Interview avec Luiza Romão : Prix Jabuti 2022

Le recueil de poésies de Luiza Romão Também guardamos pedras aqui (Nós, éditions - 2023) [1] met en relation la Guerre de Troie et les plaies du Brésil contemporain.

Traduction et relecture : Marie-Hélène Bernadet et Pascale Vigier

La littérature brésilienne passe par des changements importants. Que ce soit sur le marché éditorial, où les grands conglomérats ont perdu de l’extension au profit des petites librairies et des labels de publication indépendants, soit par l’apparition de nouveaux auteurs, plus variés, désireux d’apporter au lecteur des thèmes de plus en plus essentiels.

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La preuve en a été le dernier prix traditionnel Jabuti, le plus grand hommage de la littérature brésilienne, attribué en 2022 à l’écrivaine et actrice Luiza Romão pour son livre de poésies Também guardamos pedras aqui. Issue des slams, batailles de poèmes et de rimes des rues de São Paulo, la victoire de Luiza Romão renforce la reprise de la tradition poétique : la performance.

Também guardamos pedras aqui recrée, à partir de 29 poèmes, l’Iliade d’Homère, la tragédie grecque qui raconte 51 jours de la Guerre de Troie. À travers des textes créés pour chaque personnage représenté dans l’épopée grecque, Luiza Romão met en relation le massacre de la Grèce antique et les plaies du Brésil contemporain.

« Je me souviens de cette stupéfaction quand je lisais l’Iliade, et, simultanément, de cette pensée : « comment est-ce que ceci devient la base de la littérature occidentale ? » raconte Luiza Romão.

Interviewée par Brasil de Fato, l’écrivaine, qui se trouve à Madrid pour un séjour d’études de cinéma, parle à bâtons rompus de la nouvelle configuration du marché éditorial brésilien. Avec la fermeture de grands réseaux de librairies, accusées de harcèlement moral par les travailleurs et submergées de dettes par millions, celles-ci perdent de plus en plus d’étendue en faveur de petits éditeurs indépendants et de librairies éparses.

Brasil de Fato : Luiza, vous avez été, avec Também Guardamos Pedras Aqui, la grande lauréate du prix Jabuti de 2022. J’imagine bien que votre bonheur est immense, mais, je suppose que l’espace que ce prix vous donne pour continuer à vivre de votre écriture et de votre art est encore plus important. C’est un pas de géant dans votre carrière, une nouvelle ouverture, n’est-ce pas ?

Luiza Romão : En effet. Presque trois mois ont déjà passé depuis le prix et je suis un peu… dans le cirage. À certains moments je regarde et je dis : “dis donc, c’est vrai”. En plus d’être une reconnaissance de moi-même, de ma poésie individuelle, je pense que c’est aussi la reconnaissance d’un mouvement de poésie parlée beaucoup plus large dont je fais partie.

Je trouve qu’il est absolument remarquable, en ce sens, que le Jabuti, ce prix littéraire si canonique, si important dans la littérature brésilienne, considère et reconnaisse une production poétique constituée à travers les saraus3, les slams, les mouvements de Spoken Word4, de performance poétique. Je crois qu’il se passe ici quelque chose de très chouette, une reconnaissance de cette poésie qui dans les derniers 10, 15 ans a ébranlé les bases de la parole poétique en y joignant le corps, la performance, la rencontre et tout cela.

Encore une question sur le prix, vous vous y attendiez ? Ou vous a-t-il vraiment surprise ?

J’ai vraiment été surprise. Je termine en ce moment un cours en Espagne ; je suis venue étudier l’interprétation pour le cinéma et je me souviens que la nuit de l’attribution du Jabuti était en même temps celle où jouait le Brésil5. Je participais ici à Madrid à une séance de divulgation de l’œuvre de Paulo Leminski, qui était terminée, Agora Que São Elas, ici, en espagnol.

Et là je me souviens des personnes qui me disaient : “vous êtes nominée comme finaliste du Jabuti”. Et je répondais : “non, les gars, ne créez pas d’espoirs, parce que je ne vais pas gagner. Je suis déjà bien trop contente de me trouver dans cette catégorie, d’être parmi les cinq finalistes”. Je disais ceci pour ne pas décevoir les personnes qui étaient là et célébraient la nomination.

En fait, ce fut une surprise. Je suivais la transmission online et je n’y croyais pas. Or je pense qu’une grande part de cela a à voir avec une profonde admiration que j’éprouve envers toutes et tous les poètes qui étaient mentionnés ici : Ricardo Aleixo, Arnaldo Antunes, Ana Martins Marques, Tatiana Nascimento. Ce sont des artistes qui m’ont formée comme poète.

