Au Brésil, la crise galvanise les droites

, par Anne Vigna

« Qu’ils s’en aillent tous ! » Quinze ans après celui des Argentins confrontés au chaos économique, le cri parcourt un Brésil balayé par les scandales de corruption. Alors qu’aucune formation traditionnelle n’échappe au discrédit, une droite radicale parfois liée aux militaires émerge, qui promet de nettoyer les écuries d’Augias.

Il flottait comme un parfum de victoire lors de l’ouverture du Forum de la liberté à Porto Alegre, en avril dernier. Connue à l’étranger comme la première municipalité conquise par le Parti des travailleurs (PT, gauche), en 1988, et comme le berceau du Forum social mondial, la ville accueille également ce rendez-vous de la droite ultralibérale brésilienne depuis trente ans. Longtemps réservée aux initiés, la rencontre prend depuis quelques années des allures de grand-messe.

En 2017, l’auditorium de 2 600 places ne désemplit pas et les intervenants affichent un large sourire. « Les idées libérales n’ont jamais été si présentes dans le débat public », se réjouit M. Helio Beltrão, président de l’Institut Mises, un think tank officiellement « apolitique » mais qui s’inscrit dans la lignée de l’économiste Ludwig von Mises (1881-1973), figure majeure de l’école autrichienne, résolument libérale. « Nous avons fait descendre des milliers de jeunes dans les rues contre le Parti des travailleurs et expulsé la gauche du pouvoir. Pour la première fois, je pense que nous pouvons l’emporter lors de la présidentielle de 2018. »

Tee-shirts anticommunistes pour jeunesse dorée

La fanfaronnade n’en est peut-être pas une. Après treize années d’hégémonie du PT, une droite dure gouverne le pays sans même être passée par les urnes. Parvenu à la présidence à la suite de la destitution de Mme Dilma Rousseff en août 2016, son ancien vice-président Michel Temer applique méthodiquement la feuille de route libérale du forum : amendement à la Constitution qui limite l’augmentation des dépenses au taux d’inflation de l’année précédente, grande vague de privatisations, flexibilisation du code du travail, projet de réforme des retraites (conduisant à priver de pension une large part de la population) ou encore restriction de la définition du « travail esclave », toujours commun dans le pays.

Cette année, le nouveau maire de São Paulo, M. João Doria, du Parti de la social-démocratie brésilienne (...)

Voir en ligne : Le Monde Diplomatique

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