Rap et littérature marginale se font une place à l’école

En partenariat avec quelques enseignants et responsables éducatifs, des poètes et des collectifs culturels de la périphérie vont dans les écoles et proposent des enseignements et des expériences qui vont au-delà de ce qu’offrent les manuels scolaires.

Traduction pour Autres Brésils : Roger Guilloux
Relecture : Marie-Hélène Bernadet

Comprenant la nécessité d’une culture marginale et périphérique dans le système éducatif, un groupe d’enseignants des écoles publiques accueille des artistes de la zone sud de São Paulo pour des présentations individuelles et collectives, accompagnées de séances de saraus [1], de batailles de rimes [2] et d’ateliers créatifs qui encouragent les élèves à produire leurs propres textes littéraires.

Le collectif IncentivArt est l’un des groupes qui participent à cette action. Il existe depuis un peu plus de six mois, mais ses membres sont déjà impliqués dans des activités culturelles depuis au moins deux ans. Le groupe est principalement composé de jeunes noirs et de jeunes issus des périphéries de la municipalité d’Itapecerica da Serra et du district de Capão Redondo, dans la zone sud de São Paulo.

Kelly Pereira, connue sous le nom de King Abraba, 21 ans, vit à Jardim Paraíso, à Itapecerica da Serra. Elle est membre du collectif IncentivArt, poète, productrice culturelle, fondatrice du sarau Baobá et trois fois finaliste du slam BR, la plus grande compétition nationale de slam.

Avec le collectif IncentivArt, les présentations de poèmes en groupe dans les écoles sont devenues l’une des spécificités du collectif. En plus, par le biais des questions abordées et qui vont au-delà du travail écrit, elles permettent de découvrir de nouveaux artistes.

« Il est important de donner une orientation pour que les élèves qui écrivent déjà ou qui ont des projets d’écriture puissent s’identifier à notre écriture, à notre façon de parler. Cela leur permettra également de développer leurs propres expériences et de comprendre qu’ils peuvent parler et écrire sur ce qui les intéresse », explique la poétesse.

Pour les enseignants, le lien entre les élèves et les artistes est une expérience différente, comme le souligne Janaina de Oliveira Silva, 36 ans, résidente de Capão Redondo, qui enseigne la géographie à l’école municipale d’enseignement fondamentaliv Prof. José Francisco Cavalcante, rue Tajal.

Elle a organisé le premier sarau littéraire à l’école et a appris à connaître les mouvements littéraires périphériques au contact du sarau de la Cooperifav [3], de poètes tels que Sérgio Vaz et Dona Edite, références du mouvement littéraire dans la zone sud.

Présentation en groupe des élèves de l’école d’enseignement fondamental de Tajal.
Photo : Patricia Santos.

« Ce fut une expérience incroyable, car en tant qu’école, nous nous trouvons dans le territoire périphérique de Jardim São Bento, un lieu de luttes constantes et historiques en faveur du logement. Il n’y a donc rien de plus significatif que d’apporter notre culture, nos productions et nos écrits à nos élèves », commente l’enseignante.

Avec plus de 10 ans de présence dans les écoles et 19 ans de participation à la Cooperifa, Cocão Avoz est un autre personnage important de la culture périphérique qui utilise la culture hip-hop, en particulier le contact avec le rythme et la poésie, pour renforcer l’identité, la personnalité, la citoyenneté et le lien avec la communauté.

« La poésie sert de défense et l’accent est mis sur la personne qui se bat et cherche à se comprendre en tant qu’individu, à savoir qu’elle fait partie d’une société et d’un contexte social, cela permet de donner une alternative aux jeunes », explique Cocão.

Cocão Avoz, lors de la présentation du premier sarau littéraire à l’école Tajal.
Photo : Patricia Santos.

Apprendre à partir des expériences vécues

Lors de ses visites dans les écoles, le collectif IncentivArt propose des ateliers créatifs aux élèves. Ces activités visent à développer la créativité et la pensée critique en encourageant l’écriture à partir d’une phrase d’impact ou d’une ligne de pensée prédéfinie par le collectif ou par les élèves. Ces derniers sont ainsi en mesure de montrer leurs textes et leurs performances aux autres dans le cadre d’une soirée poétique. C’est l’une des activités du collectif dans les écoles, elle fait partie des interventions et des apprentissages où des thèmes tels que le racisme structurel, l’abandon paternel et le harcèlement peuvent être abordés.

« Quitter son école et y revenir pour enseigner quelque chose n’a pas de prix. Et le fait d’avoir un âge proche de celui des élèves nous permet de comprendre leurs routines, leurs frustrations et ce qu’il y a de plus formidable aujourd’hui, c’est de susciter l’apparition de nouveaux poètes et de pouvoir parler de questions telles que le racisme structurel, l’abandon paternel, la violence et le harcèlement », ajoute M. King.

En plus des présentations, les élèves ont également l’occasion de découvrir les œuvres déjà produites par les artistes, les livres et les brochures, et de comprendre que les écrivains peuvent être périphériques et traiter de sujets quotidiens.

Pedro Henrique de Carvalho Fernandes, 16 ans, habitant du Parque Independência, dans la zone sud de São Paulo, a été élève à Tajal pendant huit ans. Le jour du sarau, il est revenu pour présenter sa poésie parce qu’il a compris que, tout au long de sa scolarité, ce lieu faisait partie de sa vie et qu’il s’identifiait au quartier.

« J’écris depuis la sixième année à cause des brimades que j’ai subies, de l’isolement, du sentiment de me sentir incapable, sans défense et fragile. Au début, j’écrivais sur ce que je ressentais et sur ce qui se passait, puis j’ai commencé à écrire sur ce que je voyais et j’ai commencé à avoir une vision plus artistique de la poésie », explique Pedro à propos du processus qui l’a amené à passer du regard à la poésie.

« J’étais un élève turbulent, mais toujours très respectueux, surtout avec les professeurs. Aujourd’hui, je me sens utile dans les écoles, car je vois cela comme un échange. En tant qu’artistes, nous sommes appelés à montrer un peu de notre travail, et nous pouvons collaborer avec les professeurs dans les écoles », commente Cocão.

Ces rencontres entre artistes et élèves sont également marquées par le fait que les poètes ont écrit des livres, des fascicules et même des anthologies, ce qui donne aux élèves la preuve qu’il n’est pas nécessaire d’être célèbre et riche pour qu’un jour, ils soient capables d’écrire un livre.

« Le réseau municipal dispose d’une très riche collection de littérature périphérique et il est donc juste que des événements comme les saraus diffusent la littérature et les artistes de nos quartiers », conclut Janaina.

Voir en ligne : Artistas transformam vivência com rap e literatura para ocupar escolas públicas

Couverture : Collectif Incentiv’Arte présent au Festival littéraire international de Paraty (FLIP) pour des interventions de groupe. Photo : Dayse Serena/Desenrola e não me enrola

[1Un sarau est une soirée culturelle où les gens se rencontrent pour présenter leurs activités artistiques dans des domaines tels que la danse, la poésie, la lecture de poèmes, les contes, la musique, le théâtre et les arts plastiques.

[2La bataille de rimes est un type de rap improvisé où plusieurs chanteurs s’interpellent sur la scène, le but étant de voir qui improvise les meilleures rimes.

[3Cooperifa. Créée en 2000, la Coopérative culturelle de la périphérie a été imaginée par le poète Sérgio Vaz dans le but de rassembler des artistes de la périphérie de São Paulo et de développer des activités culturelles telles que des expositions, du théâtre et de la photographie sur des places, dans des bars, dans des entrepôts, etc.

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