Présidentielle au Brésil : une radicalisation de la droite et des classes dominantes

, par Ivan du Roy


Crédit : Caco Argemi CPERS / Sindicato Manifestação contra o candidato à presidência Jair Bolsonaro em Porto Alegre.

Après le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, le 7 octobre, la droite « classique » a été littéralement rayée de la carte dans le pays. Son candidat, Geraldo Alckmin, dont le parti (PSDB) affrontait traditionnellement la gauche au second tour de l’élection présidentielle, n’a même pas dépassé la barre des 5 %. Son électorat – les classes aisées et moyennes des grandes agglomérations du sud et sud-est du pays (notamment São Paulo et Rio de Janeiro) – ont cette fois massivement apporté leur soutien au candidat d’extrême-droite Jair Bolsonaro. Selon l’institut de sondage Datafolha, 54 % des hauts revenus ont ainsi voté pour le candidat qui n’avait pas hésité à rétorquer à une députée, lors d’un débat au Parlement, qu’elle « ne méritait pas d’être violée ». Jair Bolsonaro est ainsi arrivé largement en tête de ce premier tour de la présidentielle, créant la surprise en recueillant 46 % des suffrages – 50 millions de voix –, alors que les derniers sondages le créditaient d’un peu plus de 30 %. Il affrontera, le 28 octobre, le candidat du Parti des travailleurs Fernando Haddad (gauche), distancé à 29 %.

Paradoxe : l’électorat très diplômé a également préféré l’extrême-droite. Celui qui a déclaré que la dictature militaire « aurait dû tuer 30 000 » opposants [1] y arrive largement en tête, devançant Haddad (gauche) ainsi que le centriste Ciro Gomes, arrivé en troisième position (12,5%). Au Brésil encore plus qu’ailleurs, le diplôme est gage de statut social, de revenus corrects et de reproduction des privilèges. L’accès à l’université ne s’est que récemment ouvert aux classes moyennes inférieures et aux classes populaires grâce aux politiques sociales menées sous les mandats de l’ancien président Lula. Cette « radicalisation » indique que les classes dominantes sont prêtes à tout empêcher cette démocratisation de l’enseignement supérieur, dans un contexte de crise économique, d’inflation galopante, de paupérisation des classes moyennes, de scandales politico-financiers et de remontée de la violence. À l’opposé, les classes très pauvres continuent de voter en majorité pour la gauche. Les habitants nord-est du Brésil, l’une des régions les plus pauvres du pays, ont placé Fernando Haddad en tête, à 42 %, contre 23 % pour Bolsonaro.

30 partis politiques représentés à la chambre des députés

L’effondrement des partis traditionnels de droite se concrétise aussi à la chambre des députés : le PSDB (néolibéral) perd la moitié de ses députés, comme le PMDB (conservateurs et centristes) [2] . Le parti de Jair Bolsonaro – le PSL (Parti social-libéral) – multiplie par 50 le nombre de ses députés, passant de un à 52 élus ! Un succès en trompe-l’œil : plusieurs de ces députés siégeaient déjà lors de la précédente mandature mais se sont faits réélire sous l’étiquette PSL pour profiter de la vague brune. Malgré la perte de quatorze sièges, le Parti des travailleurs demeure la première formation avec 56 députés. La gauche radicale (PSOL) double le nombre de ses représentants nationaux, passant de 5 à 11. Le Parlement brésilien demeure, comme à l’accoutumée, extrêmement éclaté avec pas moins de 30 partis politiques représentés, dont la moitié compte moins de dix élus.

Voir en ligne : Basta !

[1Entre 1964 et 1985, la dictature militaire a, selon les estimations, assassiné environ 400 personnes et torturé plusieurs milliers d’opposants.

[2Le PSDB passe de 54 députés à 29 et le PMDB de 65 à 34.

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