Au Brésil, l’activisme en ligne des Noir·es sauve des vies Portrait

L’inquiétude est grande, avec l’avancée du nouveau coronavirus au Brésil, pour la santé et le pouvoir d’achat des personnes vivant dans les zones pauvres et très densément peuplées comme les favelas. Pour apporter support et aide à ces communautés, qui jusqu’ici n’ont bénéficié d’aucun plan public national spécifique de lutte contre la covid-19, beaucoup de volontaires, appartenant ou pas à ces communautés, se sont mobilisés comme ils ont pu pour y acheminer tant des informations que des distributions de tout ce qui peut déjà manquer. Les influenceurs numériques Noirs font partie de ces volontaires.

Traduction de Sylvie Michaud pour Autres Brésils
Relecture : Maria Betânia F. Champagne

« Dans la presque totalité de ces zones et pour plus de sa moitié, la population brésilienne est Noire. Ainsi, l’activisme numérique Noir ne s’oriente pas uniquement vers le divertissement et le monde du travail mais il est également essentiel pour garantir débats, rémunérations et aides à qui en a besoin, principalement en ce moment », affirme Egnalda Côrtes, 46 ans, fondatrice de Côrtes Assessoria e Agenciamento - Côrtes Conseils et Gestion, mentore de ces influenceurs Noirs.
Mentore d’influenceurs numériques

Egnalda, selon le consultant Youpix et l’ONG Think Olga, qui lutte par la communication pour le protagonisme féminin, est l’une des femmes les plus influentes sur Internet. Ça n’est pas par hasard qu’en 2018 elle a été conviée à être la commissaire du plus grand évènement publicitaire de l’Amérique Latine, la Semaine des réseaux sociaux, qui se produit une fois par an.

La reconnaissance dont elle jouit lui vient de son engagement à donner de la visibilité à la carrière de jeunes influenceurs Noirs, qui ont peu à peu conquis représentativité et espace dans les milieux numériques, en plus d’avoir retenu l’attention de centres de formation numérique, de marques et de sponsors.

« J’ai décidé que j’amènerai les Noirs dans YouTube. Ça n’est pas une tendance, cela concerne ma vie, mon existence et celle de mes semblables. Ces jeunes avec qui je collabore rendent honneur à nos ancêtres et peuvent modifier la réalité de notre société », affirme-t-elle.

Son fils l’a aidé à comprendre la tendance

L’interaction d’Egnalda avec l’univers en ligne a commencé de façon inattendue en 2016, alors que son fils Paulo Henrique - PH, qui avait 14 ans à l’époque, a eu un accident de vélo et qu’il a eu besoin de séances de kinésithérapie. Pour aider PH dans sa rééducation, Egnalda a quitté son emploi en entreprise. En passant plus de temps à la maison, elle s’est rendu compte de l’intérêt croissant que PH portait à YouTube.

Ce qui n’était qu’une distraction a vite évolué vers l’ouverture d’une chaine, la PhCôrtes, qui aujourd’hui compte presque 30 000 inscrits et explore des thématiques diverses comme les super-héros Noirs, les biographies de Zumbi dos Palmares et de Machado de Assis, mais aussi le racisme à la télévision.

« Pour une raison plus personnelle que professionnelle, bien qu’ayant travaillé plus de 20 ans dans la gestion de personnel et en résolution créative de problèmes, j’ai entrevu la possibilité de conseiller PH, même si je n’avais pas beaucoup de connaissances dans ce domaine dans un premier temps », commente Egnalda, qui a également décidé d’étudier le marketing numérique et de commencer à enregistrer des vidéos et faire des émissions en direct sur de différentes plateformes pour s’imprégner de cet univers.

Le marché financier avait les yeux fermés

Afin de développer le talent de son fils, elle l’a encouragé à suivre des formations en agences d’influenceurs. Elle s’est aperçue alors qu’il n’y avait aucun jeune Noir dans ces espaces, ni personne qui n’investisse en leur potentiel ni ne comprenne l’importance pour la publicité de promouvoir une démarche inclusive dans les différents secteurs de la société.

Indignée et disposée à contribuer à un changement de scénario, Egnalda décida que non seulement elle allait conseiller son propre fils mais qu’elle le ferait aussi pour beaucoup d’autres jeunes Noirs qui nourriraient le désir de devenir des influenceurs virtuels.

Comment se passe le travail avec des YouTubeurs Noirs

« Le conseil est né de la conviction que cette génération ne peut s’arrêter car elle reflète la réalité sociale et, comme tout corps politique, questionne le marché, montrant qu’il y a de l’espace pour accueillir plus de personnes  », raconte la femme d’affaires. Elle s’est fixée pour objectif d’orienter ces jeunes à créer des dialogues, des réflexions et des actions effectives dans la société à travers la communication, appuyés par l’activisme racial.

« Mon travail s’apparente à de l’éducation, et je leur transmets comme un livre d’histoire accompagné de quelques informations professionnelles, pour qu’ils continuent à avoir le verbe haut et que le potentiel de leur talent s’exprime. C’est uniquement de cette manière que le marché comprendra l’importance et la valeur qu’ils ont. »

Les clients n’ont pas tardé à apparaitre dès lors que ses services auprès du public Noir ont été divulgués par ses soutiens et sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, la gestion des parcours n’est qu’une partie de ses activités – elle conseille également des marques soucieuses de diversité, réalise des campagnes publicitaires en cocréation, fait du conseil de contenus, de l’évènementiel et travaille sur la viabilité de projets sociaux.

Avec autant d’évolutions positives, Egnalda a également été engagée par le cabinet de conseils nord-américain Creator Up au Brésil en tant que l’une des 15 mentores permettant l’accélération du développement des chaines de Google.

C’est l’heure d’agir contre le coronavirus.

Après quatre ans sur le marché, Côrtes Conseil a conquis des dizaines de clients en quête de conseil. Actuellement, elle travaille avec neuf créateurs de contenus qui présentent et débattent sur internet de thèmes variés.

Avec la covid-19, l’intention maintenant est de se saisir du sujet pour renforcer l’information relayée par les professionnels aux jeunes, principalement ceux qui habitent dans les quartiers périphériques et les favelas, mais en le faisant de façon informelle, communautaire et proche de leur réalité.

Egnalda cite un de ses influenceurs, Valter Rege, qui explique, par exemple, comment la routine de la favela dans laquelle il habite a été modifiée à cause du virus et comment les gens peuvent agir pour combattre ce virus.

A partir de divertissement et de jeux, PH a aussi donné des astuces aux jeunes de son âge habitant dans les quartiers périphériques pour se distraire à la maison, sans sortir écouter les rythmes du pancadao. « On s’est aussi mobilisé pour communiquer et aider, d’une manière ou d’une autre, à travers les réseaux, les ONGs qui s’occupent d’aide financière, de nourriture et d’hygiène pour les communautés les plus nécessiteuses et en périphérie, qui sont celles qui vont le plus souffrir des effets du virus  », rajoute Egnalda.

Pour sa part, la femme d’affaires a produit et mis en ligne sur les réseaux sociaux des contenus professionnalisants destinés aux femmes, leur montrant comment se réinventer en période d’instabilité, et y a fait connaitre des groupes de psychologues noirs qui proposent des consultations gratuites.

Voir en ligne : “Ativismo digital negro está agindo contra covid”, diz mentora de youtubers

Photo de couverture : PH avec sa mère, Egnalda : il a aidé la femme d’affaires à identifier la tendance (Photo : Valter Rege/Divulgation)

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