Et puis une chose vous unit d’une certaine façon, finalistes du Jabuti, c’est la performance. Eux tous, d’une manière ou d’une autre, utilisent aussi la performance comme un complément de la poésie, de leur art. C’est là un nouveau chemin – qui n’est pourtant pas si nouveau que cela ?

Oui, je pense que ce n’est pas sans raison que les gens incluent, plus ou moins, cette interface entre la poésie et la musique, ou la poésie et les arts visuels. Dans le cas de Ana Martins Marques, qui est une poétesse dont le travail est plus lié à l’écriture6, j’aime toujours me souvenir d’un livre d’elle avec Eduardo Jorge, qui est un livre au programme performatif à la suite de l’écrit. Il s’agit d’un échange de lettres entre eux à partir d’un appartement qu’Eduardo lui laisse. C’est-à-dire, vous avez aussi une idée de performance en sollicitant cet écrit.

Je crois que plutôt qu’une nouveauté, c’est en réalité une résurgence. Car, si on regarde la littérature brésilienne, on a une occurrence très importante, dans la poésie principalement, de l’oralité, de la performance, depuis très longtemps. En réalité, la poésie, parmi les genres littéraires, en est un…si on regarde la tradition occidentale, plus centrée sur l’Europe : Homère chantait ses poèmes.

Donc, vous avez ici une imbrication entre voix, corps et parole. Ce n’est pas une parole silencieuse, c’est une parole qui a du rythme, qui a de la sonorité, qui a de l’allitération, qui a de la rime ou non, enfin c’est une parole qui est aussi vocalisée.

Et qui prend vie…

Exactement. Puis surtout, l’intérêt des mouvements de poésie parlée qui a agité le Brésil ces dernières années réside dans cette rencontre, cette poésie, qui est douée de vie, et dont chaque performance sera une performance différente. Chaque fois que vous déclamez, chaque fois que vous représentez un poème, il va se modeler et se modifier conformément au contexte, conformément à l’impact.

Vous avez cité Homère et, il est admirable que, dans votre livre, en fait, vous fassiez une relation entre la violence de la littérature grecque et les plaies du Brésil contemporain. D’où vous est venue l’idée de récupérer ces écrits classiques ?

Eh bien, je viens du théâtre et un des piliers de l’éducation ou de la formation théâtrale, je l’analyse même dans le livre, est la Grèce antique. J’ai toujours lu beaucoup de tragédie antique, Le Banquet, les textes plus littéraires - littéraire est un terme plutôt anachronique ici, mais, enfin - autant cette tradition poétique épique, que dramaturgique. Et puis aussi des poèmes, des épopées, de la philosophie.

"C’est très étonnant qu’on étudie autant la Grèce dans un pays comme le Brésil, qui a connu un processus très violent de colonisation se perpétuant jusqu’à ce jour de différentes façons". Ce modèle y est importé et implanté comme un idéal esthétique, un idéal de politique, enfin de rationalité et cætera. Et dans le même temps, on ne s’aperçoit pas des multiples traditions et cultures qui ont été produites depuis des millénaires en Amérique Latine, dans différentes parties du Brésil.

J’avais déjà ressenti ce contact très intense avec les mythologies et les récits de la Grèce antique, et je me souviens bien de ma sensation en terminant de lire l’Iliade, au passage de l’année 2016 à l’année 2017. Cette sensation a été de grande horreur, je me souviens d’être restée très perturbée par la quantité de violence racontée là.

L’Iliade est l’histoire d’une guerre, entre grecs et troyens, un extrait dans lequel Homère décrit une dispute entre Achille et Agamemnon, et l’enterrement d’Hector. En fait, il prend un fragment de cette guerre, qui dure 10 ans et où les morts s’accumulent. J’avais, également, le désir de relire le livre, uniquement en repérant les verbes tuer. Je n’avais pas idée, que nous avions, en langue portugaise, autant de verbes de mort, de douleur, pour passer outre la douleur envers autrui et d’autres formes de soumission, formes de torture et ce qui s’ensuit.

Puis je me souviens de cette surprise à la lecture de l’Iliade et, en même temps, de la pensée suivante : “comment se fait-il que ceci soit le fondement de la littérature occidentale ? Parmi tant de récits fondateurs possibles, l’occident va choisir comme pierre de base l’histoire du massacre d’un peuple ?”. Eh bien cela m’a rendue très anxieuse et je crois que c’est à partir de là que j’ai commencé à travailler sur le projet de « Pierres ».

