#CoronaNasPeriferias : journalisme dans les périphéries Remise en question des dispositions gouvernementales qui ne s’appliquent pas aux réalités périphériques

 | Par Alma Preta, Collectif

#CoronaNasPeriferias documente et remet en question les effets et la pertinence des mesures établies par les gouvernances fédérales, étatiques et municipales pour contenir la propagation du virus. Elles ne s’appliquent pas aux réalités des territoires périphériques et des favelas du pays.

Ils posent 16 questions sur l’impact de la pandémie dans les périphéries qui n’ont toujours pas de réponses

Ce jeudi (19/03) des dizaines de professionnel·les de la communication, venant des périphéries et des favelas du Brésil cosignent une lettre publique dans laquelle elles unissent leurs forces pour informer leurs territoires des actions préventives liées à Covid-19, le nouveau coronavirus.

Vous pouvez aussi suivre le #DiariodeUmFaveladoNaPandemia de Raull Santiago (Journal d’un Favelado [1] dans la pandémie)

Communiqué

Nous sommes face à une pandémie. Le mot paraît encore étrange pour plusieurs personnes, et tout ce qu’il implique également.

Covid-19, que nous connaissons tou·tes comme le nouveau coronavirus, est arrivé au Brésil et ses effets sont bien réels. Des gens sont infectés, des gens meurent .

Pour contenir l’étendue des problèmes, les gouvernements fédéraux, des États et des municipalités ont présenté et mis en place – bien que très discrètement – une panoplie d’actions auxquelles toute la population doit se soumettre.

Cependant, une fois de plus, les favelas, les périphéries [2], les ghettos, les quilombos [3], les sertões et toute les populations à la marge doivent s’en remettre à sa propre chance.

Commençons par la base : se laver les mains ! C’est la recommandation la plus largement diffusée. Comment faire pour éviter la contamination si les périphéries et les favelas n’ont pas accès à l’eau ?

Le gouvernement et plusieurs organisations indiquent que la distanciation sociale est le principal moyen de prévenir la maladie. Ça ne nous est pas permis au vu de nos réalités !

La périphérie, ce sont l’employée domestique, le portier, le « chauffeur des app », le livreur, le travailleur informel qui doit être dans le bus et le métro pour vendre ses produits afin d’apporter un revenu à la maison, ou encore le commerçant local qui ne peut pas suspendre ses activités.

Dans quelle mesure nos patron·nes sont-elles prêt·es à suivre les recommandations faites par l’humanité ? Sont-elles prêt·es à permettre à chacun·e de ces professionnel·les de mettre en pratique cette distanciation tout en continuant à payer leur salaire ?

Rester chez soi, s’isoler, ne peut signifier une perte des revenus. Si c’est le cas, comment pouvons-nous garantir que la population périphérique puisse acheter ne serait-ce qu’un flacon de gel hydroalcoolique pour aider à prévenir la contamination ? Si le gouvernement veut aider les grands entrepreneurs à ne pas faire faillite, va-t-il aussi aider les habitant·es des favelas à payer leurs factures ? Aidera-t-il la dame qui vend des parapluies au coin de la rue à ne pas faire faillite ?

Il s’agit maintenant de faire un maximum d’efforts pour contenir la propagation de la maladie. Il s’agit de faire en sorte que les personnes infectées soient progressivement prises en charge par les hôpitaux et d’éviter un effondrement du système unique de santé (SUS). Il a été si négligé et abandonné par les pouvoirs publics, mais il est si nécessaire. Le SUS est un rempart important dans la lutte contre tout ce qui doit encore arriver, pour contenir le Covid-19, le nouveau coronavirus au Brésil. Nous rappelons que 80% des usagers du SUS sont noir·es.

Face à tant de recommandations, la périphérie - même si elle est, et sera, la plus touchée - ne parvient pas encore à participer et à s’informer comme elle en a vraiment besoin. Nous devons trouver des pistes qui tiennent réellement compte de nos réalités.

C’est là que nous intervenons. Nous, professionnel·les de la communication des périphéries de diverses régions du pays, unissons nos forces et collaborons pour concevoir des informations précises qui atteindrons réellement les nôtres. Nous devons savoir comment informer nos enfants, nos jeunes, nos personnes âgées, nos pères, nos mères, nos familles. De nous aux nôtres.

