Bresser-Pereira : le sentiment de haine des nantis vis-à-vis du PT.

, par Eleonora de Lucena

La politique éditoriale de Carta Maior [1] n’a pas pour norme de republier les médias de droite. Cependant en raison du moment critique dans lequel se trouve le Brésil, alors que les institutions conservatrices sortent ostensiblement de leur réserve, déterminées à prendre d’assaut le pays dans le cadre d’une confrontation ouverte contre un gouvernement démocratiquement élu par 54 millions de Brésiliennes et de Brésiliens [2], l’urgence politique prend le dessus. L’interview de ce dimanche que l’économiste Luiz Carlos Bresser-Pereira a accordée au quotidien Folha de São Paulo [3], en raison de la gravité, de la pertinence et de la sobriété de sa réflexion, mérite et doit être lue par le lectorat progressiste auquel s’adresse Carta Maior. Ci-après, son entretien in extenso avec la journaliste Eleonora de Lucena.
Joaquim Ernesto Palhares Directeur de Carta Maior

Source : Carta Maior. Entretien avec Eleonora de Lucena, de la Folha de São Paulo - 01/03/2015.

Traduction pour Autres Brésils : Roger GUILLOUX
(Relecture : Geni FAVRE)

Le pacte national-populaire mis en place par les gouvernements du PT s’est écroulé en raison de l’absence de croissance économique. Un phénomène nouveau est apparu : la haine politique, l’esprit putschiste des riches. Pour retrouver la croissance, le pays a besoin d’un nouveau pacte, réunissant les chefs d’entreprises, les travailleurs, les secteurs des classes pauvres et des basses classes moyennes. Une union contre les rentiers, contre le secteur financier et les étrangers.

Le point de vue qui suit est celui de l’économiste Luiz Carlos Bressser-Pereira, 80 ans, qui lance « A Construção Política do Brasil », un livre qui parcourt l’histoire du pays depuis l’Indépendance. Ministre des gouvernements de José Sarney et Fernando Henrique Cardoso [4], il estime que la haine de la bourgeoisie vis-à-vis du PT découle du fait que ce gouvernement défend les pauvres.

Folha – Votre livre traite des coalitions de classe. Vous dites qu’actuellement, la coalition n’est pas ʺd’orientation libéraleʺ comme c’était le cas dans les années 90, ni ʺnationale-populaireʺ comme à l’époque de Getúlio Vargas [5]. De quoi s’agit-il alors ?

Bresser-Pereira – Cette coalition n’existe pas. Depuis 1930, il y a eu cinq pactes politiques. Le pacte national-populaire de Getúlio, de 1930 à 1960. De 1964 ou 1967 à 1977, il y a un pacte autoritaire, modernisant et de concentration de revenus, celui de Robeto Campos [6] et des militaires.

Ensuite, vient le pacte démocratique-populaire de 1977 qui va promouvoir la transition. Ce pacte, adopté par le gouvernement, tente de juguler le problème de l’inflation mais il échoue complètement. Avec Collor et plus encore avec Fernando Henrique Cardoso, il y a un pacte d’orientation libérale qui échoue à nouveau.

Et alors arrive Lula qui se propose à nouveau de créer un pacte national-populaire, intégrant des chefs d’entreprises, des industriels, des travailleurs, des secteurs de l’administration publique et de la basse classe moyenne. Ce gouvernement s’achève de manière quasi triomphale, avec une croissance de 7,4%, et un prestige international très élevé. Mais ce pacte s’est effondré au cours des deux dernières années du gouvernement de Dilma.

Pourquoi ?

La raison principale a été que la croissance n’a pas été au rendez-vous. D’un jour à l’autre, nous sommes revenus à une croissance de 1%. Il y a eu les erreurs de fixation des prix de la Petrobras et de l’électricité [7] . Puis est arrivé le ʺmensalão" [8]. Alors, les économistes libéraux ont commencé à manifester haut et fort leur colère, à prêcher l’ouverture commerciale absolue, à dire que les entrepreneurs brésiliens sont tous incompétents et fortement protégés alors qu’ils ont un énorme handicap de compétition.

