OGM, violence : Syngenta sur la sellette

 | Par Sergio Ferrari

Un paysan sans terre a été tué par un garde de la société suisse. Il protestait contre l’usage d’OGM dans une zone protégée. Selon le gouverneur du Paraná et les mouvements sociaux, Syngenta devrait quitter le pays.

Le 21 octobre 2007, une milice privée est intervenue violemment sur un site d’expérimentations transgéniques de Syngenta-Brésil. Résultat : deux morts, un des assaillants et le dirigeant du Mouvement des travailleurs ruraux sans terres (MST) Valmir Mota de Oliveira « Keno ». Avec d’autres paysans, dont certains furent blessés lors de l’affrontement, « Keno » participait à l’occupation d’un site appartenant à la succursale brésilienne de la société suisse Syngenta, à Santa Tereza do Oeste (à 540 km de Curitiba, dans l’Etat méridional du Paraná). Après ces événements tragiques, l’entreprise agrochimique suisse – numéro trois mondial des semences commerciales – se retrouve sur le banc des accusés. Le 26 octobre dernier, les mouvements sociaux brésiliens ont demandé expressément à Syngenta de quitter le Brésil en l’accusant d’être responsable de crimes humains et écologiques.


Militante dans le coma

D’après divers organismes brésiliens de défense des droits humains, les événements se sont déroulés ainsi. Dimanche 21 octobre, un groupe de 150 paysans du MST et de Via Campesina occupent au petit matin un domaine appartenant à Syngenta pour dénoncer la culture illégale de semences transgéniques de soja et de maïs et l’impunité dont bénéficie l’entreprise. Six heures plus tard, peu après midi, une quarantaine de membres d’une milice privée arrivent en voiture sur les lieux. De sang-froid, ils assassinent de deux balles en pleine poitrine « Keno » et blessent quatre autres paysans. Egalement blessée de trois balles et battue sauvagement par les vigiles, Izabel Nascimento de Souza se trouve aujourd’hui dans le coma, entre la vie et la mort. Deux autres dirigeants du MST, qui avaient pu se cacher, ont échappé à la mort.
Ces événements relèvent de la chronique d’un assassinat annoncé. Trois jours auparavant, le 18 octobre, une délégation de la Commission des droits humains et des minorités du Congrès brésilien avait participé à une audience publique à Curitiba. Cette séance avait pour but de prendre connaissance des dénonciations relatives à l’action de milices privées dans le Paraná.

Syngenta et ses milices

Selon la Commission de la Pastorale de la Terre – liée à l’Eglise catholique du Brésil – le Paraná détient le record brésilien, pour l’année 2006, du nombre des conflits pour la terre (76). Les grands propriétaires fonciers, regroupés au sein de l’Union démocratique rurale et de la Société rurale de l’Ouest, « organisent des groupes paramilitaires camouflés en entreprises de vigiles pour effectuer des expulsions illégales, menaçant quotidiennement la vie des travailleurs ruraux et créant un climat de terreur dans l’Etat de Paraná », affirme un rapport rédigé par l’ONG Terre de droits et la Pastorale de la Terre. Ce document avait été analysé par la commission parlementaire lors de sa séance spéciale tenue à Curitiba.

Menaces en juillet

Bien que Syngenta nie que les employés de la société de vigiles présents sur son champ expérimental aient l’autorisation d’être armés, sa responsabilité a déjà été engagée lors de faits similaires. Le 20 juillet, dans la même localité, diverses familles habitant le campement du MST ont été « gravement menacées par des vigiles fortement armés, engagés par la multinationale Syngenta », indique le rapport susmentionné. Selon la plainte déposée par les familles auprès de la police, « les vigiles de l’entreprise Syngenta envahirent le terrain et y restèrent environ quarante minutes », en tirant des balles de gros calibre.

Six des exigences présentées par les plaignants aux autorités législatives durant la session du 18 octobre à Curitiba se sont avérées prémonitoires. Le texte demandait notamment qu’une enquête impartiale soit menée sur la formation et l’engagement de ces milices privées et sur l’origine des armes en leur possession...


Par Sergio Ferrari - Vendredi 02 Novembre 2007

Source : Le Courrier


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