En Amazonie, 100 000 tonnes de bois exportées en 15 mois Amazonie sans loi met le halo sur l’IBAMA

 | Par Agência Pública, Ciro Barros

En mai 2021, la Police fédérale brésilienne a lancé l’opération Akuanduba pour enquêter sur des irrégularités présumées dans le processus d’exportation du bois amazonien. L’opération visait le ministre de l’Environnement de l’époque, Ricardo Salles, le président de l’IBAMA, Eduardo Bim ainsi que d’autres agents publics et hommes d’affaires de l’industrie du bois. Salles a démissionné peu après et Bim a été écarté de ses fonctions pour 90 jours.

Une enquête de Ciro Barros, de Agência Pública
Traduction par l’équipe de Autres Brésils

Agência Pública dispose de nouvelles informations sur la quantité de bois exportée, ainsi que sur les pays et les entreprises récipiendaires durant les 15 mois au cours desquels une disposition de l’IBAMA (7036900/2020) qui faisait vigueur, et désormais objet de l’enquête, assouplissait les règles d’exportation du bois brésilien. Cette disposition de l’agence environnementale a rendu caduque une instruction normative de 2011 établissant que les exportations de bois nécessitaient une autorisation spécifique de l’IBAMA et prévoyait des procédures plus strictes pour le contrôle des exportations, telle que l’inspection de la cargaison par échantillonnage.

Cette disposition a été suspendue en mai par une ordonnance du juge de la Cour suprême, Alexandre de Moraes. Dans la décision, M. Moraes a déclaré que les enquêtes indiquent « l’existence d’un système frauduleux visant à faciliter la contrebande de produits forestiers ». Le juge soupçonne l’ancien ministre de l’environnement, Ricardo Salles, et le président de l’IBAMA, Eduardo Bim de participation au système frauduleux.

Des fonctionnaires de l’IBAMA, nommés par Salles, font également l’objet d’une enquête ainsi que des entreprises de l’industrie du bois, notamment celles liées à l’Association des industries exportatrices de bois de l’État du Pará (AIMEX), dans le nord du Brésil, l’un des États les plus touchés par l’exploitation illégale des forêts dans le pays.

174 000 tonnes vers les États-Unis et l’Europe

Selon l’enquête inédite de Pública, les exploitants de bois associés à AIMEX ont à eux seuls exporté 174 000 tonnes de bois depuis le début de l’administration Bolsonaro, 57 % de ces exportations ayant eu lieu alors que la disposition de l’IBAMA était en vigueur.

L’enquête a également permis de montrer que ces sociétés ont, entre février 2020 et mai 2021, commercialisé au moins 12 500 tonnes de bois provenant d’espèces forestières considérées comme menacées par le Service brésilien des forêts (SFB).
Les données ont été obtenues en partenariat avec Pública et CLIP (Centro Latinoamericano de Investigación Periodística) à partir de la plateforme Panjiva, une base de données d’informations commerciales et d’intelligence du marché gérée par la société américaine S&P Global.

Selon les données de la plateforme Panjiva, le volume de bois échangé a été plus important au cours des 15 mois durant lesquels le décret de l’IBAMA était en vigueur (de février 2020 à mai 2021) qu’entre les années 2016 et 2019 période durant laquelle 11 000 tonnes de bois d’espèces considérées comme menacées avaient été commercialisées par les sociétés.

Les espèces trouvées dans la base de données de Panjiva, bien qu’elles soient en danger selon la classification du Service forestier brésilien, peuvent être commercialisées légalement. Pour extraire légalement du bois au Brésil, il est nécessaire de disposer d’un plan de gestion forestière approuvé par les secrétariats d’État à l’environnement.

La base de données consultée ne permet pas de savoir à quels plans de gestion le bois vendu est lié. Après le lancement de l’opération, AIMEX a publié une note dans laquelle elle affirme que le bois est légal.

Les destinations du bois

La France, les États-Unis, le Japon, l’Allemagne et la Belgique sont les pays qui ont reçu le plus grand nombre de cargaisons de bois, classé comme menacé par le Service forestier brésilien alors que le décret de l’IBAMA, qui fait l’objet de l’enquête, était en vigueur.

Les bois les plus exportés pendant cette période, l’Angelim-Pedra, l’Itaúba, la Garapeira et la Cerejeira, essences considérées vulnérables par la SFB, sont utilisées dans la construction civile et navale en raison de leur résistance et de leur durabilité.

Selon l’analyse des données de Pública, les exportations de bois n’étaient toutefois pas homogènes entre les membres de l’AIMEX. Pendant que la disposition de l’IBAMA était en vigueur, six sociétés ont été responsables de 78,5 % des expéditions de bois considéré comme menacé.

Parmi les sociétés qui ont le plus exporté, on retrouve Ebata Produtos Florestais Ltda et Tradelink, impliquées dans l’enquête de la Police fédérale (voir infographie). Toutes deux ont un passé commun d’amendes pour violation de l’environnement, de procès dans le secteur socio-environnemental devant les tribunaux fédéral et des États de l’Union et de conflits socio-environnementaux. Contactée par Pública, la société Ebata n’a pas répondu avant cette publication, ni sa traduction.

Tradelink a déclaré, à propos de l’opération Akuanduba, que toutes ses opérations « étaient légales, conformes aux règles de l’IBAMA et à l’interprétation adoptée par l’agence environnementale concernant la législation pertinente ». La société a déclaré qu’en ce qui concerne l’opération Akuanduba, « il s’agit d’une enquête et aucune des allégations n’a été prouvée. »

Lors de récentes manifestations, AIMEX a critiqué les décisions de justice et le travail de la Police fédérale dans le cadre de l’opération Akuanduba. Dans une déclaration rendue publique, l’association a déclaré « défendre les intérêts de ses membres et du secteur forestier de manière ferme mais absolument honnête, légitime et démocratique. » Interrogé par Pública, AIMEX n’a pas fait de commentaire.

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