C’est ce qui explique la disparition de centaines de milliers d’entreprises. Le pacte politique national-populaire … a fait pschitt ! Il s’est évaporé. La bourgeoisie a resserré ses rangs.

Et elle a pensé qu’elle pouvait gagner l’élection de l’année dernière ?

Oui. Alors est survenu un phénomène que je n’avais jamais vu au Brésil. Soudain, j’ai perçu le sentiment de haine collective des hautes classes sociales, des riches, contre un parti et contre une Présidente. Ce n’était pas une manifestation de préoccupation ni de peur. C’était une manifestation de haine.

Cette haine résultait du fait d’avoir, pour la première fois, un gouvernement de centre-gauche et qui s’est maintenu à gauche. Il a accepté des compromis mais ne s’est pas rendu. Et il continue à défendre les pauvres contre les riches. Cette haine résulte du fait que le gouvernement a montré une préférence forte et claire en faveur des travailleurs et des pauvres. Il n’a pas privilégié la classe riche, celle des rentiers.

Mais les rentiers ont obtenus d’excellentes plus-values avec Lula et Dilma, n’est-ce-pas ?

Non. Avec Dilma, le taux d’intérêt était retombé à 2%. Il faut ajouter les mauvais résultats économiques, l’inflation et le ʺmensalãoʺ, tout cela a conduit la droite à s’organiser. Au cours des deux dernières années du gouvernement Dilma, la lutte des classes est revenue avec force. Elle ne venait pas des travailleurs mais de la bourgeoisie qui est insatisfaite.

Alors qu’elle avait gagné les élections, Dilma a adopté le programme des conservateurs.

Là, il y a une énorme confusion. Quand un ajustement fiscal s’impose, devient-on pour autant un économiste orthodoxe ? Ceci n’a pas de sens. Quand Dilma procède à un ajustement fiscal elle ne devient pas une économiste orthodoxe. Elle fait ce qu’il faut faire. Il y avait des abus concernant les avantages accordés aux retraités [9]. Certaines aides et exemptions ont été des erreurs. Rien de plus favorable au développement que de sortir de cette situation et de rétablir l’équilibre des finances. Plutôt que d’encourager, ce qu’il faut, c’est de changer dont on a besoin et de manière durable.

Dilma a fait appel à Joaquim Levy pour une question de survie. Elle avait perdu l’appui de la société, de celle qui détient le pouvoir. La division qui s’est produite au cours des deux dernières années a été violente. Quand les libéraux et les riches ont perdu les élections, d’une manière peu démocratique, ils ne l’ont pas accepté et ont continué à manifester de manière très agressive. Soudain, nous sommes revenus à l’époque de l’UDN [10], à l’idée d’un putsch. Ceci n’a aucune chance de se produire.

Dilma va dans la bonne direction ?

Bien sûr ! Mais rien ne sera résolu aussi longtemps que les Brésiliens ne se rendront pas compte qu’il existe un problème structurel, le syndrome hollandais [11]. Aussi longtemps que l’on mènera une politique de contrôle de l’inflation par le biais d’un taux de change et une politique de croissance de l’épargne externe et l’ancrage à une devise, le pays n’aura aucune chance de renouer avec la croissance. Des taux d’intérêt élevés ne peuvent se justifier qu’en raison du pouvoir des rentiers et du système financier. Parler de taux d’intérêt élevés pour contrôler l’inflation n’a pas de sens.

Quel pacte serait nécessaire ?

Un pacte en faveur du développement qui unisse les travailleurs, les chefs d’entreprises du secteur productif, l’administration publique et une bonne partie de la basse classe moyenne. Contre qui ? Contre les capitalistes rentiers, les financiers qui gèrent leurs affaires, les 80% d’économistes payés par le secteur financier et les étrangers.

Un pacte de cette nature ne va-t-il pas à l’encontre de droits acquis ?

En premier lieu, il contrarie les intérêts du capitalisme. Il n’y a rien que le capitalisme international ne désire davantage, s’agissant des pays en voie de développement, qu’ils présentent un déficit au niveau de leur compte-courant. Car ces déficits vont justifier l’occupation de notre marché intérieur par leurs multinationales et leurs prêts qui n’ont aucun intérêt pour nous. Le Brésil est en train de redevenir un pays exportateur de matières premières. Ce taux de change élevé a provoqué une désindustrialisation brutale.

