L’impact du coronavirus dans les prisons brésiliennes

Les risques de contamination incontrôlée, de rébellions et d’évasions font partie du scénario de la pandémie de nouveau coronavirus au Brésil et exercent davantage de pression sur les institutions publiques.

Au Brésil, en 2017, 62% des décès de détenus sont causés par des maladies transmissibles et 33,3 % du total des détenus du système pénitentiaire au Brésil n’ont aucun accès à des unités de santé. Les chiffres n’incluent pas les personnes en garde à vue dans les commissariats de police, ce qui indique donc que le nombre pourrait être encore plus élevé.

L’Institut pour la défense du droit (IDDD) a déposé une injonction auprès du Tribunal Suprême Fédéral demandant la libération des personnes de plus de 60 ans, séropositives, porteuses de la tuberculose, du cancer, de maladies respiratoires, de maladies cardiaques, d’immunodépresseurs, diabétiques, femmes enceintes, mères allaitantes et accusées de crimes non-violents.

Dessin repris de Ponte Jornalismo : le 19/03, la Justice des états de Sao Paulo et Rio commencent à libérer certains prisonniers.

17 mars 2020

Le chef du Primeiro Comando da Capital (PCC) [1], Marcos Camacho, dit « Marcola », quitte l’hôpital de base de Brasília après avoir subi des examens médicaux. Certaines rumeurs disent qu’il a déjà perdu plus de 20 kilos dans les prisons fédérales et que cela créerait une pression pour que les prisonniers réagissent.

Un récent rapport de Penal Reform International indique que la probabilité de contracter des maladies transmissibles est considérablement plus élevée chez les personnes privées de liberté. Le taux d’infection par la tuberculose, par exemple, est entre 10 et 100 fois plus élevé que dans le reste de la population, tout comme le VIH, qui a cinq fois plus de chance d’être contracté par la population carcérale. En outre, le risque est encore plus élevé pour les prisonniers dépendants de produits chimiques et pour ceux ayant des maladies mentales.

Le même rapport indique également qu’au moins deux pays ont confirmé des cas de Covid-19 dans leurs prisons. En Chine, plus de 500 cas ont été confirmés dans les prisons et les autorités publiques ont mis en place un hôpital spécialisé avec des équipes d’inspection pour effectuer les tests dans les prisons. En Iran, des rapports indiquent qu’au moins huit personnes auraient été contaminées, et le gouvernement a temporairement libéré 70 000 personnes purgeant des peines de moins de cinq ans pour prévenir les épidémies.

L’administration pénitentiaire italienne, pays qui connaît l’une des crises les plus graves, a imposé plusieurs mesures pour prévenir l’apparition de la maladie dans les prisons. Au départ, les mesures se limitaient à l’interruption des transferts des centres de détention provisoire vers les prisons des régions les plus touchées par l’épidémie, et à la réduction des visites et des activités dans ces unités. Dans certains cas, les prisons ont décidé d’interdire tout type de visite et d’autres ont choisi de filtrer les visiteurs. Alors que l’épidémie s’aggravait, les visites ont été suspendues dans toutes les prisons du pays et, entre les 8 et 9 mars, des émeutes et des protestations ont éclaté dans 27 unités carcérales, provoquant l’évasion de 16 prisonniers, la mort de 12 autres par overdose, suite à l’invasion des infirmeries, et une quarantaine de gardiens de prison blessés.

Aux Philippines, les visites ont été interdites pendant une semaine après confirmation que les prisonniers étaient contaminés avec le nouveau coronavirus. Aux États-Unis, 122 prisons fédérales et plus de 1700 prisons d’État ont interdit les visites et le travail bénévole, pour tenter d’empêcher la propagation du virus dans le système. Dans une interview au magazine New Yorker, l’épidémiologiste Homer Venter, ancien chef du département de la santé de la ville de Rikers à New York, a déclaré que l’idée de contenir la maladie est impraticable dans le système carcéral. D’une part en raison de la difficulté de maintenir la distanciation physique minimale requise entre les détenus. De l’autre, par l’impossibilité de garantir la quarantaine, ce qui rend la transmission dans les prisons encore plus rapide. Homer Venter avait supervisé les efforts pour contenir l’épidémie de H1N1 dans les prisons en 2009. Pour le médecin, les conditions d’hygiène détériorent encore la situation, car il n’y a pas de savon ou de gel hydroalcoolique pour les prisonniers afin de garantir les soins de base recommandés.

