Covid-19 au Brésil : la santé des personnes sans abris (1)

 | Par Nataly Simões

La prédominance de maladies respiratoires, telles que la tuberculose et le manque d’accès aux services publics de base pour l’hygiène et pour la santé, font de la population vivant dans la rue, le groupe le plus vulnérable au Covid-19.
C’est l’alerte lancée par Maicon Nunes, médecin, fondateur et membre du conseil exécutif de l’Instituto Equânime Afro Brasil, qui travaille sur la santé de la communauté noire.
Photo de Tânia Rêgo/ Agência Brasil | 2013

« Cela signifie que celles et ceux qui vivent dans la rue courent un plus grand risque de tomber malade et de mourir, victimes de complications dues au nouveau coronavirus », dit-il.

Au Brésil, selon le dernier recensement datant de 2009, on comptait 32 mille personnes vivant dans la rue. En 2015, une étude menée par l’IPEA (Institut de recherche économique appliquée), modifiant la méthodologie, dénombrait plus de 100 mille personnes vivant dans la rue au Brésil. Dans la ville de São Paulo, la FIPE (Fondation Institut de recherches économiques) estime qu’elles seraient près de 16 mille. Selon le journal UOL, ce chiffre aurait largement augmenté (66%) entre 2016 et 2019 - l’article de 2019 inclus les témoignages des coordinateurs du Mouvement national des personnes de rues.

L’État de São Paulo compte le plus grand nombre de cas de Covid-19 au Brésil. Selon le Secrétariat d’État à la santé et le ministère de la Santé (Gouvernement fédéral), il y a 164 cas confirmés [Jeudi 19/03], plus de cinq mille cas suspects et un décès - celui d’une personne de 62 ans souffrant d’hypertension et de diabète. Selon le dernier recensement de la capitale, qui date de 2019, 24 344 personnes, dont 70% s’autodéclarent Noires, vivent dans la rue.

La mairie de São Paulo a déclaré l’état d’urgence dans la capitale et a conseillé aux professionnel.les travaillant dans les unités du programme Consultórios de Rua et Redenção na Rua d’offrir un masque chirurgical à la personne en situation de rue et de l’interroger sur l’endroit où elle a dormi et par où elle est passée.

Nunes considère que ces lignes directrices ne sont pas suffisantes pour garantir la protection des personnes en situation de rue au Brésil : « En général, nous nous rendons compte que cette population est démunie. Les ressources qui leur sont allouées sont minimes tout comme la préoccupation des pouvoirs publics. Cette impuissance est fondée sur un racisme structurel  », dit-il.

Par ailleurs, « le Système unique de santé (SUS) [1] est étranglé alors qu’il fournit son plein effort. Si le gouvernement n’annule pas l’amendement constitutionnel 95 [2], nous ne pourrons pas faire face. Nous savons déjà que 80 % des cas n’auront pas de symptômes. Toutefois, si nous enregistrons 45 000 cas et que nous avons besoin d’unités de soins intensifs pour 5 % de ces cas, c’est suffisant pour que le système s’effondre », dit-il.

L’une des recommandations du ministère de la Santé pour contenir la propagation du virus au Brésil est que les gens évitent tout contact inutile avec d’autres personnes. Pour le journaliste, réalisateur et activiste du mouvement Craco Resiste, Daniel Mello, la mesure ne tient pas compte de la situation des personnes vivant dans la rue, lesquelles dépendent du contact avec d’autres personnes pour survivre.

« Ces personnes vivant dans la rue n’ont accès ni à l’eau potable, ni à une hygiène de base, et leur mode de vie dépend du contact avec d’autres personnes, ce qui les expose au risque de contamination du virus. Cette population a besoin de contacts avec d’autres pour obtenir de l’argent, de la nourriture et des vêtements. Certains parmi eux sont dans la rue parce qu’ils viennent de quitter le système carcéral brésilien », dit-il.

Mello rappelle que cette relation avec le système carcéral est étroite. La précarité des prisons, la rupture des liens familiaux et les difficultés d’accès au marché du travail affaiblissent la santé des personnes sortant du système carcéral.

Alma Preta a contacté le ministère de la Santé et les gouvernements de l’État et de la municipalité de São Paulo pour savoir quelles actions seront mises en œuvre pour protéger la population en condition de rue du Covid-19. À la date de publication de ce texte, aucune réponse n’a été reçue.

Voir en ligne : Alma Preta

[1Rappelons que 80% des utilisateurs du SUS s’autodéclarent Noirs. En d’autres termes, nous parlons de situations qui touchent la population noire dans sa majorité.

[2Amendement qui limite, pour 20 ans, les dépenses publiques de santé au taux de l’inflation.

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