J’ai écrit le premier poème d’Homère, un poème qui, véritablement, travaille avec cette accumulation de verbes. Dans le livre, il est arrivé comme une tâche ébauchée, d’une certaine manière, qui empêche aussi cette représentation. Par la suite, en 2019, j’ai repris le projet resté dans le tiroir, à partir d’un atelier avec Marcelino Freire – un grand ami – et alors les poèmes ont commencé à naître.

J’ai imaginé un peu la structure du livre avec un poème pour chaque personnage. Certains personnages qui apparaissent dans l’Iliade et d’autres qui sont à moitié oubliés dans l’histoire.

À propos de cette violence et de cette tragicomédie, votre inspiration a peut-être à voir aussi avec la sauvagerie qui constitue le monde d’aujourd’hui, n’est-ce pas ? Le Brésil, par exemple, est en conformité avec la barbarie…

Oui, et en ce sens, je crois qu’un livre qui a été fondamental pendant le projet a été le Necropolítica d’Achille Mbembe7, qui pense exactement cette politique de mort comme un fondement du monde contemporain. Il se penche beaucoup aussi, par exemple, sur le cas de la Palestine, sur ce qui se produit là-bas dans la Bande de Gaza. Et cela apparaît dans certains poèmes aussi.

Je trouve que je pars d’une expérience brésilienne, mais également en pensant comment ces politiques de mort se manifestent dans d’autres parties du monde, une fois que les gens ont une dominante de conception occidentale dans de nombreux pays.

Votre livre a été publié dans une petite maison d’édition qui s’appelle Nós. Tandis qu’au Brésil, surtout, les grandes librairies ferment, beaucoup de petites librairies, la plupart segmentées, fleurissent dans les villes. Ici par exemple, à São Paulo, on peut voir ces petites échoppes, qui semblent innover, apparaître ici et là. Pensez-vous que c’est là que se trouve le futur de notre littérature nationale et qu’il faut s’éloigner des grandes maisons d’éditions et d’un marché éditorial enlisé pour aller ailleurs ?

Dans le cas précis de la poésie, qui est le domaine à propos duquel je souhaite approfondir cette question, je trouve très intéressant qu’un grand nombre de collectifs se soient constitués pour créer des petites maisons d’édition à partir du mouvement très important de la poésie orale, avec des cercles de micro ouvert, des saraus, des batailles de mots, des groupes de Spoken Word8, des spectacles lyriques musicaux, etc… Ce sont des labels indépendants qui ont réussi, en quelque sorte, à réfléchir à comment publier ces travaux, dans un circuit de distribution qui ne passe pas par les grands réseaux de librairies ou d’édition.

Je trouve que c’est énorme, d’un côté, de rompre un certain monopole et de montrer d’autres possibilités de distribution et de production de cette poésie écrite. Puis, même si on travaille surtout avec l’oralité, la fugacité, la stabilité du poème oral, il y a également un regard et une production tournée vers la documentation et la distribution du poème sur la page blanche.

Il existe beaucoup de collectifs qui possèdent de petits labels éditoriaux, et qui même éditent d’autres formats de livres, comme des fanzines9, des plaquettes et des carnets. Et je trouve très intéressant que cette production contemporaine puisse, de cette façon, s’immiscer dans ce marché éditorial, souvent monopolisé et peu accessible à d’autres voix.
Et je le dis par expérience. Mes deux premiers livres, Cocktail molotov et Sangria, ont été publiés sous le label Doburro. Sangria a été tiré à 3000 exemplaires, ce qui est conséquent, y compris pour les grandes maisons d’édition. La distribution s’est faite en grande partie de la main à la main, lors de saraus, de slam, de rencontres, de clubs de livre.

Vous en avez envoyé vous-même depuis chez vous...  

J’ai envoyé moi-même des exemplaires dédicacés à de petites librairies. En général, en tant qu’auteur, on a du mal à avoir accès aux grandes librairies. Il en va de même pour les labels indépendants.

A ce sujet, je trouve très important que des librairies comme la Librairie Simples, la Librairie da Tarde, la Megafauna, la Mandarina, fassent en sorte que ces voix s’expriment et que ces productions circulent, en plus de créer des espaces qui n’appartiennent pas aux grands réseaux ; en général, celles-ci proposent des conditions de travail exécrables pour les libraires, au niveau des ventes, de l’accueil. En plus de ça, souvent, les contrats des producteurs et des maisons d’édition ne sont pas du tout intéressants. Il y a souvent des cas de dettes impayées, entre autres. Et on sait que c’est déstabilisant pour les petites maisons d’édition. Ce sont des situations très difficiles à gérer.