Interrogé sur la possibilité qu’il y ait des décès causés par le nouveau coronavirus dans les prisons étasuniennes, le médecin affirme que « nous aurons un nombre important de décès dans les établissements pénitentiaires - même si beaucoup de ces décès seraient évitables. Ma préoccupation est qu’il existe deux normes de soins - que les patients incarcérés présentant un ensemble de symptômes puissent se voir refuser l’accès aux hôpitaux, même si dans la communauté les personnes présentant les mêmes ensembles de symptômes se rendent à l’hôpital. Et cela conduira à des taux de mortalité différents et certainement évitables parmi ceux qui sont derrière les barreaux ».

Panorama au Brésil

Au Brésil, la situation n’est pas différente. Il y a au moins 8 000 personnes de plus de 60 ans en prison, selon les données de DEPEN (Département national des pénitenciers), en 2017. Ces personnes sont à risque. En outre, selon les données du ministère de la Justice, 62% des décès de détenus sont causés par des maladies transmissibles telles que la tuberculose, la syphilis et le VIH, ce qui augmente le risque d’exposition au nouveau coronavirus pour cette population.

D’autre part, plus de 234 000 personnes sont incarcérées dans des prisons sans unité de santé, soit 33,3 % du total des détenus du système pénitentiaire au Brésil. Les chiffres n’incluent pas les personnes en garde à vue dans les commissariats de police, ce qui indique donc que le nombre pourrait être encore plus élevé.

Selon une estimation de Renato Sérgio de Lima, dans le blog les visages de la violence, compte tenu du taux de létalité annoncé de 3,74%, nous aurions plus de 26 500 prisonniers qui pourraient mourir dans les prochains mois si la pandémie s’emparait de l’ensemble du système carcéral (le plus probable est que les prisons publiques, les plus surpeuplées, soient les plus touchées. Dans ce cas, rien que dans l’Etat de São Paulo, ce seraient environ 500 morts).

Quoi qu’il en soit, ce texte est écrit alors que les prisonniers d’au moins 4 unités pénitentiaires semi-ouvertes se rebellent dans l’État de São Paulo (à l’aube du lundi au mardi, on parlait même de 15 unités). Les nouvelles disent que les responsables des unités sont pris en otages. La motivation serait la suspension des permissions comme mesure pour contenir l’épidémie, qui s’ajoute aux restrictions sur les visites des personnes atteintes de la grippe la semaine dernière. Sans information ni clarification, les prisonniers voient la situation comme une punition et n’acceptent pas les mesures.

L’Institut pour la défense du droit (IDDD) a déposé une injonction auprès du Tribunal Suprême Fédéral demandant la libération des personnes de plus de 60 ans, séropositives, porteuses de la tuberculose, du cancer, de maladies respiratoires, de maladies cardiaques, d’immunodépresseurs, diabétiques, femmes enceintes, mères allaitantes et accusées de crimes non-violents. Ayant cette prérogative de responsabilité, il incombe au pouvoir judiciaire et au pouvoir législatif de trouver rapidement des solutions à ce défi qui, au-delà de la question humanitaire, est aujourd’hui une question urgente pour le maintien de l’ordre public.

Il s’agit donc plus d’un enjeu de gestion que d’application des normes. Le Plan national de santé dans le système pénitentiaire, institué par l’Ordonnance interministérielle nº 1777 du 9 septembre 2003, prévoit l’inclusion de la population pénitentiaire dans le Système Unique de Santé (SUS), en garantissant l’accès à la santé des personnes privées de liberté. La loi sur l’application des peines (LEP), à son tour, garantit aux personnes privées de liberté tous les droits prévus par la Constitution fédérale en ce qui concerne l’accès au système de santé de base et, dans l’impossibilité de l’unité pénitentiaire de garantir la prise en charge de la nécessité de santé de la personne détenue, celle-ci doit être assurée par l’équipement sanitaire de la région.

Les lois internationales sur les droits humains garantissent également à tout citoyen le droit à la santé physique et psychologique. L’ensemble de règles minima pour le traitement des détenus des Nations unies, également connu sous le nom de « Règles Nelson Mandela », adopté en 2015 par l’Assemblée générale des Nations unies, comporte une série de préceptes visant à réglementer le droit à la santé de la population carcérale.

Malgré ces dispositions légales, les mauvaises conditions des centres de détention au Brésil, le surpeuplement et l’absence d’équipement et de professionnels de la santé rendent les prisons locales insalubres et potentiellement encore plus dangereuses pour la propagation des maladies. La pandémie de coronavirus est une menace réelle et la contamination des personnes privées de liberté n’est qu’une question de temps. Savoir comment l’État brésilien va réagir à la crise reste cependant une question ouverte.

Samira Bueno
Diretora-executiva do Fórum Brasileiro de Segurança Pública

Amanda Pimentel
Pesquisadora do Fórum Brasileiro de Segurança Pública

Voir en ligne : Fonte Segura / Forum Brasileiro de Segurança Publica

[1Premier Commandement de la Capitale, principale organisation criminelle de l’Etat de São Paulo

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