Dans votre livre, vous traitez des attitudes ambiguës de la bourgeoisie. Vous dites que beaucoup d’industriels sont devenus aujourd’hui des quasi-ʺmaquiladoresʺ [12]. Ils sont devenus des rentiers. Comment construire ce pacte avec les entrepreneurs ?

La bourgeoisie a eu un comportement ambigu, contradictoire. A certains moments elle s’est alliée aux travailleurs et au gouvernement pour une politique de développement national comme à l’époque de Vargas et de Jucelino [13]. A d’autres, elle n’a pas eu une attitude patriote, comme entre 1960 et 1964 ; époque où elle s’est sentie menacée. Dans le contexte de la Guerre Froide et de la Révolution Cubaine, elle s’est associée au régime militaire et l’a consolidé. C’est ce à quoi l’on assiste actuellement. La bourgeoisie a resserré les rangs sous la houlette du libéralisme. Il existe ce climat de haine, cette insistance à parler de destitution [14]. Mais cet état d’esprit ne va pas perdurer. La démocratie est consolidée et tous y gagnent, les riches et les pauvres. Le Brésil ne se développe que lorsqu’il est porteur d’une stratégie nationale de développement.

Comment définissez-vous la bourgeoisie d’aujourd’hui ?

Elle est beaucoup plus désarmée que dans les années 50. Tout a été racheté par les multinationales. Le processus de désindustrialisation est profondément installé. Tous ceux qui ont vendu leurs entreprises sont devenus des rentiers, ils sont tous de l’autre côté de la barrière. Mais il existe toujours des entrepreneurs nationaux et des jeunes avec des idées. Mais avec un tel taux de change et ces taux d’intérêt, il n’existe pas possibilités d’investissement. C’est une violence pratiquée à l’encontre du pays. Au nom de la subordination du pays aux étrangers et de la préférence très forte pour le consumérisme.

Les Brésiliens se montrent incapables de formuler une vision de leur développement, une vision critique face à l’impérialisme. Incapables de faire la critique des déficits du compte courant, de la procédure d’attribution d’une bonne partie de nos excédents aux étrangers. Tout est fait pour la consommation. C’est le paradis de la ʺnon-nationʺ.

Pourquoi une telle chose s’est-elle produite ?

Nous avons commencé à abandonner l’idée de nation à l’époque du régime militaire. Car les militaires se sont identifiés au nationalisme et à l’idéologie du développement. Les intellectuels brésiliens ont adhéré à la théorie de la dépendance associée [15] et ont abandonné l’idée de bourgeoisie nationale et de nation. Car il n’y a pas de nation sans bourgeoisie nationale. La nation est une coalition entre la bourgeoisie nationale, les travailleurs et le gouvernement. Ensuite, ce fut la crise de la dette extérieure et l’échec du Cruzado [16]. Dans les années 80, le monde a été dominé par le néolibéralisme. Quand Lula a accédé au pouvoir, il a voulu s’inspirer de l’époque de Vargas. Cela n’a pas marché. Il n’a pas été possible de reconstruire la nation.

Vous écrivez que Lula a donné beaucoup d’importance au social et qu’il a été hésitant en matière de développement.

La théorie du développementalisme n’a pas fonctionné. Sa politique n’a pas été celle de la nouvelle conception du développement [théorisée par Bresser-Pereira].

La dénationalisation vous préoccupe ?

Profondément. C’est une tragédie. Je vois une quantité infinie de secteurs de l’économie dominés par des entreprises multinationales qui n’apportent aucune technologie, rien. Ces entreprises se contentent d’acheter les entreprises nationales et envoient de juteux bénéfices et des dividendes à l’étranger. Ceci affaiblit profondément la classe des entrepreneurs brésiliens et par voie de conséquence, la nation.