Quel sera le rôle des grandes maisons d’édition dans l’avenir ? Vous pensez qu’elles auront tendance à monopoliser le marché ou bien qu’elles vont essayer de s’adapter à ce nouveau scénario ?

Je ne crois pas que le grand marché littéraire – et je ne parlerai même pas de l’édition – avec les prix, les grands salons littéraires, les grandes maisons d’édition, ce marché littéraire plus établi, puisse continuer à ignorer cette poésie et cette littérature produite de manière indépendante.

Je pense qu’il existe déjà des projets qui le démontrent. Que ce soit par le fait que j’aie gagné le prix Jabuti ou le fait que, par exemple, le Slam de Guilhermina10 ait gagné auparavant, dans un axe d’innovation, comme le Slam Interscolaire qui est un projet censé produire, encourager et diffuser le slam dans les écoles.

Il existe deux anthologies de slam qui sont parues dans de grandes maisons d’édition. Une qui s’appelle Querem nos calar, poemas para serem lidos em voz alta11, dirigée par Mel Duarte et éditée aux éditions Planetas en 2019 et l’autre intitulée Nove poetas hoje12, dirigée par Heloisa Buarque de Holanda, éditée par la Companhia das Letras.
L’anthologie Querem nos calar réunissait des slammeurs de différentes régions du Brésil et Nove poetas hoje est une relecture d’une anthologie que Héloïse avait faite dans les années 70, exclusivement avec des femmes. Il y a déjà des slammeuses dans cet ouvrage : moi-même, Mel Duarte, Luz Ribeiro et, enfin, Bel Puã.

J’estime que ceci montre, en quelque sorte, l’intérêt des grandes maisons d’édition, qui publient également ces écrivaines. C’est un sujet que j’aborde un peu dans ma thèse, disponible sur le site des thèses de l’Université de São Paulo ; les personnes intéressées peuvent y jeter un coup d’œil et réfléchir à comment ce mouvement peut générer une tension.

A mon avis, il s’agit d’un mouvement inévitable, mais qui, en même temps, se construit…c’est-à-dire que, au cas par cas, il faut réfléchir à la façon dont ce capital politique, symbolique et artistique va être utilisé par chacune de ces institutions. Personnellement, je vois ces fissures dans le marché éditorial d’un très bon œil.

Comme vous l’avez dit au cours de notre conversation, vous avez toujours eu une grande passion pour la performance, qui est la base de votre art. Est-ce que le slam vous a forgée en tant qu’artiste ?

Absolument. En fait, je viens du théâtre. Je suis actrice, issue de la performance, de la scène. C’est dans les cercles de poésie, dans les joutes poétiques que je me suis découverte poète. Ce n’était pas quelque chose que j’avais imaginé faire dans ma vie, dirons-nous. Mais qu’est-ce que je savais de la vie à 21 ou 22 ans ? Cela a été une expérience formatrice et quand je m’en suis rendue compte, j’avais déjà écrit des poèmes, performant, participant, allant d’un point à un autre, d’évènement en évènement.

Je crois que c’est aussi une des magies des mouvements de le slam : d’abord, la poésie redevient une chose vivante, intéressante, qui vous mobilise et ensuite, cela stimule également les participants, souvent d’abord juste en tant que public et ensuite en osant se lancer comme poète.

Une chose que je trouve intéressante dans le slam, c’est que c’est la résultante de ce qu’on appelait avant la poésie marginale, une poésie de la périphérie, la voix de ceux qui n’étaient pas écoutés et qui existait pour exprimer une pensée à partir des questions de genre, de race et de nombreuses autres questions dont on ne parlait jamais.

Oui, il me semble que le principe même du slam met ceci en évidence. Roberta Estrela D’Alva dit toujours que le format des trois minutes n’est pas un hasard. Les jours où l’inspiration nous arrive, le maximum qu’on peut faire est de déclamer trois poèmes, puisqu’il y a trois tournées. En revanche, on peut écouter une vingtaine de poèmes en tout. En général, quand on pense au slam, on pense avant tout à la personne qui déclame au centre du cercle, alors qu’en vérité, on passe 80 ou 90 % du temps dans le public, à écouter de la poésie.

Je trouve cette idée de cercle très intéressante parce que parfois on est au centre, mais la plupart du temps on est là, concentré et avec toute notre énergie dirigée vers celui ou celle qui se trouve au milieu du cercle. Et ceci est une spécificité de la manière dont le slam est pratiqué au Brésil.

