grand-mère faisait, ce que ma mère faisait. » Dans ce chemin de lutte, les raizeiras se battent pour la reconnaissance du métier des raizeiros, hommes et femmes du Cerrado, en tant que patrimoine culturel immatériel du Brésil par l’Institut du Patrimoine Historique et Artistique National - IPHAN.

Des savoirs qui sont des biens communs

Le manque de reconnaissance n’est pas la seule menace qui nie l’importance de leurs pratiques pour la diversité culturelle et biologique du Cerrado. Les quebradeiras et raizeiras doivent maintenant faire face à un nouveau type de vol et de violence : l’appropriation par des entreprises commerciales du patrimoine génétique et des savoirs traditionnels dont elles sont les gardiennes.

Raizeira du Cerrado
© Jaqueline Evangelista Dias/Articulação Pacari

Ces savoirs, qui n’ont pas de propriétaires mais uniquement des héritiers, ne sont pas des marchandises et n’ont ainsi pas de prix, mais de la valeur. Pour cela, ils doivent être reconnus, puisqu’il n’y a pas qu’une seule forme de connaissance, contrairement à ce que dit la science hégémonique et cartésienne, qui se prétend un paramètre global de la connaissance. Ces manières de faire, de tisser, de préparer, de soigner, de semer, sont le fruit de décennies d’expérimentation, d’observation et de création collective des communautés, transmises avant tout par l’oralité et par le développement commun de chaque peuple ou communauté.

Et c’est peut-être justement la mise en commun de ces connaissances qui les a rendues si convoitées, appropriées et spoliées par des entreprises, des chercheurs ou des sujets qui visent le profit individuel au lieu de la vie en communauté. Nombreux sont les récits de brevetage et exploitation économique de produits, cosmétiques, graines et médicaments originaires d’un apprentissage avec les peuples et communautés traditionnels. Ces dernier.e.s ne voient pas la répartition des bénéfices résultant de ce commerce et sont même empêché.e.s d’accéder librement à la biodiversité qu’ils et elles contribuent à enrichir.

Mais si l’on reconnaît les droits de propriété intellectuelle de ceux qui modifient la biodiversité par des appropriations, des restrictions à l’utilisation commune et sa commercialisation, pourquoi avons-nous si peu avancé dans la protection des savoirs traditionnels ? Face aux traités de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), qui garantissent la privatisation de la connaissance, les paysans, les peuples autochtones et les communautés traditionnelles ont fait front dans la bataille internationale pour la reconnaissance de leurs droits et ont adopté en 1989, la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), qui garantit le droit au consentement libre, préalable et informé des peuples traditionnels à toute mesure affectant leurs modes de vie. Et aussi la Convention sur la Diversité Biologique, en 1992, reconnaît l’importance des connaissances traditionnelles des peuples pour la conservation de la biodiversité [7].

Cependant, au Brésil, le « Cadre Légal de la Biodiversité » (Loi n°13.123/2015), contesté par les mouvements sociaux et les communautés traditionnelles, finit par faciliter l’accès des entreprises et chercheurs aux savoirs traditionnels et par mettre des obstacles à la répartition des bénéfices, puisqu’il introduit une série d’exceptions et de catégories contestables, comme les savoirs traditionnels « à l’origine non identifiable ».

Les pièges du Cadre Légal de la Biodiversité

Cette idée de « savoirs traditionnels d’origine non identifiable » a un impact direct sur les raizeiras.
Pour elles, tout savoir traditionnel est d’origine identifiable, puisque les détentrices de ce savoir sauront toujours d’où il vient. La transmission des connaissances traditionnelles se déroule de manière naturelle, qui est le mode qui peut protéger ce qu’elles savent et enseignent. C’est pourquoi, jusqu’aujourd’hui, le savoir des raizeiras se maintient vivant : elles connaissent l’histoire de chaque remède de grand-mère qu’elles préparent et de qui elles ont hérité ce savoir. Les raizeiras jugent que l’établissement de l’idée d’un savoir sans origine a été une manipulation de la loi, pour faire obstacle à la répartition des bénéfices.

