Championne du travail esclave, une famille perd ses terres au Pará (2)

, par Leonardo Sakamoto

Le jugement, prononcé par le juge Jorge Vieira, de la 2ème Juridiction de la Justice du Travail de Marabá, et pour lequel il ne peut y avoir de recours, est le terme d’une action civile collective menée par le Ministère Public du Travail. Selon M. Vieira, qui depuis 2001 juge des cas d’esclavage dans cette région de frontière agricole amazonienne, la pression économique sur les exploitants donne des résultats dans le combat à ce crime. “Il est important de souligner que l’entreprise qui utilise le travail esclave n’est pas viable économiquement. Jorge Mutran Ltda. n’aurait aucun problème si elle avait eu un comportement correct.M. Vieira affirme que les profits faciles de celui qui utilise le travail esclave sont en train de se transformer en pertes - ce qui induit un changement de comportement du côté des propriétaires.

Situation externe

José* a laissé sa petite maison dans un bidonville de la périphérie de la capitale Teresina, au Piauí, et est parti s’aventurer dans le Sud du Pará pour essayer d’épargner la faim à son épouse et à son fis âgé de quatre mois. Dès son arrivée, il a travaillé dans une menuiserie, où il a perdu un doigt quand la scie métallique est descendue sans avertir. « On m’a donné deux boîtes de comprimés : une contre l’inflammation, l’autre contre la douleur, et on m’a remercié », nous a-t-il raconté. Il est alors parti nettoyer le pâturage pour le bétail et lever des clôtures dans la propriété Cabaceiras, à Marabá (Pará), de l’entreprise Jorge Mutran Exportação e Importação Ltda. Le « chat » lui a promis un « bon » emploi. Pourtant, en arrivant, il a trouvé de l’eau de très mauvaise qualité, des baraquements précaires, un manque d’équipements de sécurité, de nourriture, de rémunération. Seul le travail, qui lui mangeait ce qui lui restait de sa main, du fait des frottements, était une certitude chaque jour. Sans l’intervention du groupe mobile, coordonné par le Ministère du Travail et de l’Emploi (MTE) - qui a procédé à l’inspection de Cabaceiras le 11 février 2004 - José aurait célébré avec la faucille et la houe son 17ème anniversaire trois jours plus tard. Selon la responsable du groupe mobile, Mme Marinalva Cardoso Dantas, les ouvriers étaient réduits à la condition d’esclaves. Belmiro, un des « chats » de la propriété, a été mis en examen pour racolage.

Marinalva s’est plaint que les Mutran sont une entrave au combat contre le travail esclave dans le Sud du Pará. “Ils sont déjà au courant de tout ce qui leur est reproché et ils ont même été inclus dans une liste. Ou bien ils ne croient pas qu’ils seront punis, ou ils continuent à chercher des nouvelles formes d’échapper aux inspections”, affirme-t-elle.

M. Evandro Mutran, responsable de l’entreprise propriétaire, répond : “Nous sommes victimes, on est en train de faire du terrorisme contre nous”. Contacté par nous pendant l’inspection à son bureau à Belém, il a nié qu’il y aurait du travail esclave et il voit dans la dispute pour des terres l’origine de l’inspection : “Ils font cela parcequ’ils veulent la propriété pour la réforme agraire. Si nous dormions là bas, nous pourrions être tués par le MST [Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre], qui ont déjà brûlé deux voitures dans la propriété”.

Dans le Piauí, il est difficile de se procurer un terrain. Je suis donc parti au Maranhão.” Raimundo* a fait le chemin inverse à celui de José, mais il n’a pas eu beaucoup de chance non plus dans le sertão, et a fini par atterrir au Sud du Pará afin de trouver un travail qui lui serve de gagne pain. Arrivant à Marabá, lui et son fils Carlos* ont logé dans un “hôtel ouvrier” (en portugais : « peoneiro »). Ce genre d’établissement est connu pour tolérer que les travailleurs diffèrent le payement de leurs dépenses de logement et d’alimentation jusqu’à ce qu’ils aient trouvé un emploi. Quand le « chat » d’une propriété vient chercher de la main d’œuvre, le patron de l’hôtel lui vend la dette. Et, avec elle, part le travailleur.

Tous les deux ont coûté au “chat” R$ 80. C’est ce qui a été réglé au “dortoir du Luís”, situé au niveau du km 06 de la route départementale PA-150, le « chat » Belmiro, de Cabaceiras, pour quatre jours d’alimentation et l’utilisation d’une petite chambre. En plus d’eux, sont partis à cette propriété, la même journée, cinq autres hommes qui logeait à cet hôtel. Ces établissements agissent de façon illégale, mais continuent à fonctionner, sans que les autorités locales agissent. Parmi les ouvriers qui ont été libérés se trouvait M. Francisco Ferreira Leme, 74 anos, originaire du Piauí. Il est un « ouvrier de tronçon », qui n’a pas de domicile fixe et va de ville en ville, de tronçon en tronçon, prenant un travail par ci, un autre par là, toujours dans l’espoir de toucher l’argent qui lui permettrait de rentrer dans sa terre natale ou qui l’emmènerait vers une vie meilleure. Depuis 1983, il est dans le Sud du Pará et a travaillé depuis début 2004 en tant que cuisinier pour Belmiro. Mais le « chat » ne lui a jamais dit combien il serait payé.

M. Evandro Mutran a affirmé qu’aucune infraction au Code du Travail n’a été constatée à l’intérieur de sa propriété. “On a trouvé des gens qui n’appréciaient pas la nourriture, c’est tout. Tous avaient un contrat de travail en bonne et due forme.

Il faut faire la part des choses entre infraction au Code du Travail et travail esclave. Jamais je ferais du travail esclave de toute ma vie. Si je voulais faire cela, j’aurais acheté une propriété au milieu de la brousse”, affirme-t-il. Cabaceiras est coupée par la départementale PA-150, asphaltée, et se trouve à environ 25 km du chef-lieu de la commune de Marabá. “Ils n’accordent pas le droit aux personnes de se défendre. C’est un jugement sommaire, ils disent que c’est du travail esclave. Cela mériterait même un procès pour obtenir des dommages et intérêts”, a poursuivi M. Mutran.

Mais la situation récidiviste de Cabaceiras a été jugée tellement grave par le gouvernement fédéral, que celui-ci a décrété l’expropriation de cette propriété à des fins de réforme agraire, dans la même édition du Journal Officiel du 19 octobre dans laquelle les règles des listes des contrevenants ont été publiées. Au total, 340 familles pourront bénéficier de ce bien de 9 774 hectares.

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