Vous êtes donc pessimiste vis-à-vis de la bourgeoisie

La bourgeoisie brésilienne est devenue un agneau dans les mains du bourreau. Le bourreau est le taux d’intérêt élevé et la monnaie locale survalorisée. La bourgeoisie est incapable de se rebeller. Son organisation de classe se montre très fragile. Comment peut-elle défendre des changements concernant le taux de change si la dette des entreprises est en dollars ? Les leaders sont paralysés. Ils sentent qu’ils vont à l’échafaud mais ne savent pas quoi faire et ils sont divisés.

Ne serait-ce pas dû au fait que bon nombre d’entreprises gagnent davantage avec le marché financier qu’avec la production ?

C’est aussi cela. A partir du moment où une industrie se transforme en ʺmaquiladoraʺ, le taux de change n’a plus d’importance. Car on importe tout. C’est même une bonne chose d’avoir un taux de change élevé car le produit devient alors bon marché. Le taux de change devient important quand il y a un ingrédient national, que l’on paie des salaires aux travailleurs et aux ingénieurs. Quand on ne paie rien de cela, alors c’est fini, il ne s’agit plus d’entrepreneurs industriels. Nous avons besoin d’un développement basé sur la responsabilité fiscale et monétaire, sur l’affirmation d’une marge de bénéfice satisfaisante pour les entrepreneurs mais nous n’avons pas besoin d’un taux d’intérêt satisfaisant pour les rentiers. Pour y arriver, il nous faut convaincre la société. Et il nous faut de véritables leaders politiques qui soient à la hauteur de la tâche.

Vous entrevoyez ce leadership ?

Non. Le PT a perdu cette opportunité qui a été la première que l’on ait eue depuis la mise en place du Cruzado. Il n’est pas impossible qu’elle se reproduise. La nomination de Levy représente un échec pour les developpementalistes. Ils n’ont pas réussi à faire leur travail. Mais ils n’ont pas non plus laissé le pays dans une crise grave. La crise de 98 [17] a été bien pire.

Vous avez regretté d’avoir apporté votre soutien à la Présidente au théâtre du Tuca ?

Non je ne regrette pas. Je devais faire un choix entre un candidat developpementaliste et préoccupé par les questions sociales et le candidat libéral et donc profondément opposé aux intérêts nationaux, qu’était Aécio.

Il n’y a donc pas eu d’escroquerie électorale ?

Non, ce sont des bêtises. Il existe une conception simpliste et très grossière de ce qu’est le devoloppementalisme. Les bonnes idées développementalistes incluent la responsabilité fiscale et donc Dilma avait raison de la rétablir.

Quelle évaluation faites-vous du gouvernement Dilma ?

Les gouvernements de Fernando Henrique Cardoso et Lula/Dilma ont échoué du point de vue économique. Par contre, Itamar Franco a obtenu d’excellents résultats et Fernando Henrique Cardoso en fut le héros en raison du plan Real [18]. Mais au cours des années où il a gouverné, la valeur du réal a monté soudainement et cela a été très mauvais ; il y a eu deux crises financières.

Sous le gouvernement du PT, il y a eu un boom des matières premières, le taux de croissance a doublé. Lula eut le grand mérite de réaliser avec succès la redistribution des revenus et ce fut une excellente chose. Mais Lula a laissé à Dilma une monnaie excessivement valorisée. Il n’a pas réussi à sortir de ce piège d’un change hautement valorisé et d’un taux d’intérêt élevé. Elle a tenté d’y faire face au cours des deux premières années mais elle a échoué. Il n’y a pas eu de reprise des investissements industriels parce que le taux de change n’était pas satisfaisant et qu’il faut beaucoup de temps pour y arriver.

L’économie est revenue à la situation des dernières 35 années : une semi-stagnation et une croissance extrêmement faible. Dilma a essayé de mettre en place la politique industrielle, une vieille erreur des développementalistes classiques qui suppose qu’elle soit capable de tout résoudre. Elle ne résout rien du tout, en fait. Une compensation pour un taux de change surévalué sur le long terme, rend les entreprises non compétitives et les possibilités de gain extrêmement faibles. Dilma a dépensé près de 2% du PIB en allègements fiscaux qui n’ont eu aucun effet.

