Que voit donc le Brésil en regardant le Nordeste ?

Grande gagnante du dernier BBB (Big Brother Brasil), Juliette a construit un succès retentissant autour de l’image de la région où elle est née. Comment se sont créés les mythes du nordestin “flagelado” (frappé par le fléau de la sécheresse et perçu de la même façon que nous percevons aujourd’hui le “migrant” arrivant en Europe), de la “culture brésilienne pure”, du “retirante” (ce même nordestin qui fuit la sécheresse vers les grandes villes afin d’améliorer sa situation économique), autant de mythes que nous entretenons encore aujourd’hui.

Traduction de Jean SAINT-DIZIER pour Autres Brésils
Relecture : Martina MAIGRET

Le Nordeste [1] [nom portugais de la région Nord-Est du Brésil] fait son grand retour à la une des journaux, avec Juliette, la gagnante d’une célèbre téléréalité, Big Brother Brasil. La jeune femme, originaire de l’État de Paraíba, a su profiter des caméras pour promouvoir les beautés naturelles de son état natal et protester contre les préjugés qu’elle affirme avoir subis par le simple fait d’être nordestine. En quoi l’accession de Juliette à la célébrité renforce-t-il ou dément-il la vision récurrente que l’on a du Nordeste ? Et finalement, le Nordeste si diffusé par certains médias, existe-t-il réellement ? Manoel Bandeira, aurait-il raison dans son poème Brisa (Brise), lorsqu’il invite Anarina à vivre dans le Nordeste et qu’il tente de la convaincre en disant que « Dans le Nordeste, il fait aussi chaud / Mais il y a la brise / Nous allons vivre de la brise, Anarina » ? Belchior, dans une de ses fameuses chansons intitulée Conheço o meu lugar [Je connais ma place], semble ne pas être d’accord avec Bandeira, lorsqu’il dit que « Le Nordeste est une fiction ! Le Nordeste [2] n’a jamais existé ». Vraiment ?

Une majorité des propos sur le Nordeste est centrée sur ses « problèmes » et sur l’urgence de les résoudre. S’il faut absolument une solution au « problème Nordeste » c’est parce qu’il y a une croyance que celui-ci est un espace géographique qui n’a pas atteint le « développement », embarrassant les autres régions-sœurs brésiliennes qui sont, pour leur part (le sont-elles vraiment ?), parées pour la danse du monde dit globalisé. Les solutions proposées semblent se perdre dans un labyrinthe qui n’a pas trouvé de Thésée ni d’Ariane indiquant avec leur fil une supposée sortie, à en juger par les inépuisables projets proposés tout au long du siècle dernier pour « sauver » ses habitants. Qui sait si cela n’est dû au fait que ceux qui prétendent être Thésée et Ariane sont en réalité le Minotaure ? Les propositions pour sortir du labyrinthe semblent provenir de ceux qui ne connaissent pas la géographie de cette région ou qui souhaitent simplement que la sortie ne soit pas trouvée, pour qu’il soit possible de maintenir la « maladie » et de continuer à vendre leurs « remèdes ». Il est indéniable que sur ce territoire il existe de graves problèmes à résoudre, mais il est nécessaire de réfléchir aux moyens déployés au cours du siècle dernier et à ceux qui en ont réellement profité.

