Porto Alegre 2005 (1)

« La cinquième édition du Forum Social Mondial (FSM) a commencé sous le signe de l’expression de la diversité planétaire et d’une polyphonie de voix qui se retrouvent dans un même désir universel de tolérance, de justice, de paix, d’égalité. Et elle se termine dans ce même esprit. » C’est avec ces mots, lus dans la matinée du 31 janvier, par un des principaux leaders du mouvement pour le logement au Brésil - Luiz Gonzaga da Silva, dit Gegê - que s’est terminé le FSM 2005.

Etablir un bilan de ce qui s’est passé et de ce que peut représenter ce que des mains et des cerveaux du monde entier ont essaimé durant ces six jours dans la capitale gaúcha, est une tâche impossible. Cependant une chose est certaine : le résultat de ce mouvement, initié il y a cinq ans, est obligatoirement positif. De cela personne n’en doute.

« Le Forum actualise un ensemble de luttes et de revendications importantes qui vont du contrôle du capital international à l’endettement des pays et à la guerre. C’est une plateforme ample qui répond à un besoin urgent de consolider ces luttes. C’est un espace qui rend acteurs les peuples du monde entier et qui réunit agendas globaux et locaux. Nous sortons de là avec plus d’énergie pour continuer » affirme Jeferson Miola, de la coordination de ce 5è FSM. 

Le Forum Social Mondial s’était posé comme défi il y a un an de fournir plus de propositions concrètes. Il semble avoir obtenu une réponse à la hauteur de la richesse du débat d’idées engagé à Porto Alegre. Au total, 352 propositions émanant des différentes organisations ont été élaborées, des pistes qui peuvent être suivies, ou non, dans la construction d’un autre monde possible. D’une arène pour le mouvement antiglobalisation, le Forum est devenu un espace de construction altermondialiste. Il est passé de la résistance et des protestations à la consolidation d’alternatives.

Les activités de cette année étaient en complète autogestion, elles ont donné lieu à des articulations importantes, comme celle qui prétend punir légalement le président des Etats-Unis Georges Bush pour sa pratique du génocide, du pillage des richesses des pays occupés et de la torture de prisonniers sans défense. Une pétition globale circulera dans les pays et renforcera une action légale à présenter aux Nations Unies en septembre 2005. Entre initiatives mondiales et spécifiques, le Forum a aussi permis que des dizaines d’organisations forment un réseau de dénonciation des cas d’arbitraire policier et de soutien juridique aux populations concernées par la violence à Rio de Janeiro.

A Porto Alegre est également né le réseau des forums locaux, créé pour consolider des initiatives qui multiplient le concept du Forum Social Mondial dans des collectivités plus nombreuses et plus diverses. « Le FSM est un espace d’articulation. Le Forum en lui-même n’a pas de propositions mais il encourage les organisations à élaborer les leurs. C’est comme un terrain de football. Nous faisons cela mais les équipes doivent s’organiser pour jouer entre elles » explique Marti Oliveira, du groupe de méthodologie du conseil international du FSM, responsable du « mur de propositions » qui a accueilli le résultat des activités de cette édition. « C’est la première fois que nous le faisions. Tout le monde n’a pas eu le temps d’écrire ses propositions, mais certaines sont celles de plus de 20 organisations articulées. C’est une graine de changement très positif qui a été plantée » ajoute t-elle.

A partir de cette semaine, les initiatives inscrites au « mur des propositions » pourront être consultées sur le site du Fórum Social Mundial (www.forumsocialmundial.org.br) et à l’adresse www.memoriaviva.org.br. Les organisations pourront également ajouter des idées et rejoindre des articulations déjà établies, pour soutenir les nouvelles initiatives. Selon Oliveira, l’objectif est de diminuer le nombre de propositions et en même temps de les rendre plus puissantes.

« Nous avons franchi un pas important mais nous devons encore perfectionner la méthodologie et encourager la convergence. De nombreuses organisations travaillent sur des thèmes similaires et n’ont pas encore réussi à s’articuler entre elles. Nous avancerons dans ce sens en 2006 » a précisé Oded Grajew, membre du conseil international du FSM.

(à suivre)

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