Un second tour de bataille

, par Emir Sader

Emir Sader est sociologue de formation marxiste, retraité de l’Université de São Paulo et directeur du Laboratoire des Politiques Publiques de l’Université de Rio. Il a été un des organisateurs du Forum Social Mondial.

Source : Carta Maior du 06/10/2014
Traduction pour Autres Brésils  : Pascale VIGIER (Relecture : Cécile DESOEUVRE)

Pour la quatrième fois consécutive le PT [1] dispute le second tour face aux tucanos [2]. Ce fut déjà le cas avec Lula en 2002 et 2006, puis avec Dilma en 2010 et à nouveau en 2014.

La différence cette fois, c’est que la réserve de votes se trouve à droite, avec Marina, et non à gauche, comme les autres fois (avec Marina elle-même, ainsi qu’avec une partie de l’électorat progressiste en 2010).

Cette fois-ci, la plus grande erreur du gouvernement – une politique de communication désastreuse – lui côute cher, en consolidant des idées fausses, non combattues : incompétence du gouvernement, corruption du PT, politique économique erronée, la Petrobras [3] étant un problème parmi d’autres. Problèmes qui ont généré des niveaux de rejet envers Dilma et le PT, qui se sont transformés en plafonnement de croissance pour Dilma et les candidats du PT.

La confrontation avec les tucanos est toujours favorable au PT, à travers la comparaison des gouvernements – celui de FHC [4] et ceux de Lula et Dilma. Il est nécessaire de démythifier certains clichés que la droite a fait circuler, tels que le pays est en récession, en démontrant au moins que le ralentissement de la croissance économique n’a pas provoqué de chômage ni une baisse des salaires qui, au contraire, ont continué à augmenter.

Rappeler ce qu’étaient les crises économiques à l’ère FHC, quand elles affectaient directement le niveau de l’emploi et des salaires. Comment les droits étaient peu respectés, les relations de travail précarisées, comment était impulsée la centralisation du marché et la diminution du rôle de l’État, dans lequel les privatisations sont devenues le pire cas de corruption de l’histoire du pays.

À cela s’ajoute maintenant la lamentable défaite du candidat d’Aécio dans le Minas, au premier tour, démentant sa propagande invoquant le travail que les tucanos avaient accompli dans cet État sous sa gouvernance et qui lui aurait donné un niveau de soutien de plus de 90%. Il a également perdu face à Dilma aux élections présidentielles dans son propre État [le Minas Gerais].

La lutte, dans les termes posés au premier tour, sera dure. Des sondages – pour autant qu’ils soient discrédités – chercheront jeudi [9 octobre] à donner la victoire à Aécio, tandis que les medias continuent à faire pression pour que Marina et le PSB le soutiennent. Or la récupération de l’initiative de notre côté doit tourner autour de ces deux thèmes de critique – salaire minimum d’Armínio [5] et échec dans le Minas – et autour de l’intensification du travail militant et de la concentration des mouvements populaires, en résistant au retour du néolibéralisme. Le jeu est déclaré, il est ouvert et peut être gagné.

La conquête et/ou la neutralisation des votes de Marina est devenue cruciale, parce que Dilma a besoin d’environ 9 points de plus pour l’emporter et Aécio, 17. Outre le fait que Dilma peut gagner des votes de candidats considérés comme mineurs. C’est dans cette frange d’affrontement que se disputera le second tour.

Notes de la traduction :
[1] Parti des Travailleurs fondé sous la dictature en 1980, dont Lula fut un des principaux initiateurs.
[2] Le toucan est le symbole du Parti de la Social-démocratie brésilienne (PSDB) fondé en 1988 par l’ex-président Fernando Henrique.
[3] Grande entreprise publique, la Petrobras est sous le coup d’un scandale dénoncé par un de ses anciens directeurs des fournitures : les fournisseurs contractants devaient verser des commissions destinées à acheter des votes.
[4] Fernando Henrique Cardoso, président de 1995 à 2003.
[5] Armínio Fraga est un économiste pressenti par Aécio pour occuper la fonction équivalente à notre ministre des Finances. Il est favorable à une politique d’austérité pour réduire le déficit public.

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