Le fait est que les visions et solutions réductionnistes et uniformisantes pour qualifier le Nordeste sont aujourd’hui dépassées, même si, malgré tout, elles restent répandues et acceptées de bon gré. Les propos qui tentent depuis si longtemps d’expliquer cette partie du Brésil, ne devraient plus comme avant, rencontrer autant d’écho. Durval Muniz dans son livre A invenção do Nordeste e outras artes (1999) [L’invention du Nord-est et autres ruses] l’avait déjà signalé. Par exemple, est-ce que le pouvoir politique dans les états, exercé exclusivement par quelques familles, serait une caractéristique unique du Nordeste ? Je ne le crois pas, car il s’agit d’une situation présente dans les états du Sud et du Sudeste avec les Amim à Santa Catarina, les Dias au Paraná, les Covas à São Paulo, les Bolsonaro, les Garotinho et les Maia à Rio de Janeiro et la famille Neves, au Minas Gerais, pour ne citer que les exemples les plus connus. Alors, s’agirait-il d’une caractéristique propre aux régions semi-arides ? Pas nécessairement, puisque le Maranhão ne compte que deux municipalités et une population d’un peu plus de 200 000 personnes vivant dans cet environnement géographique, tandis qu’au Minas Gerais, près d’un million et demi de personnes vivent dans des terres semi-arides dans 91 municipalités de cet État du Sudeste [3] (nom portugais de la région Sud-est du Brésil). S’agit-il alors de l’éternelle image de personnes à la recherche d’eau ou lorsque celle-ci est utilisée comme monnaie d’échange politique ? Les politiciens de la banlieue de Rio de Janeiro qui échangeaient des fontaines d’eau pour obtenir des votes, s’appuyaient également sur la ressource hydrique pour conserver leur pouvoir politique, ce n’est donc pas un fait isolé du sertão [4] [l’« arrière-pays », le « hinterland », une zone éloignée des centres urbains et situé dans le Nordeste du Brésil, justement dans les zones semi-arides].

Lorsqu’il s’agit du messianisme, il y a eu la Guerre du Contestado, qui s’est déroulée au Paraná et à Santa Catarina ; aujourd’hui il y a aussi et de manière très intrigante, les nouvelles églises néo-pentecôtistes telles que l’Église Universelle, originaire de Rio de Janeiro, et l’Église Pentecôtiste « Dieu est Amour », fondée dans la ville de São Paulo, pour ne citer que ces deux cas : elles sont nées dans les métropoles du Sud-est. A cela s’ajoutent les prêtres catholiques chanteurs, comme Marcelo Rossi, à São Paulo, ou Reginaldo Manzotti, au Paraná, qui attirent des milliers de fidèles à leurs messes. Ces chefs religieux pentecôtistes et catholiques ressemblent fortement à des figures messianiques, toutes proportions gardées, bien entendu, compte tenu de leur pouvoir sur les fidèles. Toutefois, ces comparaisons ne signifient pas qu’il n’existe pas de particularités dans la région du Nordeste, comme le biome de la Caatinga, unique au monde avec ces caractéristiques, ou les manifestations culturelles propres. Le fait est que certaines de ces particularités se répercutent avec une force iconique telle, qu’elles finissent par éclipser toute tentative de diversifier le récit sur le Nordeste.

Un autre réductionnisme consiste à penser comme Mário de Andrade, qui soutenait que ce qui restait du Brésil pur, celui des origines, avait déjà déserté les grandes villes du sud du pays, mais survivait toujours dans le nordeste et le nord, et c’est pourquoi il s’y rendit avec son Viagem Etnográfica (« Voyage ethnographique »). Beaucoup le pensent encore. Il est fort possible que la nouvelle célébrité, Juliette, ait, en quelque sorte, évoqué cette pureté dans l’inconscient des spectateurs, planifiée ou non. C’est peut-être ce qu’ a voulu dire Graziela Marcheti dans un article publié dans Outras Palavras (D’autres Mots) lorsqu’elle a écrit à propos de Juliette : « Elle nous incite à un engagement éthique et affectif. Elle agit comme si elle voulait nous transformer, tout comme elle s’ouvre, elle aussi, à la transformation [5] ». Mais l’écrivain Durval Muniz s’est alors chargé de rappeler, dans l’une de ses chroniques du Journal Diário do Nordeste, que « Comme cela arrive habituellement avec ceux qui invoquent l’identité nordestine, les différences de classe, de race ou de genre (symbolisées par d’autres personnages dans le programme) ont rapidement été surmontées et tout le monde a soutenu et acclamé ‘notre’ représentante dans l’émission de téléréalité. [6] »