Nous lançons donc une coalition nationale pour faire face au nouveau coronavirus sur le front #CoronaNasPeriferias

16 questions sur l’impact de la pandémie dans les périphéries qui n’ont toujours pas de réponses

Le virus devrait se propager rapidement dans les prochaines semaines et le système unique de santé (SUS) aurait besoin de 3 200 nouveaux lits en unité de soins intensifs (ICU) pour répondre à la demande – à ce jour, 95 % des 16 000 lits sont déjà occupés.

Nous, habitant·es et résident·es des périphéries urbaines, peuples des forêts, celles et ceux qui sont marginalisés, devons non seulement faire attention aux mesures de prévention sanitaire mais aussi aux effets secondaires de cette pandémie sur nos quotidiens.

Si l’on parle beaucoup de l’impact de la pandémie sur l’économie mondiale, on parle moins des conséquences qu’elle aura sur un pays marqué par l’inégalité sociale, le machisme, le racisme et la LGBTophobie, subissant des réductions des politiques publiques et un chômage record. Le nouveau coronavirus peut avoir un impact non seulement sur notre santé, mais aussi sur notre fragile coexistence au sein de la société.

Nous avons besoin de solidarité et de vigilance en ce moment. Or :

  1. Les périphéries recevront-elles les ressources sanitaires à la hauteur de leurs besoins ?
  2. Le gouvernement mettra-t-il en place un confinement ou des restrictions desdéplacements ?
  3. Comment mettre en place une quarantaine dans des zones de forte concentration humaine comme les favelas ou les périphéries ?
  4. Les gouvernants vont-ils faire appel à la Police Militaire pour contrôler les populations dans les périphéries ?
  5. Si quarantaine il y a, qui va conduire les bus, faire cuire le pain et livrer à manger à chaque fois que la classe moyenne passera une commande sur ifood ?
  6. Avec un chômage record et un marché informel en hausse, comment les personnes qui vivent de petits boulots pourront-elles gagner de l’argent ?
  7. Si les classes sont suspendues, avec qui les enfants qui sont à la crèche toute la journée seront-ils ??
  8. Pas de classes, pas de repas : qu’adviendra-t-il des élèves en situation d’insécurité alimentaire si il n’y a plus d’école ? La faim au quotidien ?
  9. Toujours sur la suspension des cours, quel sera le risque d’explosion des cas de violence sexuelle contre les enfants et les adolescent.es qui passeront alors plus de temps à la maison ?
  10. Passer plus de temps ‘à la maison’ augmentera-t-il d’autant le risque que les femmes subissent la violence de leurs conjoints ?
  11. Si nombre de personnes ne pourront plus circuler, le risque de conflit dans les communautés augmentera-t-il aussi ?
  12. Comment les gouvernements évaluent-ils les risques d’augmentation de tous les types de violence avec cette pandémie ?
  13. Comment les personnes âgées en situation de vulnérabilité seront-elles aidées par le gouvernement ?
  14. Quel sera l’impact de la pandémie sur la population vivant dans la rue ?
  15. Qu’en sera-t-il des prisonnier·es, qui vivent déjà dans des situationsde surpopulation carcérale , de torture et touché.es par des maladies qui sont sous contrôle dans le monde extérieur ?
  16. Et comment s’occupera-t-on des peuples autochtones, qui auront besoin de stratégies sanitaires spécifiques en raison de leur plus faible immunité face aux maladies transmises depuis l’invasion européenne du continent américain ?

