Copenhague vu du Brésil n°5 : Hopenhague rebaptisée Flopenhague !

, par Kakie Roubaud

Avec près de 800 personnes, artistes, députés, militants, fonctionnaires et chefs d’entreprises, le Brésil était la plus importante délégation étrangère à Copenhague. Petit tour d’horizon de leurs actions, au lendemain de la 15eme conférence de l’ONU sur le climat

Par Kakie Roubaud

Photos : Agência Brasil

Recife, 21/12/2009


Au lendemain de Copenhague, l’Association Brésilienne des Ongs (Abong) qui représente la société civile (terceiro setor) est en dépit de la ressaca généralisée (gueule de bois) étrangement muette sur son site à propos de la 15ème Conférence sur le Climat.

A peine relate-elle qu’à Recife, face au Palais du Gouverneur (état du Pernambuco) mais aussi, sur le Pont Maurice de Nassau, dans la rue Bom Jesus et la Marques de Olinda, la compagnie de théâtre Loucas de Pedras Lilas a présenté pendant le Sommet, une série de sketches originaux critiquant les programmes de développement de Brasilia et leur impact environnemental.

Comme si la société civile avait entériné que les enjeux nationaux sont plus importants que les tergiversations mondiales... Depuis février 2007, de gigantesques travaux d’infrastructures, construction de routes, de voies ferrées, de ports, d’aéroports, de ponts, canaux et détournement de fleuves ont vu le jour au Brésil.

Cette politique de grands travaux est connue sous le nom de PAC : Programme d’accélération de la croissance. Soumis à une autorisation environnementale préalable et dotés d’un volet social (habitat social, assainissement et transports publics), ces travaux ne font pas l’unanimité.

Les milieux écologistes reprochent en effet au gouvernement fédéral de tenir deux discours contradictoires, la PAC étant le versant « développementiste » de ce double discours, avec les dégâts collatéraux qu’on peut imaginer.

Par ailleurs, ce relatif silence à propos de Copenhague sur le site portail des ONGs n’est pas étonnant. Au Brésil ce sont les problèmes sociaux qui mobilisent l’opinion publique. Les Objectifs du Millénaire lancés en 2000 par l’ONU ont été entendus.

Sur l’éradication du travail esclave, l’insertion des afro - descendants, des handicapés, des vieux, des femmes, des enfants, la fin de la violence et de la pauvreté, les nombreuses associations travaillent d’arrache-pied.

Reste que la campagne mondiale Tic Tac Tic Tac coordonnée au Brésil par l’ONG Vitae Civilis a été suivie dans la bonne humeur. A São Paulo, dans le parc d’Ibirapuera, un mur de briques en carton invitait chaque paulista à inscrire son message et sa volonté d’agir pour le climat.

A Rio, sur Copacabana, les panneaux blancs et verts de Greenpeace montrant une planète en fusion étaient aussi nombreux que les châteaux de sable commémorant les JO. A Terezinha, dans l’Etat du Piaui, un téléphone public itinérant exhortait les passants à téléphoner à Lula pour l’encourager à prendre des engagements forts.

L’environnement est un thème grandissant au Brésil. Il arrive désormais en 3ème position des préoccupations derrière la criminalité et l’éducation. Forêt et biodiversité sont la cible des actions des associations pro-environnement. Plus que la consommation, l’habitat ou les éco - gestes !

Tandis que l’ISA (Institut Socioambiental), l’Imazon et l’IPAM se battent pour la forêt humide, SOS Mata Atlantica, cherche à sauver la forêt Atlantique : 85% de l’Amazonie est encore debout mais seulement 7% des forêts natives du littoral brésilien ont survécu. Avec le projet Tamar qui sauve des milliers de petites tortues sur le littoral nordestin. SOS Mata Atlantica est probablement l’ONG environnementale la plus populaire du Brésil.

A Copenhague, ce sont aussi les forêts tropicales et les mécanismes de déforestation évitée dits REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation in Developing Countries) qui ont tenu le haut du pavé. Sans doute les sujets de réunion les plus aboutis !

« REDD est bon pour le Brésil, bon pour les pays tropicaux et bon pour la planète. Mais ce n’est que 15% de la solution. Les 85 restants sont dans la manche des politiques ou alors la COP est un bluff total ! estime André Lima, un chercheur de l’IPAM dans son blog de fin de Sommet. Voilà pourquoi, dit-il, Copenhague qui avait commencé avec le nom de Hopenhague a été rebaptisée Flopenhague ».

Mais les entreprises brésiliennes (ici, on les appelle le segundo setor ) qui auront aussi causé l’étonnement à Copenhague. Selon l’Institut Ethos qui fédère les entreprises engagées dans la durabilité, cent vingt patrons brésiliens ont réaffirmé dans la capitale danoise, leur engagement à réduire leurs émissions de carbone.

Dans une « Lettre ouverte au Brésil sur les Changements climatiques » lancée en août dernier, les patrons brésiliens ont proposé de publier annuellement leurs émissions, d’utiliser cet inventaire dans les décisions stratégiques pour promouvoir la réduction des GES dans les produits et services mais aussi de s’engager auprès des associations et du gouvernement dans la construction d’une économie verte, juste et solidaire.

Le Brésil a été le premier pays à mettre en place une norme de responsabilité Sociale et Environnementale des Entreprises. Au point qu’il pilote aujourd’hui les travaux internationaux de l’ISO 26 000 sur la RSE aux côtés de la Suède.

Par ailleurs, dire que rien n’a été signé à Copenhague serait faux... Ainsi le 15 décembre, en marge du Sommet, les Brésiliennes Braskem et Cetrel annonçaient leur partenariat avec l’entreprise danoise Norvozymes, pour la production d’énergie propre ainsi que des recherches et développements sur des plastiques à base de canne à sucre ! Ce serait ça aussi, sauver le climat ?

  • Plus de renseignements en portugais sur les sites ci-dessous :

www.climaeconsumo.org.br
www.tictactictac.org.br
www.minutopeloclima.org.br
www.socioambiental.org
www.ipam.org.br
www.sosmatatlantica.org.br/

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