Maîtres et esclaves

, par Gilberto Freyre

de Gilberto Freyre



« Maîtres et esclaves est le plus grand des livres brésiliens et le plus brésilien des essais. Pourquoi ? J’ai toujours été surpris et je le suis encore, de ce que Gilberto Freyre, tout en étant si étroitement réactionnaire sur le plan politique, ait pu écrire ce livre généreux, tolérant, beau et fort. Ce qui est certain, c’est que Maîtres et esclaves nous a appris, en particulier, à nous réconcilier avec notre “ancestralité” lusitanienne et nègre dont nous étions quelque peu honteux. Nous lui devons le fait d’avoir commencé à accepter, en tant qu’authentiques ancêtres, le peuple que nous avions l’habitude d’identifier à l’immigrant, bête de somme tirant les charrettes du marché, ou bien commerçant prospère et mesquin lorsqu’il s’était enrichi. Nous devons avant tout à Gilberto Frevre, d’avoir appris à reconnaître, sinon avec fierté, du moins avec sérénité, sur le visage de chacun de nous, sur celui de nos oncles et cousins, une bouche charnue, des cheveux crépus ou ces nez épatés d’origine incontestablement africaine et servile. » (Darcy Ribeiro, extrait du prologue à une réédition en 1979 du livre de Gilberto Freyre, traduit par Inês Oseki-Dépré, dans le Magazine littéraire n°187, 1982).


« Considérée dans son ensemble, la formation brésilienne a donc été, comme nous l’avons déjà montré dans les premières pages de cet essai, un processus d’équilibration entre des antagonismes. Antagonismes de civilisations et d’économies. La civilisation européenne et l’indigène (terme qui désigne les amérindiens au Brésil). L’européenne et l’africaine. L’africaine et l’indigène. L’économie agraire et la pastorale. L’économie des champs et celle des mines. Le catholique et l’hérétique. Le jésuite et le grand propriétaire. Le bandeirante (aventurier et explorateur portugais) et le seigneur de moulin. Le Pauliste et l’immigrant. Le Pernamboucain et le marchand ambulant. Le riche propriétaire foncier et le paria. Le bachelier et l’analphabète. Mais les dominant tous, plus général et plus profond encore : l’antagonisme du seigneur et de l’esclave. »

Au Brésil, les relations entre Blancs et populations de couleur, à partir de la première moitié du XVIe siècle, ont été influencées d’une part par le système de production économique et, de l’autre, par le manque de femmes blanches chez les conquérants. Le sucre n’a pas seulement étouffé les autres industries ; il a encore stérilisé la terre. Il a surtout exigé une masse d’esclaves.

Maîtres et esclaves est une étude approfondie des rapports extrêmement complexes qui se sont noués entre trois grands groupes humains : les Blancs, les Noirs et les Cuivrés, de leur fusion progressive, de leur intime mélange. De ce creuset est sorti le Brésilien, qui, même Blanc, constitue un chef-d’œuvre de complication ethnique et mentale épanoui sous les Tropiques. Rien d’abstrait dans cette histoire imprégnée d’une réalité effervescente et riche de sensualité, qu’il s’agisse des mœurs sexuelles du Brésil ancien, de ses pratiques médicales, de ses superstitions, de son folklore ou de sa cuisine. Sous la plume de Gilberto Freyre, ce Brésil en fusion devient plus qu’une entité historique et culturelle : une province de notre sensibilité.


Maîtres et esclaves. La formation de la société brésilienne (Casa grande & senzala, 1933), traduit du portugais par Roger Bastide, préface de Lucien Febvre. [Paris], Éditions Gallimard, « La Croix du Sud », 1952, 552 pages, épuisé – rééditions : Éditions Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 1974, 560 pages, épuisé / Éditions Gallimard, « Tel » n°34, 1978 ; 1997, 560 pages, 12 €


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