Une tuerie de plus - Chronique d’une tragédie annoncée

, par Renato Lucio

Une fois de plus, je collabore avec ce site Web dédié au Brésil par le biais de nouvelles annonçant encore une tragédie. Pendant que les journaux du monde entier évoquent la tuerie qui a eu lieu dans la banlieue de Rio de Janeiro, en y accordant la même attention qu’au conflit en Irak, par ici, l’état de santé du Pape a mérité davantage d’attention. En fin de comptes, les groupes d’extermination et le non-respect de la vie et des droits de l’homme ne constituent plus une nouveauté.

Dans la nuit du jeudi 31 mars, un groupe fortement armé à bord d’une voiture de type Gol argentée est passé devant un bar de Nova Iguaçu en tirant aveuglément et en y laissant 15 morts. Ils se sont rendus ensuite à Queimados, un autre quartier pauvre de la banlieue de Rio, où ils ont poursuivi la tuerie d’innocents. Le nombre total de victimes dépasse 30 personnes*, dans le plus important massacre jamais perpétré dans une ville où des cas similaires constituent déjà une routine.

Dans les journaux datant du 1er avril, journée internationale du mensonge, peu de place a été accordée aux traditionnels mauvais tours. Sans tarder et sans hésiter, le Secrétaire à la Sécurité Publique de l’Etat de Rio de Janeiro, Marcelo Itagiba, a désigné les principaux suspects en s’appuyant sur de fortes évidences. Aussi surprenant que cela puisse paraître pour les lecteurs français, les auteurs présumés de ce massacre seraient des policiers.

Il est important de rappeler qu’en 1993 il s’est produit un cas similaire à Vigário Geral, avec un total de 21 morts. 52 policiers militaires ont été accusés par le Ministère Public d’avoir participé à cette tuerie et seuls sept d’entre eux ont été condamnés.

L’histoire de la tuerie de la semaine dernière avait débuté la veille. Huit policiers du bataillon de Caxias (proche du lieu des massacres) avaient été arrêtés après avoir assassiné, avec la plus grande cruauté, deux criminels dans les proximités du bataillon. De plus, ils avaient eu l’audace de lancer au sein de la caserne la tête d’une des victimes. Les actions des policiers ayant été filmées par des caméras de police, ils ont été immédiatement arrêtés.

Cela peut paraître encore une fois incroyable, mais de nombreux indices laissent supposer que ces tueries auraient été commises par des groupes d’extermination (constitués de policiers) en représailles suite aux arrestations de leurs collègues.

Je pense qu’il serait nécessaire d’arrêter de mitrailler les lecteurs avec des informations à peine crédibles et d’essayer d’expliquer un peu les faits. Les policiers de Rio de Janeiro affrontent des organisations criminelles fortement armées sans la préparation nécessaire, avec des salaires misérables et en risquant leurs propres vies. Cette situation défavorable rend ces corporations non seulement hautement corrompues, avec de nombreux policiers qui essaient de compléter les aides familiales ou, selon leur expression, le « petit lait des enfants », mais également extrêmement violentes. Face à cette situation oppressante, ils réagissent avec une brutalité lâche qui s’abat habituellement sur des victimes innocentes, des citoyens qu’ils devraient protéger au lieu de massacrer ou de ruer de coups.

Dans cette spirale de violence, commencée il y a plusieurs décennies, il semblerait qu’il n’y ait pas de sortie, la vie compte de moins en moins. Dans un pays où les ressources de base pour l’éducation et la santé sont insuffisantes, investir dans une police bien préparée, armée et rémunérée semble impossible. Et même si les ressources étaient disponibles, ce serait impossible de nettoyer les institutions policières de leurs éléments malhonnêtes et violents du jour au lendemain. Il est impossible d’estimer la part de policiers appartenant à la « bande pourrie », mais n’importe quel citoyen carioca expérimenté pourrait affirmer qu’elle n’est pas négligeable. Et, dans un contexte de culture corrompue qui se répand de la politique à la justice, les forces de police ne sont que la partie visible de l’iceberg. Et la société, commandée par une élite patrimonialiste, ne désire pas une police honnête et incorruptible, qui retirerait ainsi les privilèges des riches.

Les policiers auteurs de cet exploit de barbarie et d’indifférence envers la vie humaine étaient masqués, ils utilisaient les masques de la mort conçus pour le film sorti en salles ici sous le titre « Panique » (Scream). Très approprié, ironique, triste.

En guise de message de fin, je demande au public français, cultivé et avide de culture, de ne pas oublier ce masque de la mort ni de la tragédie de notre peuple pendant qu’il profitera des événements proposés dans le cadre de l’année du Brésil en France.

Nous savons faire la fête même dans le malheur, notre culture populaire possède la force des opprimés, mais si la samba est la « mère » du plaisir, elle est aussi la « fille » de la douleur.

Par Renato Lucio - Correspondant d’Autres Brésils à Rio de Janeiro - 04/04/05

Traduction : Jean Jacques Roubion pour Autres Brésils

* il y a officiellemnt 29 morts

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