Périphérie de Sao Paulo, bibliothèque et cours communautaire pour entrer à l’université. L’artiste carapicuiba est admirateur de Paulo Freire et de Sérgio Vaz

 | Par Agencia Mural

Sur une avenue du quartier Cidade Ariston de Carapicuíba, dans la région métropolitaine de São Paulo, un panneau fluorescent noir et vert attire l’attention des passants. De l’extérieur, il est possible de voir la façade d’une nouvelle école de dessin, mais ceux qui franchissent les portes découvrent qu’il y a bien plus. Admirateur de Paulo Freire et de Sérgio Vaz [1], André Gomes souhaite que davantage de jeunes aient accès à l’éducation et à la littérature. Outre l’enseignement de l’art, l’Escola Lumiart offre donc un enseignement accessible aux jeunes de la région.

Publié le 07.12.2021 | Modifié le 04.01.2022
Ce reportage a été réalisé avec le soutien de l’Instituto Unibanco

Traduction de Roger Guilloux pour Autres Brésils
Relecture : Marie Hélène Bernadet

Conçu en 2019 par l’artiste et éducateur artistique André Gomes, Del, 39 ans, l’espace a été créé pour redonner à la communauté une partie de ce que le travail en tant qu’artiste a apporté à sa vie. « La meilleure chose que l’art m’ait apportée est l’éducation. Cela m’a permis d’étudier et de connaître d’autres horizons », dit-il.

L’éducateur artistique André Gomes à l’Escola Lumiart @Reprodução/Instagram

Del est entré dans le monde de l’art il y a plus de 25 ans, lorsque son talent pour le dessin a été découvert. Dès lors, il a commencé à gagner sa vie en tant qu’artiste et à se spécialiser. Il a suivi des cours techniques, un cours dans une faculté d’arts visuels et aujourd’hui il est titulaire d’un diplôme de troisième cycle en histoire de l’art.

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En tant que témoin du pouvoir de transformation de l’éducation, Del avec l’aide de sa sœur Andreia Gomes, 42 ans, a décidé que l’Escola Lumiart offrirait un cours préparatoire à l’examen d’entrée à l’université ainsi qu’une bibliothèque communautaire.

« Celui qui sauve une vie sauve le monde entier. Si je peux aider quelqu’un à gagner sa vie, cela, en soi, valide les efforts consentis », dit Del.

Intérieur de l’Escola Lumiart, à Carapicuíba @Ana Beatriz Felicio/Agência Mural

C’est avec cette idée et en s’associant à la professeure de sociologie Márcia Carvalho, 46 ans, que le cursinho [2], destiné aux jeunes de la région, est devenu réalité.

Inspirée par le travail du sociologue Antonio Candido, l’un des plus grands intellectuels du Brésil, Márcia estime qu’en tant qu’étudiante d’une université publique, elle avait l’obligation morale de faire partager à la société les apprentissages qu’elle avait reçus.

Lire aussi, Paulo Freire comme antidote à la pandémie de Pâmella Passos dans Le Monde Diplomatique Brasil.

« Il y a quelque temps, Del et Deia [Andrea] m’ont demandé si je voulais me charger d’un atelier à l’école. Je leur ai dit que ma formation était liée à l’enseignement. Et ce que j’aimerais faire, c’est de proposer un cursinho destiné à la communauté locale », rappelle-t-elle.

Márcia Carvalho est professeure de sociologie au cursinho @Ana Beatriz Felicio/Agência Mural

Frère et sœur ont adhéré à l’idée, l’ont rendue viable et, selon les mots de Márcia,
« c’est une petite graine que l’on plante et qui devrait porter beaucoup de fruits. »

"La connaissance vous conduit à rompre avec cette idée que, parce que vous êtes de la périphérie, vous devez rester dans cette situation. Comme si améliorer ses conditions socio-économiques était un péché pour ceux qui sont nés dans la périphérie. La connaissance est la clé."

Le cours de préparation au concours d’entrée à l’université offert par Lumiart fonctionne sur une base sociale. Les étudiants qui en ont les moyens, paient un droit symbolique permettant de couvrir une partie des dépenses de l’école. Les étudiants qui ne peuvent pas contribuer sont accueillis de la même manière. Selon Del, environ 50 étudiants fréquentent l’école chaque semaine.

Kebradoteca [3]

Admirateur de Paulo Freire, le grand penseur de l’éducation brésilienne, Del a ouvert la Kebradoteca, une bibliothèque où les habitants du quartier peuvent emprunter des livres et élargir leurs horizons. Le lancement a eu lieu en septembre 2021, année du centenaire de la naissance de l’éducateur et philosophe brésilien.

"Je pense que tout le monde devrait avoir la possibilité de connaître d’autres cultures et de voir à quel point le monde est riche et grand. C’est pourquoi le livre est si important. Parfois, l’éveil vient de là. Vous dites : je veux y aller, je veux le faire", explique-t-il.

Pour l’artiste, il y a toujours un manque d’incitation à la lecture alors que les gens ont juste besoin d’un coup de pouce pour prendre goût à la lecture.

"Ce qui est difficile, c’est de s’intéresser aux livres. Avoir quelqu’un pour les encourager et leur montrer que c’est une voie géniale. Lorsqu’une personne lit un livre qui lui parle vraiment de ce qu’elle veut entendre, elle va prendre goût à la lecture pour le reste de sa vie. Il suffit de trouver le bon livre", dit-il.

La Kebradoteca a été baptisée du nom d’une autre idole de Del, le poète Sérgio Vaz, qui était présent lors de l’inauguration.

« Ce fut magique. Sérgio est un homme qui parle notre langue. Si l’un de nous prend un livre académique, fort probablement il ne comprendra rien. Voilà un gars des bidonvilles qui a lu et compris et qui nous transmet ces choses d’une manière différente, avec nos propres mots. Cela ouvre un éventail de possibilités », dit-il.

Voir en ligne : Artista de Carapicuíba abre biblioteca comunitária e cursinho pré-vestibular

[1Freire le pédagogue de l’espoir, la "méthode Freire est celle qui associe l’alphabétisation à un processus de prise de conscience des masses opprimées et fait de l’écriture une arme de libération. Vaz est un poète contemporain qui habite dans la zone Sud de Sao Paulo, chroniqueur, producteur et agitateur culturel.

[2Cours préparant les élèves au concours d’entrée dans les universités. Ces cours sont généralement proposés en extra-scolaire et sont des cours « privés » et communautaires.

[3Non traduit. Le néologisme désigne la « Bibliothèque de la quebrada » (ici orthographié avec un K). Le mot ’quebrada’ peut être utilisé pour désigner un lieu, une maison, une zone, un quartier ou un voisinage. Habituellement, ce terme est utilisé par les communautés qui habitent à la périphérie des villes où les services sont « cassés » et les gens sont « fauchés » deux autres sens du mot ’quebrado’.

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