Ce sont des politiques complètement inefficaces. On peut les utiliser mais de manière stratégique, à des moments spécifiques. Tous les pays le font. Dans les pays asiatiques elles ont joué un rôle important et continuent à le faire. Mais ces pays avaient une macro-économie parfaitement équilibrée et les prix macro-économiques ajustés.

Que voulez-vous dire par là ?

C’est une thèse centrale du néo-développementalisme que je développe depuis 15 ans. Pour la macro-économie du néo-développementalisme, les pays doivent disposer de cinq indicateurs financiers ajustés. La marge de bénéfice doit être satisfaisante pour les entrepreneurs qui investissent et le taux d’intérêt doit être bas, la valeur du change doit être compétitive, la valeur des salaires doit être compatible avec la marge des bénéfices des entrepreneurs et l’inflation doit rester basse.

Ce sont les conditions à remplir. Au Brésil, depuis le début du Plano Real, l’inflation est basse, la marge des bénéfices n’est pas satisfaisante pour les entrepreneurs du secteur productif, la monnaie s’est véritablement appréciée sur le long terme. Les taux d’intérêt sont restés élevés pendant toute cette période. Et l’augmentation des salaires a été plus rapide que celle de la productivité. Dans ces conditions aucune économie ne peut se développer. Cet ajustement fiscal est nécessaire car les deux dernières années ont désorganisé la fiscalité du pays. Mais un ajustement fiscal ne suffit pas pour résoudre les problèmes du pays. Il doit être fait et je suis d’accord avec la politique de Joaquim Levy [19] sur ce point.

Nous sommes à nouveau dans une situation de semi-stagnation qui va durer, une situation dans laquelle nous vivons depuis de très nombreuses années. Le Brésil continue à être prisonnier du piège macroéconomique d’une monnaie survalorisée et d’un taux d’intérêt en hausse. Ceci rend impossible tout investissement de la part des entreprises industrielles et conduit à la désindustrialisation, à une faible croissance ou quasi-stagnation. La croissance annuelle de l’économie brésilienne, de 1980 à nos jours, est de moins de 1%, elle est de 0,9% alors qu’elle était de 4,1% au cours des trente années qui ont précédé. Le Brésil est le pays qui ne fait pas le rattrapage économique, nous ne parvenons pas à réduire la distance qui nous sépare des pays riches.

Nous, les Brésiliens, sur le plan économique, nous avons échoué lamentablement au cours des trente dernières années car les taux d’intérêt sont scandaleux. Et plus encore à cause d’un taux de change qui s’est renchéri sur le long terme depuis 1990/1991. Le Brésil ne s’est développé d’une manière extraordinaire que lorsqu’il a su neutraliser le syndrome hollandais entre 1930 et 1980, période de la révolution industrielle brésilienne où nous avons connu une croissance sans égale dans le monde.

Le syndrome hollandais conduit à une valorisation permanente et variable du taux de change. Il résulte du fait que le pays possède des ressources naturelles abondantes et bon marché pouvant être exportées et générant des profits satisfaisants pour les entreprises Il résulte aussi d’un taux de change bien plus élevé que celui qui est nécessaire pour que les entreprises industrielles et de services technologiques commercialisables à l’international, soient compétitives.

Aux prix actuels, les entreprises de matières premières ont besoin d’un taux de change à 2,50 R$ pour 1 dollar alors que les entreprises industrielles, pour être compétitives, ont besoin, en moyenne, d’un taux de 3,10 R$. Cette différence, c’est le syndrome hollandais. La manière de le neutraliser passe par le biais d’un impôt. Nous disposions autrefois de cet impôt sous forme du contrôle des changes. Il a disparu avec l’ouverture commerciale de 1990/91.

Je me reconnais une certaine culpabilité car, en tant que Ministre des Finances, c’est moi qui ai été formellement à l’origine du processus d’ouverture commerciale.

Et maintenant avec un dollar plus cher, qu’est-ce qui change ?