Considérée comme un problème à résoudre, cette région a attiré différents penseurs toujours persuadés d’avoir trouvé la solution parfaite à ce qu’ils pensaient devoir être résolu. Au fil des décennies, les propositions ont un peu changé, mais certaines de leurs caractéristiques sont restées similaires dans leur façon de penser et d’agir, les solutions venant presque toujours de l’extérieur. Parmi les intellectuels que je mettrai en évidence dans cette partie et dans la seconde partie de cet article, il convient de noter que presque tous sont des hommes blancs et que certains ne viennent pas du Nordeste. En soi, cela devrait nous alerter quant à l’imposition d’une vision limitée du monde, puisque le Nordeste comprend une importante population de descendants africains, de communautés d’autochtones et de femmes. Il est évident que d’autres personnes auraient pu être mises en avant, mais j’ai choisi celles mentionnées ci-dessous, car elles ont eu une grande influence sur la façon dont le Nordeste est perçu dans l’imaginaire national et parce qu’elles sont évoquées par d’autres chercheurs. Bien qu’il y ait un éventail d’intellectuels et d’activistes qui pensent le Nordeste à travers de nouvelles perspectives (que je citerai plus tard), il faudra encore du temps pour que cette nouvelle pensée soit traduite et perceptible dans des pratiques politiques concrètes. Commençons par celles diffusées à l’époque de l’Empire.

Les Commissions Scientifiques

Au milieu du XIXe siècle, la Cour dépêcha à l’état de Ceará la première Commission d’exploration scientifique, également appelée « Commission impériale d’exploration scientifique des provinces du Nord ». En fait, cette commission était intéressée par la découverte d’éventuelles richesses minérales, puisque des années auparavant, la Californie avait été arrachée au Mexique par les États-Unis en raison de la découverte d’or. La Californie possédant de vastes territoires arides et semi-arides [comme le Nordeste], on s’attendait à y trouver de l’or également (KURY, 2004). Pour cette raison, la dite commission comptait parmi ses membres l’ingénieur Guilherme Capanema, chef de la section géologique et minéralogique. Les résultats ont été médiocres et le Ceará n’est pas devenu la nouvelle Californie ; néanmoins le désir persiste. Durant les trois dernières décennies, une tentative a eu lieu dans les vallées du Ceará, pour reproduire l’agrobusiness industriel des vallées californiennes appliqué à l’agriculture fruitière irriguée .

C’est la grande sécheresse de 1877 qui poussa officiellement l’empereur Dom Pedro II à envoyer à l’état du Ceará à nouveau, en 1881, une deuxième Commission scientifique. Cette fois-ci, l’objectif était d’étudier et de proposer des solutions pour les sécheresses. Les membres de cette seconde Commission furent les premiers représentants du gouvernement à lancer des propositions estimées les plus appropriées à l’époque pour répondre aux sécheresses prolongées. Compte tenu des connaissances scientifiques disponibles en ce temps, on ne pouvait s’attendre à d’autres recommandations que celles de l’ingénierie de l’eau, déjà en vogue dans d’autres pays. La Commission suggéra la transposition de l’eau du fleuve São Francisco vers le fleuve Jaguaribe, la construction de grands barrages, de routes et de champs d’irrigation pour résoudre les problèmes causés par les sécheresses. Les propositions avancées témoignent d’une inébranlable croyance envers les solutions techniques ; cette croyance est encore très forte aujourd’hui, puisqu’on considère que ces approches techniques sont les seules capables de favoriser une sortie des crises politiques et des bouleversements sociaux dans la région. La visite de cette Commission permit de construire le premier grand réservoir d’eau de la région du Semi-aride, le barrage de Cedro, situé à Quixadá (état du Ceará) et dont le chantier dura plus de vingt ans. Il a inauguré l’ère des grands barrages, construits avec des fonds publics pour répondre aux lamentations des grands propriétaires fonciers de la région. En plus de profiter aux propriétaires terriens, qui allaient devenir les seigneurs de la terre et de l’eau, l’intention était également de maintenir les « hordes d’affamés » occupées dans le sertão, afin qu’elles ne rejoignent pas les villes côtières et ne pratiquent le pillage ou ne grossissent les rangs des mouvements messianiques qui menaçaient l’ordre socio-politique, mettant en danger le régime politique fragile de l’époque.

