Eliana Alves Cruz : plongée dans l’ancestralité à travers la littérature

 | Par Elisa Fontes, Ponte Jornalismo

L’auteure des romans Água de barrela, O Crime do cais do Valongo et Nada digo de ti, que em ti não veja [1] a exposé à l’Académie de Littérature des Rues, série de lives de Ponte, ce qui l’a inspirée pour raconter des histoires de résistance et de négritude.


Le parcours d’histoires de vie et de documents historiques fait partie de la trajectoire d’Eliana Alves Cruz, écrivaine de Rio, invitée du sixième épisode de l’Académie de Littérature des Rues, série de lives de Ponte. La conversation conduite par la directrice des relations de Ponte, Jessica Santos, a eu lieu en avril et a concerné la prééminence noire dans la littérature.

Formée au journalisme, Eliana s’est adonnée à la littérature, désirant mieux comprendre son ancestralité. C’est ainsi qu’elle a écrit son premier roman Água de barrela, publié par les éditions Malê, qui a emporté la première place pour le Prix Oliveira Silveira, promu par la Fondation Culturelle Palmares et par le Ministère de la Culture supprimé en 2015 [2] . L’ouvrage a aussi reçu la mention honorable du Prix Thomas Skidmore en 2018 [3] , des Archives nationales et de l’université américaine Brown [4] . Plus récemment, l’auteure a publié deux autres romans, O Crime do cais do Valongo en 2018, et Nada digo de ti, que em ti não veja, en 2020.


Ancestralité et prééminence noire

Eliana s’est livrée à un travail de recherche et à de nombreuses conversations avec des membres de sa famille plus expérimentés, en particulier ses tantes, pour écrire Água de barrela. De l’immersion dans ses racines a résulté une histoire de femmes noires de différentes générations, depuis le début du 20ème siècle. Elles lavaient et repassaient les vêtements de leurs patronnes blanches, tout en luttant constamment pour leur liberté et en s’occupant de leurs enfants.

“Il a fallu un très gros effort d’empathie, de rupture des préjugés, de découverte de tout ce que chacun a à raconter, de tout ce que chacun a pour collaborer avec nous. Ainsi cela a été une libération très importante pour ma famille et pour moi aussi”, a-t-elle affirmé à propos des récits.

L’écrivaine raconte qu’au lieu de chercher des documents historiques et académiques sur les relations afro-brésiliennes, elle a réalisé une exploration de terrain en voyageant à Bahia, d’où sa famille est originaire. “Il existe une autre forme de mémoire conservée dans la culture populaire, dans les terreiros [5] de candomblé, dans des milliers de choses que l’académie n’atteint pas”, explique-t-elle.

Eliana prévient que toute cette étude provient de “la curiosité de qui a eu son histoire interrompue et cachée”. D’après elle, il existe une très grande diversité ethnique dans chaque pays du continent africain, qui, ignorée au long des années, devrait être étudiée dans les écoles. Dans la littérature, l’écrivaine dit qu’il faut penser comment aborder la prééminence noire, en respectant ses strates et ses complexités.


“Les paroles sont des témoins de notre temps”

Eliana s’est inspirée de romans historiques pour O Crime do cais do Valongo, une intrigue policière qui a lieu au Mozambique, en Afrique orientale, et au Quai de Valongo, port d’entrée principal des africains réduits en esclavage des Amériques, situé à Rio de Janeiro. Le quai est devenu un site archéologique et a reçu le titre de Patrimoine Historique de l’Humanité de l’UNESCO en 2017.

L’écrivaine dit que l’idée a jailli du désir de raconter l’héritage africain qui existe surtout au centre de la capitale de l’État de Rio, dans la zone portuaire et les quartiers alentour, région qui depuis a été dénommée “Petite Afrique”. Elle insère aussi dans son livre des passages du journal Gazeta do Rio de Janeiro, premier journal imprimé du Brésil, pour donner une image du quotidien de l’époque où l’histoire se passe, le 19ème siècle.

“Je pense que c’est resté d’un grand intérêt, parce que cela apporte un doigt de réalisme et relève de choses tout à fait contemporaines, comme la guerre à propos de la vaccination. C’est un peu angoissant de se voir tourner en rond autour du même thème. On ne parvient pas à dépasser certains points de vue et des manières d’agir prédéterminées”, a-t-elle commenté.

Eliana souligne que les paroles sont douées de force car “elles sont des témoins de notre temps”. Pour elle, le journalisme détient ce rôle de registre et de mémoire, et la société ne réussira jamais à cacher qui elle est. Le quai est une des seules réminiscences physiques de la violence envers les personnes noires représentée par l’esclavagisme et il est devenu un symbole de la résistance contre le racisme. Le livre a été sélectionné comme l’un des meilleurs de l’année 2018 par les critiques du journal O Globo et est arrivé en demi-finale du Prix Oceanos 2019.


Transexualité au 18ème siècle

Dans son livre le plus récent, Nada digo de ti, que em ti não veja (2020), Eliana décrit un scénario qui paraît très actuel, mais qui a lieu à Rio de Janeiro en 1732. La présence des fake news, le fanatisme religieux, les préjugés et le conservatisme sont les conflits que la protagoniste Vitória, femme trans noire, doit surmonter tout au long du récit pour vivre une liaison avec Felipe.

L’inspiration pour tous ces éléments est partie de la recherche réalisée pour O Crime do cais do Valongo, destinée à comprendre comment le Brésil du 19ème siècle se comportait face à l’homosexualité. L’écrivaine a parlé du défi à créer le personnage de Vitória et les conflits de Felipe avec l’intention de reporter des discussions présentes vers l’histoire située dans le passé.

“Pour les personnages noirs et noires de la littérature et du cinéma, nous avons besoin d’amour. Même à l’intérieur de la violence, de la sujétion, toutes les cicatrices que nous avons, même à l’intérieur de toutes ces souffrances, nous avons besoin de l’expérience de l’amour envers ces personnages. J’ai voulu introduire un véritable amour, contre tous ces obstacles de l’époque”, explique-t-elle.

Voir en ligne : Ponte Jornalismo : Eliana Alves Cruz e seu mergulho na ancestralidade pela literatura : ‘a curiosidade de quem teve a história ocultada’

[1Les ouvrages d’Eliana Alves Cruz ne sont pas traduits en français. Leurs titres seraient approximativement les suivants : Eau de lessive, Le Crime du quai de Valongo, Je ne dis rien de toi, que je ne verrais en toi.

[2Le ministère de la culture a été fusionné avec le ministère de l’éducation par Michel Temer.

[3Lancé avec les Archives nationales, ce prix a pour objectif de promouvoir la production historiographique brésilienne et de la traduire en anglais.

[4Université privée américaine prestigieuse qui a fourni plusieurs prix Nobel, prix Pulitzer, et personnalités remarquables.

[5Lieux de culte consacrés en particulier au candomblé et servant de regroupement social pour la transmission des traditions africaines.

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