Co-signataires

Priscilla Castro - Coletivo Nós por Nós (GO)
Marcelo Vinícius - Coletivo Duca (DF)
Tony Marlon I Campo Limpo, SP
Thiago Borges I Periferia em Movimento, Grajaú, SP
Mariana Belmont, Parelheiros, SP
Simone Freire -Alma Preta / Preto Império - Brasilândia (SP)
Dimas Reis - Preto Império - Brasilândia (SP)
Wallace Morais - Vozes das Periferias (SP)
Cesar Gouveia - Vozes das Periferias (SP)
Antonio Benvindo - Instituto Cultural Coletivo Semifusa/Ribeirão das Neves (MG)
Buba Aguiar - Coletivo Fala Akari (RJ)
Pedro Stilo - Coletivo pão e tinta / Jornalistas livres (PE)
Tainá Oliveira Barral - Na Cuia Produtora Cultural (PA)
Kalyne Lima - Vila Manoel Satiro - Jornalistas livres (CE)
Ingrid Farias - Brasília Teimosa - Escola Livre de Redução de Danos (PE)
Bruno Sousa - The Intercept Brasil - Favela do Jacarezinho (RJ)
Pedro Borges - Alma Preta (SP)
Raull Santiago - Coletivo Papo Reto (RJ)
Gizele Martins - Coletivo MARÉ 0800 (RJ)
José Cícero - DiCampana Foto Coletivo (SP)
Lucas Barbosa - Usina de Valores (RJ, SP, BA, PE)
Marcela Lisboa - Usina de Valores (RJ, SP, BA, PE)
Francisca Rodrigues - Agência Paraisópolis (SP)
Bruna Hercog - CBCOM e Rede ao Redor (BA)
Adriana Gerônimo - JBD Lagamar - Fortaleza (CE)
Rebeca Motta - Jornal Embarque no Direito - Jd. ngela ( SP)
Rosalvo Neto - Instituto Mídia Étnica / Correio Nagô (BA)
Wellington Frazão - Periferia em Foco - Belém do Pará (PA)
Gisele Alexandre - Agência Mural de Jornalismo das Periferias (SP)
Renato Silva - Favela em Pauta (RJ)
Alex Hercog - CBCom (BA)
Lucas Abreu Antonio - Jaçanã (SP)
Rick Trindade - Itabuna (BA)
Clara Bispo - Movimento Pela Paz na Periferia : Família MP3 - Teresina (PI)
Riviane Lucena - Embarque no Direito (SP)
Jéssica Moreira - Nós, mulheres da periferia (SP)
Jefferson Barbosa – PerifaConnection - Voz da Baixada (RJ)
Michel Silva - Fala Roça (RJ)
Daiene Mendes - Favela em Pauta (RJ)
Tiê Vasconcelos - Voz das Comunidades (RJ)
Biatriz Santos - Coletivo de Juventude Negra Cara Preta - Camaragibe (PE)
Rodrigo Gonçalves Benevenuto - Coletivo Salve Kebrada (SP)
Lola Ferreira - Magé, Baixada Fluminense (RJ)
Amanda Pinheiro - Fala Roça - Rocinha (Rj)
Eloi Leones - data_labe - Rio de Janeiro
Marcelo Rocha - São Paulo, na visão dos cria - Mauá (SP)
Mirian Fonseca- Lauro de Freitas -
CBCOM (BA)
Anderson Meneses - Agência Mural de Jornalismo das Periferias (SP)
Muller Silva - ONG Interferência (Capão Redondo - SP)
Mariana Assis- Voz das Comunidades (RJ)
Yane Mendes - Rede Tumulto - Recife (PE)
Natália Bezerra - Recife (PE)
Taís Sales de Moraes - Cine e Rock - Rio das Pedras (RJ)
Walter Oliveira da Silva - Coletivo Jovem Tapajônico - Caranazal, Santarém (PA)
Gabriel Santos - Movimento Afronte - Projeto Alternativo para Meninas e Meninos de Rua - Erê - Vila Brejal, Maceió (AL)
Jusciane Rocha - Belém (Pa)
Naldinho Lourenço - LABirinto Agência Maré (RJ)
Aline Rodrigues - Periferia em Movimento (SP)
Jessica Ipolito - Revista Afirmativa - Salvador (BA)
Anisio Borba - LABirinto Agência Maré (RJ)
Lívia Lima - Nós, mulheres da periferia (SP)
Enderson Araujo - Mídia Periférica (BA)
Juliana Pinho - LABirinto Agência Maré (RJ)
Andreza Delgado - Capão Redondo São Paulo
Wesley Teixeira - Morro do Sapo na Baixada Fluminense (RJ)

Voir en ligne : Alma Preta

[1Favelad@ désigne l’habitant.e de la favela, l’expression sous-entend également être dans une situation de périphérie par rapport à un centre ou une norme.

[2Le mot « périphérique » peut-être un faux-ami en français : contrairement aux mouvements sociaux brésiliens, les mouvements sociaux français ne le revendiquent pas toujours pour s’auto-désigner

[3Communautés (lieu) marronnes au Brésil. Les quilombolas sont les descendant·es de ces communautés, présentes dans différentes parties du pays, bien que leur identification (territoires et modes de vie) et reconnaissance soient une lutte politique constante pour leurs descendants.

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