Beaucoup de ces savoirs sont dans la “Farmacopeia Popular do Cerrado” (Pharmacopée populaire du Cerrado), un système de registre des connaissances traditionnelles sur l’identification, l’utilisation et la manipulation des plantes médicinales natives du Cerrado. Il a été organisé par 262 raizeiros, hommes et femmes des États de Goiás, Tocantins, Maranhão et Minas Gerais. La pharmacopée populaire contient l’origine de ces connaissances et elle a été déposée dans le Système National de Gestion du Patrimoine Génétique et le Savoir Traditionnel associé - SISGEN, à des fins de protection des connaissances traditionnelles et de répartition des bénéfices, en cas d’accès par des usagers qui développeraient des produits à partir de ces connaissances dans un but économique.

Maria Alaïdes met en évidence les pièges qui se présentent pour garantir une consultation préalablement bien informée des connaissances traditionnelles des quebradeiras : « Pendant qu’on grandissait, on apprenait déjà avec la grand-mère à casser le coco, à faire le charbon, on avait appris à tirer l’huile, à faire du savon. On avait appris à planter les plantes médicinales, à faire les remèdes de grand-mère. » Et, même avec cette acquisition de connaissances traditionnelles si évidente, elles se voient face à de nombreux défis : « De nombreuses entreprises s’approprient le babaçu pour des expériences de production en utilisant son huile sans une consultation préalable, en faisant de la bio prospection sans consulter les quebradeiras et ceci est une perte dans notre milieu. »

En tant qu’héritières des connaissances traditionnelles associées au babaçu, les quebradeiras ont droit à la répartition des bénéfices. Et pourtant, la réalité est différente, raconte Maria Alaïdes :

« Dans plusieurs endroits, où il y a des femmes qui se démarquent avec leurs savonnettes, on a reçu des propositions d’entreprises de cosmétiques pour qu’on leur vende la base sans le parfum, sans les essences, pour qu’ils fassent des améliorations, mais la base ne portera pas la lutte des quebradeiras, ne portera pas le visage des quebradeiras. On se rend compte que, même s’ils ne l’ont pas breveté, ils veulent s’emparer d’une partie du savoir traditionnel, concentré là, dans le produit, et s’enrichir, concentrer les bénéfices uniquement sur une entreprise, nous dépouillant de ce bien qui était partagé d’une façon sociale et collective. »

Et elle finit par une critique au Cadre Légal de la Biodiversité (Loi n° 13.123/2015) : « La loi du bio- piratage assure que, selon la quantité de notre matière-première dans le produit, ils nous repasseraient 0,05% de toutes les ventes, mais qui peut savoir la quantité de ventes faites par ces grandes entreprises ? Quelle est l’obligation de rendre des comptes qui donnerait une certaine transparence pour qu’on puisse entrer dans la négociation ? »

Des droits acquis par la lutte

Malgré les graves problèmes présentés, il y a des avancées importantes conquises dans la lutte de ces mouvements, pendant la navette de la loi encore en projet et dans sa réglementation par le Décret n°8772/2016. Ce décret reconnait le droit de la population autochtone, d’une communauté traditionnelle ou d’un agriculteur traditionnel de refuser son consentement à l’accès à son savoir traditionnel d’origine identifiable. C’est-à-dire, il reconnaît le droit au véto, au pouvoir de dire « non » à l’accès aux savoirs traditionnels.

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De la même façon, dans la Loi n°13.123/2015, apparaît la validation juridique d’instruments communautaires qui se sont montrés très importants pour ces peuples et communautés, comme ce fut le cas des Protocoles Bio-culturels Communautaires tels que ceux construits par l’Articulation Pacari. Ils indiquent quels sont les savoirs traditionnels et quel est le patrimoine génétique protégé et développé par les communautés et comment ces peuples veulent être consultés sur l’accès et la répartition des bénéfices sur ces connaissances.

Nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour l’appropriation populaire de ces instruments, c’est pourquoi le Groupe de Travail Biodiversité de l’Articulation Nationale d’Agro-écologie a fait une tentative de « traduction » de ces traités et lois dans un langage plus accessible dans la brochure « Nos connaissances sur la socio-biodiversité : sauvegarde d’un héritage ancestral » (Nossos conhecimentos sobre a sociobiodiversidade : salvaguardando uma herança ancestral)

Les raizeiras, par la voix de Tantinha, soulignent l’importance du dialogue entre la science et les savoirs traditionnels :

« Nous dépendons de la science pour que notre travail se développe, tandis que la science aussi dépend de notre savoir traditionnel pour se développer. Ce doit être une relation de partenariat. La science doit avoir une relation de respect avec nos connaissances, parce que la science s’est développée à partir de savoirs traditionnels, à travers des personnes qui développaient déjà les soins par les plantes, comme les autochtones. »

Un exemple de cette relation de respect est la reconnaissance en tant que Maîtres en Savoirs Traditionnels, attribué par l’Université Fédérale de Minas Gerais (UFMG) et par l’Université de Brasilia (UnB) respectivement à Tantinha et Lucely,

Sur la même lancée, Tantinha complète :

« Pour pouvoir développer n’importe quel type de médicament, la science dépend de la connaissance des raizeiros. Pour les grands laboratoires, ce n’est pas concevable de faire des médicaments dans une cuisine de la maison, mais nous raizeiras, nous défendons ce droit, parce que je ramasse la plante dans ma cour et je prépare le médicament dans ma cuisine. Je soigne la plante pour, à partir d’elle, soigner la personne. »

La lutte pour leurs droits et pour défendre leurs corps et territoires

Dans les récits de ces femmes guerrières du Cerrado, nous trouvons des exemples clairs de ce qu’est la socio-biodiversité, exprimée dans la diversité des paysages, des modes de vie, de l’alimentation, parce qu’elles vivent dans des systèmes agricoles extrêmement complexes et dans une relation avec la nature par la médiation des valeurs de respect, de soin et d’appartenance. Elles apportent des significations fondamentales, en effaçant les frontières entre peuples et nature, synthétisées dans les paroles de Socorro : « Nous, les êtres humains qui vivons dans les forêts, nous sommes biodiversité ».

Dans la lettre finale de la Ière Rencontre des Femmes du Cerrado, tenue en juin 2019, cette relation entre les modes de vie des peuples du Cerrado et la biodiversité y trouvait déjà un fort écho : « Le maintien de nos modes de vie dans nos territoires est connecté à notre aptitude à la coexistence et à la manipulation des espaces du Cerrado. La socio-biodiversité ici est à la base d’une garantie de souveraineté et de sécurité alimentaires et nutritionnelles de notre communauté et de notre société. Nos pratiques ancestrales de stockage, d’échange et de culture de semences conservent la biodiversité. Nous croyons à l’agro-écologie comme une pratique de coexistence avec les champs et de production d’aliments qui s’opposent à l’agro-négoce.

Une relation avec la nature faite d’adaptation et de coexistence ; non pas de contrôle et de domination, comme c’est le cas des monocultures. Ce sont là des exemples qui s’opposent à ce modèle dominant qui détruit et viole des droits. Et cela est très significatif en ce moment où nous sommes confrontés à une pandémie, dont l’origine est ce modèle agricole industriel qui formate la vie et les paysages.

Raizeiras du Cerrado
© Jaqueline Evangelista Dias/Articulation Pacari

Une histoire de conflit permanent

L’histoire des quebradeiras, des raizeiras et de tant de femmes des peuples du Cerrado est une histoire de conflits permanents. Conflits avec ceux qui nient leurs droits et savoirs. Conflits avec ceux qui représentent une vision de la nature basée sur l’exploitation. La lutte de ces femmes, au coeur de ces conflits, nous apporte beaucoup d’enseignements. Quand les femmes casseuses de coco attirent l’attention sur la valeur d’un arbre, elles s’opposent de front contre la propriété privée et glorifient la terre. Historiquement, dans nos législations, l’arbre est considéré comme quelque chose d’accessoire, alors, quand elles luttent pour le babaçu libre, elles inversent ce qui, historiquement, était dans la loi. Des arbres provient également un autre enseignement de la lutte de ces femmes : Pacari, qui donne le nom à l’articulation des raizeiras, est un arbre qui répand ses semences à travers le vent et qui ne pousse jamais isolé dans le Cerrado, il est toujours groupé. Ainsi, l’arbre symbole de la lutte de ces femmes nous enseigne aussi la valeur du travail en groupe, des articulations en réseau, si fondamentales pour la défense des droits et territoires.

