Exclusif : Au Brésil, McDonald’s fait appel à des fournisseurs liés à la déforestation illégale et au travail forcé.

 | Par Reporter Brasil

Une enquête montre que non seulement le hamburger de cette chaîne de restauration rapide est le fruit des crimes contre l’environnement et le travail, mais aussi le jus d’orange, le café certifié ainsi que le soja qui nourrit les volailles de cette entreprise en Europe.

Un reportage de André Campos, Poliana Dallabrida et Isabel Harari

Chaque jour, McDonald’s sert des millions de personnes dans plus de ses 40 000 restaurants répartis sur tous les continents. Et les aliments d’origine brésilienne constituent un élément essentiel de leurs menus. Dans de nombreux cas, cependant, ils sont fournis par des entreprises connues pour leurs antécédents en matière de déforestation, de travail précaire, voire de recours à la main-d’œuvre esclave dans leurs réseaux commerciaux.

Glossaire de l’Observatoire de la Démocratie brésilienne.
Dessins de Johanna TDS

C’est la question traitée dans un nouveau rapport de Repórter Brasil, qui étudie les impacts associés à la viande de bœuf, au café, au soja et oranges utilisés par McDonald’s dans ses restaurants. L’enquête porte non seulement sur les produits vendus au Brésil, mais aussi sur les activités de la chaîne de restauration rapide dans d’autres pays des Amériques, d’Europe et d’Asie.

La version en français du rapport peut être consultée ici.

La version en anglais du rapport peut être consultée ici.

L’élevage bovin, par exemple, est l’un des principaux responsables de brûlage illicite et de déforestation au Brésil, en plus d’être en tête de la liste en ce qui concerne les travailleurs soumis à l’esclavage contemporain. Des problèmes qui touchent pleinement les établissements qui fournissent depuis peu McDonald’s.

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Il s’agit notamment des opérations d’abattage de JBS à Campo Grande (Mato Grosso do Sul), où cette entreprise possède une usine de production de hamburgers. En 2019, selon ce qu’a découvert Repórter Brasil, cette usine de transformation de viande a acheté des animaux à la Fazenda Copacabana, la même année où neuf personnes autochtones travaillant dans des conditions analogues à de l’esclavage y ont été délivrées.

Mais les problèmes qui affectent les unités de transformation des hamburgers ne se limitent pas nécessairement aux bovins abattus localement. En effet, ces industries peuvent également utiliser de la viande provenant d’autres abattoirs éloignés. JBS, par exemple, possède plus de trente abattoirs répartis dans tout le pays, y compris en Amazonie - plusieurs publications de Repórter Brasil ont déjà montré comment la déforestation illégale parvient aux abattoirs de l’entreprise par le biais de la fraude de ses fournisseurs, directs ou indirects, de bovins.

À plusieurs reprises, JBS a déclaré à Repórter Brasil ne pas tolérer le moindre manque de respect envers l’environnement, les communautés autochtones et la législation nationale. La société a également déclaré qu’au moment des achats, toutes les propriétés des fournisseurs directs mentionnées dans les enquêtes de Repórter Brasil étaient en conformité avec les protocoles d’achat responsable adoptés par celle-ci.

Sollicité, McDonald’s n’a fait aucun commentaire sur les cas spécifiques cités dans ce rapport, que ce soit sur la viande bovine ou sur les autres produits ayant fait l’objet d’enquêtes. Mais celui-ci a déclaré qu’il se concentrait sur la conservation des forêts et le soutien des personnes et des communautés qui en dépendent dans le monde entier.

Dans un communiqué, l’entreprise a déclaré que « McDonald’s attend un respect strict de son code de conduite de la part de ses fournisseurs et prend très au sérieux les allégations de violation des droits humains. Nous avons pris des mesures pour combattre le travail forcé et soutenir les chaînes d’approvisionnement sans déforestation dans l’ensemble de notre système, en nous engageant à éliminer la déforestation de notre chaîne d’approvisionnement mondiale d’ici 2030 et à faciliter un programme de responsabilisation des fournisseurs sur leurs lieux de travail qui aide nos partenaires à renforcer leurs capacités dans ces domaines par le biais de formations et d’audits ».

Selon France Info : La branche française du groupe indique par ailleurs n’avoir « pas été informée du contenu de ce rapport » et ne pas être « en mesure de le commenter sur le fond », avant de préciser que « Ie respect des droits humains et la sécurité de nos fournisseurs sont des priorités absolues de McDonald’s en France », exigeant « les meilleures garanties en matière de lutte contre la déforestion, la préservation des droits humains et la protection de l’environnement ». « Si malgré ces différents contrôles, des pratiques contrevenants à la réglementation en vigueur ou à notre cahier des charges étaient avérées, McDonald’s France prendrait immédiatement toutes les mesures nécessaires pour y remédier », conclut le géant du fast-food.

Café certifié

McDonald’s affirme que 98,1 % du café utilisé par la marque provient de sources durables, dont la plupart sont certifiées. Mais parmi les fournisseurs de la chaîne, il y a des conglomérats de café certifiés qui présentent des antécédents d’infractions en matière de travail.

C’est le cas de la multinationale italienne Segafredo, l’un des principaux torréfacteurs responsables de la fabrication des cafés vendus par McDonald’s en Europe. Segafredo appartient au groupe Massimo Zanetti, qui contrôle également au Brésil sa propre zone de production, la Fazenda Nossa Senhora da Guia, dans la municipalité de Pimenta (Minas Gerais).