Euclides da Cunha

Pour de nombreux Brésiliens, les sécheresses sont l’élément moteur du « retard » du Nordeste. L’écrivain Durval Muniz (1999, p. 81) déclare que « Le Nordeste est, dans une large mesure, l’enfant des sécheresses ; produit du récit imaginaire issu d’une série d’images et de textes créés sur ce phénomène, depuis que la grande sécheresse de 1877 en a fait le problème numéro un de cette région. » Il y a d’innombrables ouvrages scientifiques et de fiction sur les sécheresses. Comme je l’écrivais déjà dans un article intitulé Ainda sobre as Secas [7] (Toujours à propos des sécheresses), en 2017, « La sécheresse est devenue le discours à l’unisson pour réclamer des fonds et justifier les importantes sommes dépensées pour les retenues d’eau et les barrages, les incitations fiscales pour les entreprises qui s’installent dans le Nordeste et l’effacement des dettes des grands et moyens propriétaires terriens auprès des banques d’État au cours du siècle dernier. » L’argent n’arrive presque jamais à ceux qui en ont le plus besoin et ce sont des politiques publiques récentes comme le programme Bolsa Família et le travail de proximité avec l’environnement local promu par la ‘Coordination du semi-aride brésilien’ [Articulação Semiárido Brasileiro ASA - forum d’environ une centaine d’organisations de la société civile] qui ont eu des effets bien plus positifs que la grande majorité des projets hydriques.

Aucune œuvre littéraire n’a peut-être contribué davantage à une vision stéréotypée du Nord-Est que le livre Os Sertões (1902 [trad. fr. Hautes Terres]), d’Euclides da Cunha (1866-1909), même s’il devrait être lu par tous pour sa qualité littéraire. Après avoir effectué un reportage sur la guerre de Canudos pour le journal O Estado de São Paulo pendant un peu plus de cinquante jours, Cunha est retourné à São Paulo et, quelques années plus tard, a publié ce qui allait devenir un classique de la littérature brésilienne. Tout en forgeant une vision de cette région qui demeure intacte à ce jour. Involontairement ou non,Os Sertões et les autres œuvres lancées autour du même thème au cours des décennies qui ont suivi, ont servi et servent encore à justifier les inégalités socio-économiques du sertão, puisque basées sur ses caractéristiques géographiques.

En général, les gens se souviennent de la célèbre phrase du livre qui dit : « Le sertanejo [il s’agit de l’habitant des zones rurales et de l’agreste, semi-aride du Nordeste brésilien] est, avant tout, un homme fort ». En revanche, ils ne savent ou ne se rappellent pas comment Cunha a décrit ce sertanejo à la même page de son livre le plus célèbre. Voyons ce qu’il dit après avoir parlé de l’apparence pas du tout athlétique des habitants de la région :
« Il est disgracieux, cagneux, bossu. Hercule-Quasimodo reflète, en apparence, la laideur typique des faibles. La démarche sans assurance, sans aplomb, presque ondulante et sinueuse, apparaît comme la translation de membres désarticulés. Elle est aggravée par une posture généralement abattue, en une manifestation de nonchalance qui lui confère un caractère d’humilité déprimante. » (p. 95)
L’auteur fait preuve d’une verve enviable, mais ce que la majorité des lecteurs ignorent, c’est qu’Euclides da Cunha n’est jamais personnellement allé jusqu’au village de Canudos, comme le souligne l’écrivain Durval Muniz. Cela signifie qu’il a fait un récit basé sur les témoignages d’autres personnes. C’était le regard sur le regard de l’autre. Une externalisation du récit. Ne serait-ce pas ce qui arrive si souvent, même aujourd’hui ?

Gilberto Freyre

La structure imaginaire que nous avons actuellement du Nordeste a commencé à être étoffée par le Centre Régionaliste du Nordeste, fondé en 1924 ; il proposait l’unité régionale comme moyen pour aboutir au renforcement politique capable de négocier des fonds, jusqu’alors accaparés par la région productrice de café, constituée par les états du sud du Brésil. Un discours d’une même voix, axé sur la dimension régionale, aurait plus d’effet que s’il était repris séparément par chaque état de cette région du Nordeste. Deux ans plus tard, le Centre Régionaliste organisait le Congrès régionaliste de Recife. Cette entreprise fut menée par le sociologue Gilberto Freyre (1900-1987), un parcours bien décrit par Durval Muniz dans son livre déjà cité.

