Nouvel instrument de géopolitique, le vaccin démontre les erreurs d’Itamaraty

 | Par Jamil Chade, UOL

La difficulté du Brésil à obtenir l’accès aux vaccins ou à ses composants pour sa production n’est pas un accident mais le résultat de choix politiques et stratégiques qui aujourd’hui nous font payer leur prix. Et dans le cas de la pandémie de covid-19, leur prix sont des vies.

Au cours des deux dernières années, Itamaraty (ministère des relations extérieures ) et le Palais du Planalto ont démantelé des décennies d’une tradition de construire des ponts et de maintenir des relations avec tous, indépendamment de leurs aspects idéologiques. FHC a accueilli Chavez et dîné avec des banquiers et des monarques. Lula a visité Bush, a remporté un prix à Davos et a été un héros à Porto Alegre, alors maison du Forum social mondial.

Sous la direction de Jair Bolsonaro et Ernesto Araújo, l’idéologie a empreint les choix diplomatiques. Si les signes d’isolement sont devenus de plus en plus évidents au cours des derniers mois, le vaccin de la covid-19 a démontré qu’à un moment donné, l’addition arrive. Et elle est arrivée.

Pendant des mois, le chef d’Itamaraty s’en est pris à la Chine, a insinué le fait que le gouvernement de Pékin utiliserait la pandémie pour gagner en force internationale, a critiqué son ambassadeur à Brasilia, dénoncé le « comunavirus » et ouvert un fossé sans précédent entre les deux pays.

Luiz Henrique Mandetta, ancien ministre de la Santé, a révélé à la colonne qu’il avait été saboté à plusieurs reprises par Itamaraty alors qu’il tentait de se rapprocher de l’ambassadeur de Chine à Brasilia.

Maintenant, lorsque les autorités chinoises doivent libérer l’exportation des composants du vaccin ou la livraison de plus de doses, elles se trouvent devant un mur. La quête d’Itamaraty, en ce moment, est de trouver un interlocuteur qui soit accepté par les Chinois afin qu’une négociation puisse avoir lieu

Avant snobées, la Chine et l’Inde doivent imposer des conditions pour aider le Brésil

Lors des réunions de Fiocruz et de l’Institut Butantan, une partie des administrateurs estime que Pékin ne manquera pas de se conformer à ses contrats commerciaux avec le Brésil, mais admet déjà que les Chinois utiliseront la dépendance du pays sur le thème de la santé pour s’assurer qu’il y ait un changement dans la nature de la relation. Et que, bien sûr, le projet chinois pour la technologie 5G soit une fois de plus considéré par le gouvernement fédéral.

Dans le cas indien, l’utilisation de l’immunisant comme instrument d’influence et de pouvoir est évidente. Premier producteur mondial de vaccins, New Delhi a utilisé sa fabrication comme un moyen de créer ou de renforcer les alliances dans sa région contre l’hégémonie croissante de la Chine. Ce n’est pas un hasard s’il envoie comme « cadeau » des millions de doses à des voisins au Bangladesh, au Bhoutan et autres.

Le Brésil, quant à lui, a choisi de s’allier avec les pays occidentaux et de rompre avec une tradition vieille de plusieurs décennies de lutte pour l’accès aux médicaments. Depuis trois mois, Itamaraty critique ouvertement la proposition de l’Inde à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) de suspendre tous les brevets vaccinaux pendant la pandémie. L’objectif des Indiens serait de permettre la fabrication de ces vaccins par des fabricants de médicaments génériques, ce qui élargirait l’offre mondiale.

Lorsqu’il avait besoin de l’Inde, Itamaraty a été obligée d’ordonner à ses diplomates de garder le silence lors de la réunion de Genève (Suisse), où se trouve le siège de l’OMC, de ne pas aggraver la crise et enterrer le pays au final de la file d’attente de ceux qui pourraient recevoir le vaccin.

Le Brésil a abandonné l’alliance avec l’Inde dans le commerce mondial

Dans le domaine du commerce, le Brésil a également opté pour un éloignement des pays émergents et de l’alliance qu’il a maintenue avec l’Inde à l’OMC. Dans un accord avec Trump, le gouvernement Bolsonaro a accepté qu’il ne serait plus traité comme un pays en développement dans les négociations commerciales.

Le geste a été accueilli avec mépris par d’autres pays en développement, irrités par la « trahison » du Brésil

Quelques mois plus tard, l’Inde s’est vengé et a opposé son veto au nom de l’un des diplomates les plus qualifiés d’Itamaraty pour prendre en charge les négociations sur l’avenir du secteur mondial de la pêche. La raison : la crainte que la présidence brésilienne signifie une position pro-pays riches.

Au ministère de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), les choix faits auront également des conséquences. Depuis des semaines, le Brésil est rester à distance de l’idée de créer une alliance mondiale pour assurer la distribution des vaccins aux pays les plus pauvres. À l’époque, en avril 2020, le ministère de la Santé avait informé la colonne qu’il avait d’« autres alliances » à l’étude. Mais il n’a jamais expliqué lesquelles.

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Sous la pression des sénateurs, Itamaraty a fini par cédé et s’est joint au projet Covax. Mais il a choisi de demander le moins de doses possible, capable de ne servir que 10% de la population. Le système permettrait au Brésil de demander une couverture jusqu’à 50%.

La diplomatie a traité l’OMS comme l’antre d’un complot mondialiste

L’une des raisons pour lesquelles elle a refusé de rechercher un engagement accru n’avait aucun rapport avec les intérêts nationaux. Mais c’était bien pour éviter de transformer l’OMS à l’épicentre de la réponse mondiale contre la pandémie. Pour l’idéologie de la nouvelle diplomatie brésilienne, ces institutions font partie d’un « complot mondialiste », infiltrées par les communistes, et qui vise à soi-disant mettre fin aux souverainetés nationales.

Maintenant, si l’OMS réussi à formaliser le projet et commence à distribuer des vaccins, le Brésil recevra un volume réduit de doses.

Avec le secteur privé, le pari sur seulement quelques fournisseurs a également été démontré. De nombreuses entreprises se sont dites surprises de la froideur avec laquelle elles ont été traitées par le Planalto.

Au sein d’Itamaraty, l’idée circule que la crise a révélé les limites de la stratégie du gouvernement de ne favoriser que quelques partenaires. Pour les opposants au chancelier, en interne au ministère, l’affaire affaiblit sa position. Une incapacité possible à résoudre ce goulot d’étranglement pourrait lui coûter son poste.

Le vaccin, selon ces négociateurs, est géopolitique. « Il suffit de regarder le nom que les Russes choisissent pour le leur », a plaisanté un diplomate brésilien, dans une référence à Spoutnik - nom initialement donné au satellite soviétique qui a marqué l’un des moments les plus critiques de la guerre froide.

Sans fondement scientifique et sans certificat médical, ces doses d’idéologie piègent le Brésil sur l’échiquier de cette géopolitique, affaiblissent le pays dans une éventuelle reconstruction du système international dans la période post-pandémique et, surtout, tuent.

Voir en ligne : UOL : « Novo instrumento da geopolítica, vacina escancara erros do Itamaraty. »

Photo de couverture : 17.nov.2020 - Le président brésilien Jair Bolsonaro et le ministre des Relations Extérieures, Ernesto Araújo : l’idée du Brésil « souverain », « paria orgueilleux », laisse le pays sans ressources diplomatiques © Marcos Corrêa/PR

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