Par ailleurs, les quebradeiras soulignent comment le « palmier-mère », compagne qui alimente ses enfants, est continuellement emprisonnée par les clôtures, contaminée par les poisons, renversée par les tronçonneuses. La lutte pour la libération du palmier avance avec la libération des corps des femmes du Cerrado qui font face à la violence gravée dans la société et souvent sur leurs propres maisons et communautés. Dans la Ière Rencontre des Femmes du Cerrado, elles ont affirmé : « Il n’existe pas de territoires libres avec des corps emprisonnés ». Et ont souligné que « la haine contre les femmes propagée par les actuels représentants des institutions brésiliennes se reflète aussi dans l’augmentation du féminicide dans nos communautés. Nous entendons la plus grande flexibilité accordée au port d’armes comme une menace directe à nos vies. »

Les femmes du Cerrado sèment des futurs alternatifs

Les luttes des quebradeiras et raizeiras contiennent un sens précieux et profond de l’innovation des traditions. Elles nous montrent que les modes de vie des peuples autochtones, des communautés quilombolas et des peuples et communautés traditionnels du Cerrado ne sont pas prisonniers du passé. Ce sont des modes de vie qui nous projettent vers des futurs alternatifs et les femmes de ces peuples sont les « sages-femmes » de cet autre monde possible. Un devenir semé, soigné et nourri par ces femmes sur la base de la diversité et du respect à la nature et à l’ancestralité, comme l’ont affirmé les femmes lors de la Ière Rencontre :

« Nous sommes les gardiennes du Cerrado et des savoirs populaires que nous avons hérité de nos ancêtres. Pendant toute notre histoire, nous avons lutté pour que notre culture et nos modes de vie résistent. Unies dans notre diversité, nous affirmons ici que le Cerrado brésilien a un visage de femme ! Cette femme est résistante, résiliente, noire, autochtone, quilombola, féministe, paysanne, assentada et campée, sans-terre, frappée par les exploitations minières et les barrages. Elle est quebradeira de coco-babaçu, sertaneja, pêcheuse, vazanteira (ou barranqueiras, sont des communautés dites riveraines, dont le mode de vie dépend entièrement des fleuves auprès desquels elles habitent. Elles sont notamment le long des fleuves São Francisco et Tocantins) riveraine, LGBTQ+, salariée rurale, habitante de Fundos e Fechos de pasto [8], raizeira, guérisseuse, sage-femme, agricultrice familiale, geraizeira (riveraine et membre des communautés traditionnelles de Geraizeira). Le Cerrado est une mosaïque de vies et de biodiversité. C’est le berceau des eaux du pays et ses champs et forêts sont des lieux qui nous nourrissent. Pour ces raisons, nous participons à la Campagne Nationale pour La Défense du Cerrado, parce que nous comprenons la profonde relation de ce biome avec nos modes de vie. »

Diana Aguiar est assesseure de la Campagne Nationale pour La Défense du Cerrado et Docteure en Planification Urbaine et Régionale par le IPPUR/UFRJ. Jaqueline Evangelista Dias est coordinatrice exécutive de l’Articulation Pacari Raizeiras do Cerrado, ingénieure agronome, doctorante en Développement Rural par la UFRGS. Lourdes Cardozo Laureano est coordinatrice technique de l’Articulation Pacari Raizeiras do Cerrado, pharmacienne par la UFG, raizeira et agricultrice. Maria Emilia Lisboa Pacheco est assesseure nationale de la FASE - Solidarité et Éducation et membre du Forum Brésilien de Souveraineté et Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle et de l’Articulation Nationale d’Agro-écologie. Naiara Andreoli Bittencourt est avocate populaire de la Terre des Droits et du du GT Biodiversité de l’ANA et doctorant en Droits Humains et Démocratie par l’UFPR. Rosalva Gomes est assesseure technique du MIQCB, fille et petite-fille de quebradeiras de coco. Valéria Pereira Santos est agente de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), membre de la coordination exécutive de la Campagne pour la Défense du Cerrado et Maître en Demandes Populaires et Dynamiques Régionales par la UFT.