Freyre est devenu célèbre, mais a aussi été critiqué pour son livre Casa Grande & Senzala (1933 [trad. fr. Maîtres et esclaves - 1952]), par lequel il a disséminé le mythe de la démocratie raciale au Brésil. Quelques années plus tard, il publie un autre livre fondateur intitulé Nordeste (1937 [trad. fr. Terres du sucre : Nordeste - 1992]), qui se concentre sur l’étude de la zone de plantation de la canne à sucre dans cette région du pays, avec toujours des critiques à l’égard des usines sucrières qui s’emparaient du territoire côtier ; tout en prononçant des louanges à l’égard des senhores de engenho, les maîtres des moulins à canne à sucre, qui commençaient à se faire rares. Dans l’introduction du livre, il déclare qu’il existe « un Nordeste où il n’y a jamais cessé d’avoir un point d’eau : une avancée de la mer, une rivière, un ruisseau, le vert d’une lagune. » Et il termine la même introduction en disant que le naturaliste nord-américain Herbert H. Smith, en comparant les caféiculteurs du Sud aux maîtres des moulins à canne à sucre du Nord, avait conclu à la supériorité de ces derniers. Dans ce livre, Freyre critique la monoculture de la canne à sucre sur les côtes du Nordeste ainsi que les plantations d’eucalyptus dans la ville de Recife ; mais il convient de rappeler que le titre de la publication a pour objectif de diffuser le terme Nordeste, ce que l’écrivain a pleinement réussi.

José Américo de Almeida

José Américo de Almeida (1887-1980) de l’état de Paraíba, a écrit en 1923 le livre A Paraíba e seus problemas [l’état de Paraiba et ses problèmes], et avec son livre A Bagaceira [Marc de canne à sucre - zone autour des moulins où la bagasse de la canne est étalée pour sécher], il inaugurait en 1928, ce que l’on appelle le « cycle régionaliste » dans la littérature brésilienne [8] ; bien que l’on ne sache pas ce qui justifie le fait que seul le Nordeste ait une littérature classée comme régionale, différente de celle du Sudeste ou du Centre-ouest, par exemple. Almeida fut ministre de la Circulation routière et des Travaux publics et ministre des Transports dans les deux gouvernements de Getúlio Vargas ; il occupa également d’autres postes publics. Il a donné une grande impulsion à l’ère des réservoirs d’eau dans le Nordeste ; dans les années 1930 [9] il a également stimulé le programme appelé « Fronts d’urgence pour les personnes touchées par la sécheresse.” » Afin de délimiter la zone géographique qui recevrait des fonds gouvernementaux pour « combattre » les sécheresses durant le premier gouvernement de Getúlio Vargas, ce président a institué ce qui allait être appelé le Polygone de la Sécheresse [‘Polígono das Secas’]. Au cours de cette décennie, le président Vargas envoie même en prison certains colonels nordestins qui lui sont hostiles.

C’est également dans les années 1930 que les capitales ont commencé à faire face à l’arrivée de milliers de migrants (que quittaient les zones d’étiages) de manière inattendue et cela a engendré le mécontentement des populations de ces villes. L’idée principale des programmes tels que les ‘Fronts de travail’ ou les ‘Fronts d’urgence’ était de maintenir les migrants occupés dans la région semi-aride (l’arrière-pays) pour qu’ils ne se déplacent pas vers les villes, où la population était effrayée à cause des menaces de pillages.

Se servir des victimes de la sécheresse pour construire des barrages a été une approche adoptée de manière renforcée par le ministre de l’époque José Américo de Almeida ; cette pratique est devenue courante tout au long des décennies suivantes, atteignant son apogée au début des années 1980 [10]. La demande de construction de barrages est devenue une routine pour les propriétaires fonciers de la région, étant donné la plus grande valeur que ces propriétés acquéraient une fois dotées en réserves d’eau. Les personnes qui travaillaient sur ces ‘Fronts d’urgence’ avaient l’espoir que ces constructions démocratiseraient l’accès à l’eau dans la région alors qu’en fait, elles (les personnes) étaient utilisées pour construire de grands réservoirs et des barrages et concentrer l’eau dans les grandes propriétés.

Par Flávio José Rocha, titulaire d’un doctorat en sciences sociales de la PUC-SP (Pontificia Universidade Catolica), avec un post-doctorat à l’Institut de l’énergie et de l’environnement de l’USP (Universidade de São Paulo). Acteur, écrivain et régisseur du Théâtre de l’Opprimé depuis 2005.

Voir en ligne : Outras Palavras : « Ao olhar o Nordeste, o que o Brasil vê ? »

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