J’ai assisté à plusieurs slams ici en Espagne, par exemple, et la plupart sont organisés dans des espaces fermés, en indoor. J’ai été à un slam sur un lieu d’occupation culturelle, ce qui fait qu’il n’y avait pas de billetterie. Le Slam Madrid, par exemple, est le plus ancien d’Espagne. Comme il a lieu dans un bar, il faut débourser 10 euros pour pouvoir entrer (environ 60 réaux).

Autrement dit, il s’agit d’un autre type de configuration et même les poèmes qui sont déclamés traitent d’autres sujets. Il y en a beaucoup qui abordent des questions concernant la jeunesse, l’acceptation de son propre corps, l’affect. Certains poèmes sont plus conventionnels, d’autres traitent d’une certaine mélancolie. Au Brésil, les sujets traitant de la violence structurelle que vous avez mentionnés sont très représentés : il s’agit de réfléchir à des évènements qui se produisent chaque semaine et qui, historiquement, se répètent.\

Qu’il s’agisse de la question du génocide de la jeunesse noire brésilienne ou des questions reliées à la violence de genre ou du patriarcat, au féminicide, à la culture du viol, le slam, au Brésil, s’est transformé en une agora publique de débat politique. Bien sûr, il existe aussi des poèmes d’amour et d’autres abordant le thème de la santé mentale, et ceux-là ont l’affect ou le manque d’affect comme sujets de prédilection. Une autre particularité du slam brésilien est qu’il est un reflet de notre société, de la société violente de ces dernières années, qui a fait l’expérience de l’extrême-droite et d’un gouvernement génocide. C’est curieux de voir le boom des slams entre 2016 et 2017. Et ce n’est pas un hasard, 2016 étant l’année du coup d’Etat. D’une part, nous avons ces agoras qui prennent de l’importance au Brésil, et d’autre part, l’avancée dévastatrice de l’extrême-droite. C’est intéressant de considérer le slam à l’intérieur de ce panorama politique brésilien contemporain.

Pour moi, une autre particularité évidente du slam brésilien est qu’il a lieu dans la rue, principalement. Cette réappropriation de l’espace public révèle, d’une part, la précarité des politiques culturelles et publiques, surtout dans les quartiers périphériques. D’autre part, elle est également liée à la façon dont les mouvements sociaux se sont servis de la rue comme d’un lieu de contestation, à travers des marches, des rassemblements, des sittings, notamment en 2013. Je crois qu’il y a là une certaine performativité du corps dans la rue qui est en relation avec la forme du slam.
 
C’est aussi une caractéristique du monde actuel de voir l’extrême-droite se répandre, non seulement au Brésil – en se renforçant avec l’ex-président Jair Bolsonaro (PL) – mais aussi en Italie et en Espagne même, où le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) est souvent acculé par Vox, un des mouvements d’extrême-droite du pays. Vous pensez que cela a pu également influencer la poésie ici ?
 
Ici, en Espagne, il me semble que les questions qui sont discutées sont différentes, du moins dans les slams auxquels j’ai assisté. En même temps, la situation est différente dans d’autres pays d’Europe, en Grèce par exemple. J’étais là pour présenter un poème-vidéo que j’ai créé à partir du livre Les Pierres, dans un festival qui existe depuis 10 ans et qui observe ce langage qui me passionne ; je pense que c’est également une forme de poésie orale.
Ce festival a lieu dans un théâtre autogéré, le Embros, un espace occupé depuis déjà 10 ans. C’était un théâtre abandonné, placé depuis lors en autogestion et qui avait été attaqué par des néo-nazis puis sous le coup d’une procédure de tentative d’expulsion de la part des pouvoirs publics. Du point de vue du contexte brésilien, ce sont des questions dans lesquelles on se reconnaît beaucoup.

Ainsi, je pense que la manière dont le slam va évoluer va dépendre du territoire où il est produit. En tout cas, je suis certaine que le slam au Brésil possède une spécificité qu’on ne voit pas ailleurs. On s’en aperçoit par exemple en suivant la Coupe du Monde de slam en streaming, ce qui est, effectivement, très différent.

Dans bon nombre de ces pays, les participants lisent, ils sont avec leur feuilles, leurs thèmes… Il y a un poème qui parle de ça, qui raconte que quelqu’un est arrivé avec différents sujets, sans donner la parole à une autre personne.

Voir en ligne : https://www.brasildefato.com.br/202...

[1non-traduit en français ’Nous avons des pierres nous aussi’

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