[1Le Cerrado est une ‘savane’, zone de transition vers la forêt amazonienne plus grande que l’Angleterre, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne réunies. Le Cerrado compose avec le Sertão et la Caatinga les trois biomes du « Semi-arride » Brésilien. C’est l’un des biomes le plus riche et le plus ancien au monde et aussi l’un des écosystèmes les plus menacés au monde, dévasté à plus de 50 % par la déforestation, l’agriculture intensive et l’exploitation minière. Le Cerrado s’étend des rives de l’océan Atlantique jusqu’au centre du continent, débordant sur le Paraguay et la Bolivie. Autres Brésils vous propose de lire le manifeste « Protéger le Cerrado » de Greenpeace Belgique"

[2Le Père Josimo Morais Tavares était un religieux noir, agent de la Commission Pastorale de la Terre dans la microrégion Bico do Papagaio, située dans l’extrême nord de l’État de Tocantins. Il a été animateur dans des communautés paysannes et un important soutien de la lutte pour la terre. Il croyait à l’émancipation politique des familles paysannes et à l’autonomie des femmes quebradeiras des noix de coco-babaçu. Il a été assassiné le 10 mai 1986, sur ordre des propriétaires terriens (fazendeiros) de la région, pour avoir défendu les travailleurs ruraux. Il reste toujours une inspiration pour les quebradeiras du coco-babaçu et pour toute la lutte pour la terre et les territoires du Brésil.

[3Raimunda Gomes Da Silva, plus connue comme Raimunda Quebradeira de Coco, a été une leader communautaire agissant à côté du Père Josimo dans la lutte pour la terre à Bico do Papagaio. C’était une femme forte et déterminée ; elle a été l’une des fondatrices du MIQCB et a eu une reconnaissance nationale et internationale pour sa lutte infatigable pour la valorisation des quebradeiras du coco-babaçu. En reconnaissance pour son action, elle a reçu le titre de Docteure Honoris Causa de l’Université Fédérale du Tocantins, le Diplôme Femme-Citoyennne Guilhermina Ribeira Da Silva (Assemblée législative du Tocantins) et le diplôme Bertha Lutz (Sénat Fédéral). Dame Raimunda est décédée à 78 ans, le 7 novembre 2018, dans le village de Sete Barracas, commune de Sao Miguel du Tocantins.

[4Statut des personnes vivant dans des assentamentos. Les assentamentos désignent des établissements ruraux gérés par l’INCRA issus de la politique de réforme agraire. Créés sur des terres privées expropriées ou sur des terres publiques, ces zones ont été divisées en plusieurs lots sur lesquels ont été installées des familles sans terres à des fins d’exploitation agricole ou d’élevage. Retrouvez l’illustration du mot Assentamento dans le glossaire de Autres Brésils sur l’Observatoire de la démocratie brésilienne

[5Communautés marronnes fondées par des esclaves noirs ayant repris leur liberté, qui apparaissent au Brésil, dès le XVIe siècle. Ces communautés sont présentes dans différentes parties du pays, à travers leurs descendants, qui luttent jusqu’à aujourd’hui pour la reconnaissance de leurs territoires traditionnels et propres modes de vie.
Ce mot est aussi à l’origine du néologisme « aquilomber » désignant une nouvelle façon de faire de la politique à travers des mandats collectifs portés par des projets antiracistes. Retrouvez l’illustration du mot Quilombola dans le glossaire de Autres Brésils sur l’Observatoire de la démocratie brésilienne

[6Matopiba est une région délimitée à des fins de planification gouvernementale, couvrant le biome du Cerrado dans les États du Maranhão, Tocantins, Piauí et Bahia. Elle est considérée par l’Embrapa (l’organisme officiel) comme « la grande frontière agricole de l’actualité », soit, un espace pour l’expansion de l’agrobusiness, qui ignore les territoires des peuples du Cerrado et les forts conflits générés par cette expansion.

[7L’Article 8, alinéa J, de la Convention sur la Diversité Biologique indique l’importance de « respecter, préserver et maintenir les connaissances, les innovations et les pratiques des populations indigènes ayant un style de vie traditionnel relevant pour la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique et (…) encourager la répartition équitable des bénéfices issus de l’utilisation de ces connaissances, ces innovations et pratiques » (Article 8°, alinéa j).

[8Fundos e Fechos se caractérisent par la propriété et l’utilisation communautaires de la terre et de ses ressources. L’une des principales affectées par l’entérinement des pratiques d’accaparement voulu dans la MP910

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