Brésil en Mouvements 2019 : une édition qui célebre les résistances

, par Autres Brésils
Inauguration de Brésil en Mouvements // @ Adail Viveiros

Depuis 15 ans , l’association fait venir des acteur.ice.s des mouvements sociaux, réalisateur.ice.s en France pour qu’ils puissent rencontrer le public du festival, avant ou après la projection de films documentaires portant sur des questions relatives aux droits humains, sociaux ou environnementaux.

Cette année, BEM a mis à l’honneur deux invitées : Marinete da Silva et Celia Xakriabá, deux femmes dont la lutte s’est imposée. Marinete, avocate de profession, est la mère de Marielle Franco, la conseillère municipale assassinée le 14 mars 2018. Celia est enseignante et leader au sein de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil (APIB). De façon à ce qu’elles participent à la quinzième édition du festival Brésil en Mouvements 2019, Autres Brésils a organisé leur venue en France, en partenariat avec Amnesty International et le CRID. Elles ont pu donner plus d’ampleur à leur lutte en poursuivant leur travail de plaidoyer en France.

Selon Basta !, ce sont bien les résistances des femmes face au gouvernement de Jair Bolsonaro auxquelles le festival « Brésil en Mouvements » a fait honneur pour cette quinzième édition. Dans ce contexte, le festival a sélectionné des films dont les protagonistes sont des « femmes éprises d’égalité et de liberté [...] en première ligne des combats et mouvements sociaux, neuf mois après l’arrivée d’un président d’extrême droite au Brésil ».

Les résistances au féminin n’ont pas été les seules à occuper l’écran. Bom Dia Brésil rappelle que la projection de ces films à Paris vise à diffuser une autre vision du Brésil, imprégnée de l’engagement d’acteur.ice.s politiques, sociaux et culturels souvent oubliés des écrans de cinéma. Bia Rodovalho, co-organisatrice et membre de la commission de programmation du festival, y explique que la sélection officielle s’élabore au fil de l’actualité. Cette année, le mot d’ordre était : « occuper et résister ».

« Porter la voix de la résistance brésilienne face à l’ethnocide et écocide légiféré par le gouvernement de Jair Bolsonaro » est l’un des objectifs principaux du festival, d’après Espaces Latinos. Erika Campelo, la co-présidente d’Autres Brésils, était invitée par RFI Brésil pour parler du festival et de son importance dans un contexte de multiplication des violences, mais aussi des mouvements de résistance : « Nous travaillons avec une programmation très riche, qui reflète ce qui se passe au Brésil aujourd’hui. C’est vraiment important de montrer la diversité du Brésil, la richesse du cinéma documentaire et son engagement ».

Antônio Francisco da Silva (à gauche) et Marinete da Silva (à droite), parents de Marielle Franco // @ Adail Viveiros

Marinete da Silva : « C’était un crime planifié, un crime politique et un crime qui menace l’ensemble de la démocratie brésilienne »

Le 12 mars 2019, les auteurs présumés du meurtre de Marielle Franco et d’Anderson Gomes, son chauffeur, ont été arrêtés. Mais les commanditaires de l’assassinat n’ont toujours pas été retrouvés. L’enquête piétine, et des irrégularités sont dénoncées. C’est pourquoi Raquel Rodge, Procureure de la République, a demandé la fédéralisation de l’enquête, auparavant conduite par le pouvoir judiciaire local. Processus auquel s’oppose la famille de Marielle. Marinete da Silva expose leur motivation sur RFI Brésil, où elle explique aussi que la mobilisation internationale est très importante pour l’enquête.

Une question, centrale, reste sans réponse : qui a tué Marielle et pourquoi ? C’est ce que se demande sans cesse Marinete da Silva, dans la Chronique des droits de l’homme de RFI  : « Qu’est ce qui a motivé une personne à commettre un acte aussi violent contre une militante afro-brésilienne qui était entrée dans l’espace du pouvoir politique avec derrière elle un électorat qui lui faisait totalement confiance car elle donnait une voix aux minorités ? ». Femme, noire, lesbienne, issue des favelas : elle représentait plusieurs parties de la population, qui, d’après le média, sont les premier.e.s visé.e.s par les soutiens du président Jair Bolsonaro.

Elle faisait plus que représenter des communautés marginalisées. Elle était particulièrement active lorsqu’il s’agissait de dénoncer la politique de sécurité publique à Rio de Janeiro, travail que sa mère poursuit. D’après le journal La Croix : « Marielle est devenue un symbole, et Marinete une vestale : elle surveille le feu allumé par sa fille, le protège, l’entretient ».

Marinete da Silva // @ Anne Paq

Alors que le gouverneur de l’État de Rio de Janeiro a durci sa stratégie de répression, les avertissements de la femme politique prennent d’autant plus de sens. C’est notamment de l’actualité et l’importance des combats de sa fille que Marinete revient dans l’Humanité, à un moment où la flexibilisation du port d’arme et du recours à l’argument de légitime défense pour les agents de police ont été légiférés.

Celia Xakriaba : "Les capitalistes sont des rongeurs et des mangeurs de terre

Celia Xakriabá est une des représentantes du peuple Xakriabá, localisé dans la région de Minas Gerais. Enseignante de profession et leader au sein de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil (APIB), elle milite pour garantir la délimitation, le maintien et la préservation des territoires autochtones.

Celia Xakriabá // @ Anne Paq

Les droits autochtones, qu’ils soient liés aux secteurs de l’éducation, de la santé ou de la culture, passent par le facteur territoire. C’est également un enjeu d’importance mondiale, explique t-elle dans RFI Brésil. La question climatique et environnementale est intrinsèquement liée à la présence de ces peuples, dans la mesure où les peuples autochtones sont les « thermomètres du monde […] Au moment où les peuples autochtones vont arrêter de respirer, c’est l’humanité qui arrêtera de respirer ».

Selon la militante, ces droits ne pourront être garantis qu’à partir du moment où un changement du modèle de développement économique et social capitaliste, principal captateur de ressources naturelles, sera initié, nous dit-elle sur Mediapart.

Pour en savoir plus sur l’actualité de Marielle Franco, ou sur les problématiques auxquelles se confrontent les peuples autochtones au Brésil, n’hésitez pas à consulter ces dossiers thématiques :
Retour sur l’assassinat de Marielle Franco et l’actualité de ses combats
Brésil : Les peuples autochtones en résistance

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