Maintenant cette différence diminue et le risque du syndrome hollandais est beaucoup plus faible. Mais c’est provisoire. C’est la conséquence de la chute du prix des matières premières, de la politique nord-américaine et d’une certaine perte de confiance en l’économie brésilienne. Une fois la crise passée, le dollar va se revaloriser en termes réels et va se situer à nouveau au tour de 2,50 R$ et non pas de 3,10 R$. Le désavantage compétitif va continuer, le Brésil va se maintenir en semi-stagnation et la désindustrialisation va continuer à se produire.

Vous êtes pessimiste.
C’est vrai. Je ne vois aucun signe indiquant que l’on va s’attaquer à ce problème. Ni de la part du gouvernement, ni de l’opposition, ni de l’université.

Notes de la traduction :

[1] Carta Maior : Site d’information positionné à gauche, d’accès gratuit.
[2] Soit 51,65 % des électeurs
[3] Folha de São Paulo : l’un des plus importants journaux de diffusion nationale, situé à droite sur l’échiquier politique local
[4] Bresser-Pereira : docteur en économie, Ministre des finances (1987) et de la réforme de l’Etat (1995-1999).
[5] Getulio Vargas : Président de 1930 à 1945 (dictature) et de 1951à 1954 (démocratiquement élu.)
[6] Roberto Campos : a appuyé le coup d’état et a eu un rôle de premier plan dans le gouvernement de la dictature militaire.
[7] En 2014, le gouvernement qui est actionnaire majoritaire de la Petrobras, s’est refusé à augmenter les prix des combustibles, ce qui a généré des pertes importantes pour cette entreprise. Il a également baissé le prix de l’énergie électrique à un moment où la sécheresse persistante a réduit la production alors que la demande continuait à augmenter.
[8] Mensalão. Terme utilisé par les grands médias – conservateurs et très hostiles à Lula et au PT – pour typifier un mode de corruption politique où le PT aurait utilisé de l’argent de provenance douteuse pour s’assurer l’appui politique de quelques partis monnayant leur décisions. Les responsables de ce scandale ont été condamnés (10 octobre 2012) par le STF (Supremo Tribunal Federal), la plus haute instance de justice. Ce que demande la presse indépendante, une partie du monde juridique et le PT, c’est que les scandales de même nature commis par les partis d’opposition soient traités avec la même célérité et la même rigueur
[9] Bresser-Pereira fait référence à la mesure prise par la Présidente qui réduit le reversement au conjoint de la pension que recevait une personne avant sa mort, de 100% à 50%.
[10] UDN : parti politique conservateur fondé en 1945 représentant les intérêts des classes moyennes, favorable à l’entrée du capital étranger. Il fut interdit à l’arrivée des militaires au pouvoir (1965) mais bon nombre de ses cadres migrèrent vers le parti ayant appuyé le coup d’Etat.
[11] En économie, le syndrome hollandais (Dutch disease, en anglais) renvoie à la relation entre l’exportation de matières premières et le déclin du secteur manufacturier. L’abondance de ressources naturelles génère des avantages comparatifs pour le pays qui les possède et dans la mesure où il se spécialise dans la production de ces biens et laisse de côté l’industrialisation, il met en risque son propre développement économique.
[12] Maquiladoras  : mot espagnol utilisé pour désigner les entreprises qui se contentent d’assembler des produits importés.
[13] Jucelino Kubichek : Président de 1956 à1961.
[14] Destitution de la Présidente, Mme Dilma Rousseff.
[15] La théorie de la dépendance associée est une théorie qui soutient que la pauvreté, l’instabilité politique et le sous-développement des pays de l’hémisphère Sud sont la conséquence de processus historiques mis en place par les pays de l’hémisphère Nord ayant comme résultat la dépendance économique des pays du Sud. (Wikipedia)
[16] Cruzado : unité monétaire en circulation de 1986 à 1989.
[17] La crise de 98 : chute de la valeur du réal quand le pays est passé d’un taux de change préfixé à un taux fluctuant et qu’il a ouvert de manière brutale ses portes aux produits étrangers. Ceci a provoqué une forte augmentation de la dette et un affaiblissement de l’industrie.
[18] Itamar Franco a gouverné de 1993 à 1995, son ministre des finances était Fernando Henrique Cardoso, futur président.
[19] Joaquim Levy : actuel Ministre des finances.

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