Raposa/Serra do Sol : les Indiens exigent une homologation immédiate de leur terre (2)

 | Par Marinaldo Justino Trajano

En plus de l’urgente reconnaissance officielle, le vaste document final - qui a été envoyé aux autorités gouvernementales - présente d’autres revendications et affiche la disposition des Indiens à lutter pour la garantie de leurs droits établis par la législation, comme l’expulsion des envahisseurs des terres indigènes. En ce qui concerne les atteintes à l’environnement, a été cité, entre autres, le cas des producteurs de riz qui polluent les fleuves avec des agrotoxiques, responsables de maladies dans la population et de malformation des poissons. A noter aussi le déversement permanent de déchets des villages sur les terres indigènes, l’activité des garimpeiros et la superposition d’unités de conservation sur les terres indigènes.

Dans les secteurs de la santé et de l’éducation, aux investissements en infrastructures et achats d’équipement et de matériel, se sont ajoutées des revendications concernant le respect des différences culturelles, comme par exemple le soutien à la création de centres régionaux de médecine traditionnelle qui impliquent pajés (3), prieurs, sage-femmes, cultures médicinales et préparation de médicaments traditionnels.

Le dernier jour de l’assemblée, le coordinateur élu du CIR, le tuxaua Marinaldo Justino Trajano, a pris ses fonctions. Il s’engage, aux côtés du vice-coordinateur Jairo Pereira da Silva, à donner une suite aux questions débattues lors de la rencontre. Au secrétariat du Mouvement des Femmes a été élue Lavina Salomão. Le mandat de tous ces élus est de 2 ans.

Dans une interview à Agência Carta Maior, le nouveau coordinateur Marinaldo Trajano parle de la situation actuelle et des défis que le peuple indigène des communautés de Roraima, estimé à près de 40.000 personnes (selon les informations de l’Institut socio environnemental) doit affronter.

Agência Carta Maior - De quels mécanismes les communautés indigènes disposent-elles pour faire pression sur les autorités afin d’obtenir l’homologation des terres de Raposa - Serra do Sol ?

Marinaldo Trajano - Cette question a été beaucoup discutée pendant notre rencontre et nous croyons que la meilleure forme est l’occupation et la construction des communautés dans les terres non-occupées, particulièrement aux limites des terres. Ainsi nous rendons visible le fait qu’il existe des communautés à cet endroit qui y vivent et y travaillent. C’est le cas du village, aux marges du fleuve Surumu, où le 23 novembre dernier, des cultivateurs de riz, des grands fermiers et même des Indiens, ont tout détruit, les maisons, les vêtements, les cultures. Ils sont passés avec les tracteurs sur tout, il y a eu des coups de feu, ils ont blessé des gens. Mais nous ne nous sommes pas démotivés et nous sommes en train de tout reconstruire à nouveau. Nous nous organisons aussi avec la Coordination des Organisations Indigènes d’Amazonie (COIAB), pour la réalisation du Forum des Peuples indigènes, qui doit se dérouler pendant la Semaine de l’Indien, du 18 au 23 avril de cette année, à Brasilia. Nous voulons être bien organisés pour exiger nos droits.

CM - C’est la question de la continuité des terres qui rend plus difficile le processus d’homologation de Raposa Serra do Sol ?

MT - Il y a beaucoup d’informations erronées diffusées par des personnes qui ne connaissent pas la réalité. C’est la population qui est ici qui la connaît. Il y a beaucoup d’hommes politiques qui agissent pour leur propre intérêt. Ce sont des personnes qui ne pensent ni à leurs enfants, ni à leurs petits-enfants, ni à leurs arrière-petits-enfants. Des entreprises de minerais ont des intérêts dans la région. Pour nous la délimitation des terres en îlots n’a pas de sens. L’homologation de la démarcation continue des terres ne va pas empêcher le développement de l’Etat comme beaucoup le disent. Nous faisons partie de l’Etat et nous allons contribuer à son développement. Retirer les cultivateurs de riz de la surface ne va pas stopper le développement. Les surfaces interdites ont causé de nombreux problèmes car certaines communautés indigènes se retrouvent sans terre pour planter, sans eau et doivent obligatoirement migrer, parfois jusqu’à la ville.

Nous aimerions que le gouvernement cesse de croire les mensonges des politiques, du gouvernement d’Etat, de quelques Indiens qui sont payés une misère pour mentir. C’est la corruption qui empêche le développement de l’Etat. Dans l’Etat de Roraima par exemple, 300 millions R$ (4) ont été détournés des fonds publics. Nous, les Indiens, nous avons des projets de développement pour nos terres. Mais elles sont envahies par la monoculture du soja, des acacias, par la déforestation, par les garimpeiros, par les pêcheurs. Des invasions de terres indigènes qui sont protégées par les lois du pays.

CM - Vous avez dit que les Indiens sont parfois payés pour mentir, sont-ils aussi payés pour couper les arbres ?

MT - Bien sûr. Parfois, la communauté fait ce que le leader demande sans vraiment savoir ce qui se trame derrière. Ces leaders reçoivent très peu des politiques et ce sont les communautés qui souffrent.

(3) pajé : chez les Indiens, nom donné au sage-guérisseur, capable de communiquer avec les esprits.

(4) Environ 86 millions d’Euros

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