Post-Palocci ou Post-néolibéralisme ?

, par Emir Sader

En choisissant Guido Mantega pour substituer Palocci [1]. Lula ne s’oriente pas vers des changements immédiats de politique économique mais signale qu’un second mandat prendrait une dimension différente, davantage tournée vers le développement et la redistribution des revenus.

1er acte : Première réunion de Lula avec Antônio Palocci et José Dirceu [2], en janvier 2003, deux semaines après l’investiture du nouveau gouvernement, pour discuter de la première rencontre avec le Copom (Comité de la Politique Monétaire). Palocci présente à cette occasion le diagnostic de la Banque Centrale sur l’"héritage maudit" [3], les risques de rupture et de perte de contrôle de l’inflation, et propose une augmentation de 25% des taux d’intérêt réels brésiliens, déjà exorbitants. Ces arguments sont acceptés mais les taux d’intérêt seront maintenus.

Palocci poursuit sa route et, le jour suivant, la Banque Centrale décide d’accroître à 25,5% le taux d’intérêt annuel. Cette augmentation d’un demi-point, insignifiante face à un taux déjà très élevé, était suffisante pour prouver deux choses : d’un côté, la prise de distance de la Banque Centrale et l’orientation néolibérale de la politique monétaire dans la continuité de la précédente et, d’un autre côté, l’acquiescement de Lula. Le pouvoir incomparable de Palocci, acquis pendant la campagne électorale, avec la "Carte aux Bresiliens" [4], s’imposait au sein du gouvernement de façon indiscutable.

2ème acte : Trente-neuf réunions de la Copom plus tard, Antônio Palocci démissionne, accusé de corruption à Ribeirão Preto (dans l’tat de Sao Paulo, ville dont il a été le maire dans les années 90) puis à Brasilia. Il s’apprête à témoigner auprès de la Police Fédérale, oú une plainte va être déposée contre lui.

Pendant ces quarante mois, il a été l’un des piliers du gouvernement. S’il y a eu un homme fort, c’était Palocci. Il a défini les lignes générales d’une politique économique marquée par la continuité avec celle de Fernando Henrique Cardoso - qu’il a salué fraternellement lors d’un séminaire à Salvador, où il a reconnu avoir maintenu la politique du précédent gouvernement -, il s’est battu pour imposer un plafond au budget des ministères sociaux, il a imposé un brutal excédent financier et a maintenu les taux d’intérêt réel à l’un des niveaux les plus élevés au monde. En bref, il est responsable de la croissance médiocre de l’économie brésilienne, de sa dépendance aux exportations et des bénéfices records des banques. A son départ, il est substitué par Guido Mantega, partisan d’une politique économique plus « développementiste ». Qu’est ce que cela change ? Le gouvernement va-t-il sortir de ce modèle ? L’ère post-Palocci signifiera-t-elle l’ère anti-Palocci ? Le gouvernement Lula va-t-il modifier ses orientations principales en l’absence de l’homme fort qu’il a eu jusqu’ici ?

Le maintien de Palocci au ministère pourrait permettre à Lula de maintenir une relation forte avec le patronat, pour qui il représentait une garantie. Si Lula avait voulu maintenir les choses telles qu’elles étaient, il l’aurait remplacé par quelqu’un de son équipe ou de la Banque Centrale, ou par Paulo Bernardo (Ministre du Plan), qui a agi en harmonie avec Palocci. En nommant Guido Mantega, qui s’est opposé à Joaquim Levy [5], Lula ne s’oriente pas vers des changements immédiats de politique économique mais indique clairement son projet concret pour un second mandat à l’ambition différente : développement et distribution des revenus.

Mais, surtout, Lula démontre que le second mandat auquel il aspire sortira du modèle, avec un Etat favorisant le développement et l’expansion du marché interne. Il s’agit alors d’un choix pour le présent, mais principalement pour le futur. Aujourd’hui, la politique économique est maintenue, avec plus de flexibilité, mais Lula prétend s’orienter vers une sortie du modèle hérité.

Par Emir Sader

Emir Sader est professeur à l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro (Uerj), coordinateur du Laboratoire de Politiques Publiques de l’Uerj et écrivain.

Source : Agência Carta Maior - 10/04/2006

Traduction : Livia Honsel pour Autres Brésils


Notes :

[1] Antônio Palocci était Ministre des Finances depuis le début du mandat de Lula.

[2] Ministre en charge du cabinet du président Lula et qui a démissionné en juin dernier suite à sa mise en cause dans le scandale des achats de vote de députés.

[3] Référence aux politiques néolibérales des années 90 strictement appliquées par les gouvernements successifs.

[4] Déclaration dans laquelle Lula s’engageait, pendant sa campagne, à poursuivre une politique économique orthodoxe afin de rassurer les marchés financiers.

[5] Ancien Secrétaire du Trésor, homme de confiance de Palocci.

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