La crise de la société civile

, par Luciano Martins Costa

Source : Observatório da imprensa - 11/03/2015

Traduction pour Autres Brésils : Piera SIMON-CHAIX
(Relecture : Zita FERNANDES)

Quelle est l’ampleur de la crise politique qui atteint le Brésil ? La presse, son noyau dur, ne peut pas répondre à cette question, parce que les médias traditionnels, en tant qu’institutions corporatistes, sont le protagoniste central du déroulement des faits ayant conduit à l’actuelle situation explosive qui divise les brésiliens. Ils sont donc intéressés par l’augmentation de la température et par le processus d’isolement du gouvernement.

Le point paroxystique auquel est parvenu ladite société civile durant les dernières semaines est le résultat de la dangereuse combinaison d’une presse qui agit politiquement comme si elle était un parti d’opposition et d’un gouvernement qui hésite à agir et ne communique pas avec efficacité. Il en résulte la perte de la connexion entre les institutions républicaines et la population, dont les réactions en arrivent à être provoquées par le discours cohérent, rempli d’adjectifs et perturbateur des médias.

Le pouvoir central insiste pour articuler une narration linéaire, rationnelle, mais il y a de moins en moins d’oreilles disposées à écouter la rationalité. La foule ne réfléchit pas en termes de pondérations - elle réagit seulement aux cris, aux mots d’ordre, aux stimulus émotionnels. Et la presse brésilienne s’est spécialisée dans ce genre de langage, avec un effort intense et quotidien pour convaincre le citoyen que le pays est pire aujourd’hui qu’il ne l’était il y a dix ou vingt ans.

Objectivement, il n’y a pas de symptômes qui prouvent cette croyance - même si les indicateurs montrent la détérioration des comptes publics, la dévaluation du real face au dollar et à l’oscillation des prix, les mesures annoncées il y a un mois sont considérées adéquates par la majorité des analystes et les fondements de l’économie ne justifient pas la perception générale d’un désastre.

En situant le Brésil dans une position de vulnérabilité parmi les principaux pays émergents, les grandes banques internationales mettent en avant, entre les grandes causes de préoccupation, l’augmentation des taxes aux États-Unis, la reprise de la croissance en Europe et au Japon et le ralentissement de l’économie chinoise. Il y a, donc, plus de logique dans les explications du gouvernement que dans le discours prédominant des médias - et les analystes sont nombreux, principalement ceux qui sont compromis auprès du secteur productif, à être préoccupés par la contamination de l’économie par la crise politique.

Le champ de l’irrationnel

La crise politique est, essentiellement, une œuvre des médias hégémoniques, dont l’objectif de vente est d’interrompre la trajectoire de l’alliance menée par le Parti des Travailleurs, qui a pris le pouvoir central en 2002.

Et pourquoi faire la distinction entre « société civile » et « population » ? Parce que toute action de communication, pour être efficace, doit définir un objet, ou un récepteur, et ne peut être dirigée vers une cible diffuse comme la société en général ou la population comme un tout.

Le processus d’influence par le biais de la communication de masse doit être dirigé vers des cibles spécifiques, qui ne peuvent être identifiées que dans le champ que l’on nomme conventionnellement « société civile ». Il en a été ainsi, par exemple, dans la Constitution de 1988, destinée à satisfaire ce qui était, à l’époque, la partie de la population représentée par des syndicats patronaux et des employés, des conseils professionnels et des secteurs protégés par des lobbyistes. Durant cette période, presque 50% de la population vivait, comme on dit, au jour le jour, et ne faisait pas partie de la dénommée « société civile organisée ».

Voilà l’origine des vices de la politique institutionnelle dans notre démocratie. Et c’est bien cela l’objet de l’action de communication des médias lorsqu’ils développent une campagne pour attirer les classes moyennes, lesquelles se sentent naturellement fragilisées par le discours apocalyptique martelé quotidiennement dans la presse écrite, dans les journaux télévisés et les programmes de radio.

Le PT est aussi le fruit de la Constitution corporatiste, et la principale cause de ses succès électoraux est l’insertion de grandes couches d’exclus dans le champ dénommé société civile. Pour inverser le résultat des urnes, la presse engagée auprès de partis cherche à rompre cette connexion.

Les bases du PT, si elles ne défilent pas bruyamment, se manifestent par le silence. Le gouvernement qu’elles ont contribué à élire tente de plaire aux secteurs conservateurs de la « société civile » représentés par les médias traditionnels, et demande la compréhension et la patience de ceux qui vont payer la facture. Parmi la foule, une conviction se consolide : celle selon laquelle la présidente de la République est responsable du manque d’eau, ou de la surcharge des bus suite à un match de football, comme on a pu l’entendre de la part de supporters ce dimanche (08/03) à São Paulo.

Le grand triomphe des médias est l’irresponsabilité, la disposition à aller jusqu’au fond de la culture de l’irrationnel.

Il n’y a pas de lumière à la fin de ce tunnel.

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