Cette exploitation a bénéficié de la certification de Rainforest Alliance jusqu’à la mi-2020, mais a perdu ce label après qu’un audit a révélé que des pesticides étaient appliqués dans des zones non autorisées. Par ailleurs, en août 2019, deux amendes pour infraction au droit du travail lui ont été infligées pour avoir imposé des horaires de travail excessifs aux employés et pour ne pas avoir accordé le temps de repos minimum requis par la loi. Selon des sources locales entendues par Repórter Brasil, des employés avaient été licenciés cette année-là parce qu’ils réclamaient des augmentations de salaire et des améliorations de leurs conditions de travail - des accusations réfutées par la direction du domaine.

"Nous comprenons qu’il n’y a pas eu d’abus [de travail], ni de violation de la législation en vigueur", écrivait, à l’époque, le directeur commercial de la Fazenda Nossa Senhora da Guia, Jaubert Ulisses. Il a également expliqué que les réductions de la rémunération des employés étaient autorisées par la réforme du travail.
Massimo Zanetti, le groupe propriétaire de Segafredo, a déclaré que « ces trois dernières années, le pourcentage de café de la Fazenda Nossa Senhora da Guia (NSG) vendu à McDonald’s a été nul » et que tout le café fourni par Segafredo à McDonald’s est certifié par Rainforest Alliance.

Oranges

Dans plusieurs pays, le jus d’orange vendu par McDonald’s est fabriqué par Coca-Cola, qui a pour principal fournisseur mondial de ce produit l’entreprise brésilienne Sucocítrico Cutrale.

En août 2021, Repórter Brasil a réalisé des entretiens avec des cueilleurs d’oranges de la Cutrale dans la région d’Araraquara (SP). Selon eux, le revenu des « safristas » ( personnes chargées de la préparation du sol jusqu’à la récolte), a considérablement diminué pendant la pandémie après que cette entreprise a réduit l’allocation alimentaire des travailleurs, sans compter les heures non payées pour les déplacements vers les fermes.

Ils ont également dénoncé le manque d’équipements de protection individuelle (EPI) et de sanitaires dans les champs, ainsi que le licenciement de femmes « safristas » ayant informé de leur grossesse.

Cutrale n’a pas répondu aux demandes de clarification que Repórter Brasil leur a envoyées par courriel. Coca-Cola, quant à elle, a déclaré que les accords contractuels avec les fournisseurs incluent le respect par l’entreprise des Principes directeurs pour les fournisseurs (SGP). « Nous attendons de nos fournisseurs qu’ils développent et mettent en œuvre des processus commerciaux internes appropriés en conformité avec les SGP ».

McDonald’s fait valoir que tout le soja utilisé dans l’alimentation des volailles vendues par ses restaurants provient de chaînes de production exemptes de déforestation. La principale mesure adoptée dans ce contexte est l’achat de soja certifié par deux organisations : Roundtable on Responsible Soy (RTRS) et ProTerra. Le problème est que l’une des exploitations portant ces labels de qualité, qui a déjà été visitée par des représentants de McDonald’s et qui est probablement son fournisseur, est liée à la déforestation illégale.

Parmi les entreprises productrices de soja certifiées par RTRS et ProTerra au Brésil figure SLC Agrícola, propriétaire de 16 exploitations dans six États brésiliens. En 2018, selon ce qu’a découvert Repórter Brasil, l’une des exploitations de l’entreprise a reçu la visite de représentants de McDonald’s, en lien avec l’acquisition de soja par la chaîne de restauration rapide - une indication qu’elle pourrait être un fournisseur de McDonald’s.

Des rapports produits par l’organisation Chain Reaction Research font état d’une grande perte de couverture forestière dans des zones appartenant à SLC Agrícola au cours de la dernière décennie. L’une des zones déboisées se trouve à l’intérieur de la Fazenda Palmeira, dans la municipalité de Tasso Fragoso (Maranhão). Au cours du seul premier semestre 2020, la société a déboisé 4,6 mille hectares sur la propriété, qui a également été le théâtre d’incendies en septembre 2019.

Cette ferme a été créée en 2018, à partir d’un démembrement de la Fazenda Parnaíba - une des propriétés de SLC Agrícola déjà certifiée à la fois par RTRS et ProTerra. Le but de ce démembrement, selon Chain Reaction Research, était de maintenir la déforestation planifiée en dehors de la zone certifiée. Une pratique courante chez les éleveurs qui déforestent, qui à partir d’une propriété en créent deux afin que l’une d’entre elles ait le CNPJ lié à la déforestation et que l’autre reste « propre », sans passif environnemental. La situation de la Fazenda Parnaíba a été mentionnée comme un exemple de « greenwashing » dans un rapport publié par Greenpeace[disponible en anglais].

SLC Agrícola a déclaré que la division entre les exploitations de Palmeira et de Paraíba était une décision de gestion visant à améliorer le rendement de la production et que « l’ouverture de zones a toujours été effectuée en stricte conformité avec la législation, avec les licences appropriées et dans le respect du code forestier ».

Le RTRS a expliqué qu’étant donné que la ferme Palmeira a un registre environnemental rural (CAR) différent, « il était possible de poursuivre la certification de la ferme Parnaíba sans inclure le polygone de la ferme Palmeira ». En pratique, cela signifie qu’une entreprise peut maintenir la certification en divisant les exploitations déboisées en deux propriétés rurales distinctes.
ProTerra, pour sa part, a déclaré que le certificat des propriétés de SLC Agrícola avait récemment cessé d’être renouvelé, sans préciser explicitement la date ou la raison de ce non-renouvellement. ProTerra a toutefois fait savoir qu’elle « n’approuve pas la division d’une propriété certifiée, pour une déforestation légale ou illégale » et que ce fait « viole les règles et la certification devrait être annulée immédiatement après un tel événement ».

Voir en ligne : Exclusivo : McDonald’s tem fornecedores ligados a desmatamento ilegal e trabalho escravo

En courverture, Le rapport de Reporter Brasil

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