Sécheresses et déserts au Brésil : vieux dilemmes et nouveaux défis

 | Par André Campos

Les migrations liées à la sécheresse sont des réalités historiques des régions semi-arides brésiliennes. Et la désertification des terres peut, à court terme, devenir un facteur déclenchant de plus dans l’expulsion de l’homme de la région.

Dans les régions semi-arides du Nordeste, de l’Etat du Minas Gerais et de l’Etat d’Espírito Santo, vivent approximativement 30 millions de personnes, soit presque 15% de la population du pays. Ce sont des chiffres qui font de l’ensemble des ces superficies la région sèche la plus peuplée du monde. La population brésilienne touchée par l’aridité du sertão [1], cependant, dépasse de beaucoup les limites géographiques de la zone.

Du Sud-est à l’Amazonie, il est possible de rencontrer encore d’autres millions de Brésiliens qui, d’une manière ou d’une autre, ont leur histoire de vie marquée par les étiages du sertão. Rien que dans le Grand São Paulo, selon le Ministère de l’Intégration Nationale, un tiers de la population est composée par des Nordestins ou des descendants de retirantes [migrants] du Nordeste. La sécheresse étant, sans aucun doute, l’un des principaux facteurs dans l’équation complexe de cette diaspora.

Le régime hydrique des régions semi-arides est dangereux pour les humains. L’irrégularité des pluies est un obstacle constant au développement des activités agropastorales, et le manque de systèmes efficaces pour le stockage de l’eau - qui sont presque toujours concentrés dans les mains de quelques-uns - intensifie encore plus les répercussions sociales de cette réalité. Cause aggravante, les cycles des étiages touchent habituellement la région à intervalles qui vont de quelques années à plusieurs décennies. Ils contribuent à détruire définitivement les déjà fragiles conditions de vie des petits producteurs et autres groupes plus pauvres, devenant, très souvent, le facteur déclenchant pour quitter la région.

Le dernier grand étiage de ce type est survenu entre 1998 et 1999. A cette occasion, la Fondation Joaquim Nabuco (Fundaj) a réalisé une enquête impliquant 15 communes des 5 Etats touchés. Les résultats démontrent une chute de 72% de la production d’haricots, de maïs, de riz, de coton et de manioc, entre l’avant-sécheresse et pendant la sécheresse. Et, pour la plupart, il s’agissait d’une production pour la consommation propre. Une situation que Renato Duarte, auteur de l’enquête, définit comme une « forme particulière de chômage massif ».

Si les causes et les conséquences de la sécheresse dans les zones semi-arides sont suffisamment claires, on ne peut pas dire la même chose au sujet des meilleures manières de faire face à cette réalité. Depuis le XIXè siècle - quand l’Empereur Dom Pedro II en arriva à importer des chameaux d’Afrique pour le transport de l’eau aux régions les plus touchées -, des propositions de toutes sortes sont annoncées, débattues, abandonnées, reprises et, pour finir, à nouveau oubliées. Le chapitre le plus récent de ce roman est le transfert des eaux du fleuve São Francisco, le chantier d’infrastructure le plus ambitieux mis en route lors du premier mandat du gouvernement Lula. Son objectif est de transférer les eaux du fleuve, par un système de canaux, vers des rivières intermittentes du Nordeste semi-aride.

En attendant, nombreux sont les organismes et les spécialistes qui s’élèvent contre le projet. Parmi les principaux arguments, ils affirment que le régime hydrique du São Francisco, qui est déjà fortement touché par la pollution et par l’ensablement, serait perturbé par la réduction de l’eau. En outre, nombreux sont les défenseurs d’alternatives moins coûteuses et plus efficaces pour faire face à la sécheresse, comme l’investissement dans des citernes, par exemple. Ils soulignent également le fait que le transfert va principalement profiter aux grands projets économiques, au détriment de la population nécessiteuse.

Déserts fabriqués par l’homme

Tandis qu’on discute des réponses à apporter à la sécheresse, un autre problème, la désertification des terres, gagne du terrain dans les régions semi-arides brésiliennes et peut devenir, à court terme, un obstacle encore plus sérieux à la fixation de l’homme dans la région. Selon des données du Ministère de l’Environnement (MMA), 18% des sols sont déjà touchés par le problème de façon grave ou très grave. En outre, les zones concernées ne recouvrent pas moins de 1201 des 5 500 municipalités brésiliennes. Dans des situations extrêmes, la désertification peut entraîner la perte totale de la fertilité des terres. A ce stade, même avec des pluies abondantes, plus rien ne pousse en ces lieux.

« La gestion inapproprié des sols, par des pratiques agropastorales et d’extraction de minerais inadéquates, est l’un des principaux facteurs de la progression de déserts au Brésil », affirme Gertjan Beekman, coordonnateur du Programme de Lutte contre la Désertification et l’Atténuation des Effets dus à la Sécheresse en Amérique du Sud, initiative conduite par l’Institut Interaméricain de Coopération pour l’Agriculture (IICA). « Il est, par conséquent, nécessaire de rechercher des alternatives pour une exploitation durable des terres, au moyen de l’agro-écologie. »

Beekman explique que le réchauffement global, du à l’émission de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, peut aggraver ce tableau. « Avec l’augmentation de la température augmente le risque associé aux facteurs qui intensifient l’aridité dans les régions, tels que l’évapotranspiration - perte d’eau par l’évaporation du sol et la transpiration des plantes. »

La désertification est un phénomène débattu depuis les années 30, quand une très large superficie de cinq Etats du sud-ouest nord-américain a été touchée par ce problème. Tout a commencé après la Première Guerre Mondiale : lorsque l’introduction de nouvelles techniques agricoles et une demande croissante d’aliments en Europe ont entraîné une augmentation absurde de la productivité des terres de la région. En quelques années, l’épuisement des sols est devenu une réalité aïgue, qui a atteint des proportions catastrophiques avec l’arrivée d’une période de sécheresse sévère. La terre desséchée est devenue poussière, et a été transportée par des vents forts sous forme de tempêtes de sable qui ont totalement englouti des villes et des villages. On estime qu’en dix ans, entre 300 et 400 mille personnes provenant des Etats concernés ont émigré vers l’Etat de Californie.

Par André Campos


Notes :

[1] sertão : "Bien que le mot sertão apparaisse généralement lié à la région Nordeste du Brésil, son sens originel se réfère à une zone éloignée des centres urbains, ou aux arrière-pays et campagnes. Il peut être comparé au concept australien d’outback. Le sertão du Nordeste se caractérise par la prédominance d’un climat semi-aride, avec des périodes d’occasionnelles sécheresses qui font connaître cette région comme le « polygône des sécheresses ». L’élevage est, aujourd’hui, la principale activité économique du sertão (...)" Lire la suite de l’article « sertão » sur Wikipedia.


Source : Reporter Brasil - 29/12/2006

Traduit par Monica Sessin pour Autres Brésils


Consulter notre DOSSIER consacré au détournement du fleuve São Francisco


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