« Les dernières années ont été terrifiantes dans l’État d’Alagoas »

 | Par Brasil de fato, Felipe Mendes , Geisa Marques

Le mouvement suit de près la situation des familles touchées par les dommages causés par l’entreprise minière Braskem.
L’affaire a de nouveau fait la une des journaux ces derniers jours, après que le Conseil municipal de Maceió a déclaré l’état d’urgence en raison du risque d’effondrement de la mine. Le pouvoir judiciaire demande à Braskem d’indemniser le gouvernement de l’État d’Alagoas pour l’effondrement du sol à Maceió.

Traduction de Roger GUILLOUX pour Autres Brésils
Relecture : Luc DUFLLES ALDON

La terreur. C’est ce que l’on ressent à Maceió et dans d’autres municipalités de l’État d’Alagoas depuis cinq ans, depuis que l’on a découvert les premières fissures dans les maisons et immeubles, causées par l’affaissement du sol dû à l’exploitation du sel gemme, un minerai extrait du sous-sol de la capitale de l’État, par la société Braskem.

Le Mouvement pour la souveraineté populaire dans l’industrie minière (MAM) a suivi l’évolution de cette tragédie aux côtés des familles touchées par ce crime. Chaque année, le nombre de quartiers et de familles directement touchés augmente : actuellement, environ 60 000 personnes ont dû quitter leur maison et beaucoup d’entre elles n’ont nulle part où aller.

Maceió : le crime environnemental caché de la Braskem, décembre 2021. par Juliana Afonso et Nina Rocha pour Modefica

Dans une interview accordée à Brasil de Fato, Rikartiany Cardoso, chercheuse et étudiante en master de droits humains, membre du mouvement et résidente de Maceió, a déclaré que la réalité locale est celle de « crimes, au pluriel » et de violations, qui affectent non seulement la population, mais aussi l’écosystème, la mer et les lagunes de la région.

"L’Alagoas, et pas seulement Maceió, connaît un contexte, un climat et une réalité de violations continues des droits humains. Tous ces droits qui sont aujourd’hui reconnus, non seulement dans les traités internationaux dont le Brésil est signataire, mais aussi garantis par la Constitution. Notre droit à la ville a été violé, de même que notre droit à un logement décent, à un travail décent et à l’éducation", a-t-elle indiqué. « Plusieurs villes en souffrent directement. Ainsi, les cinq dernières années, en Alagoas, et pas seulement à Maceió, ont été des années de terreur, et non de stabilité ».

Selon le MAM, le nombre total de personnes indirectement touchées s’élève à plus de 200 000. Même les personnes qui ne vivent pas dans les endroits directement touchés doivent faire face aux conséquences. De nombreux emplois ont été perdus en raison de la fermeture d’entreprises dans divers secteurs. Des écoles ont été fermées.

Jusqu’à présent (01/12/2023), Braskem n’a pas été tenue légalement responsable des crimes commis, bien qu’elle ait conclu des accords avec le gouvernement pour payer des indemnités qui sont souvent insuffisantes pour couvrir les dommages (voir ci-dessous). Les victimes sont majoritairement des personnes à faible revenu et des accusations de racisme environnemental ont été lancées.

"Ce crime socio-environnemental de Maceió s’inscrit dans la démarche du le capitalisme minier et le racisme environnemental. Ces communautés, en particulier celles qui ne figurent pas encore sur la carte des risques, celles qui se trouvent sur ce que nous, chercheurs, situons à la « lisière », sont composées presque exclusivement d’hommes et de femmes noirs, de travailleurs informels, peu scolarisés, à qui l’on refuse l’accès à des droits tels que l’éducation, la santé et le travail décent", a déclaré Rikartiany Cardoso.

Le naufrage

Le problème a commencé en 2018, quand les effets de l’extraction du sel gemme (qui peut être utilisé dans la cuisine et pour l’élaboration de produits tels que le plastique PVC et la soude caustique) ont commencé à se faire sentir. Cinq quartiers de la capitale de l’Alagoas ont subi des affaissements de terrain dus à l’extraction de ce minerai, qui se trouve sous terre, à environ mille mètres de la surface.

Bien qu’il n’y ait pas eu de décès directs, environ 60 000 personnes ont dû être évacuées de leur domicile en raison du risque de glissement de terrain. De nombreux bâtiments ont été démolis. Des études suggèrent qu’il s’agit là de la plus grande tragédie socio-environnementale dans une zone urbaine au monde.

L’extraction par la Braskem des gisements de sel gemme dans la capitale de l’Alagoas a duré environ 40 ans. Les premiers affaissements se sont produits en raison de la présence d’une faille tectonique dans la région. Ceci a provoqué une série d’effondrements dans les quartiers de Bebedouro, Bom Parto, Farol, Mutange et Pinheiro, ainsi que dans la ville de Flexal.

Dans une déclaration envoyée à Agência Brasil, Braskem a indiqué qu’elle surveillait la situation de la mine depuis mardi dernier (28 novembre) et qu’elle avait isolé la zone de service de l’entreprise, là où des travaux sont en cours pour combler les puits. « Les données de surveillance actuelles montrent que les mouvements de sol restent concentrés dans la zone de cette mine », a déclaré l’entreprise.

L’entreprise affirme qu’elle apporte également son aide à la relocalisation d’urgence des habitants qui ne veulent pas quitter la zone d’expulsion et qu’elle continue à collaborer avec les autorités.

Les demandes d’indemnisation

Les tribunaux de l’État d’Alagoas ont demandé à Braskem d’indemniser le gouvernement de l’État pour les conséquences de l’effondrement du sol dans cinq quartiers de la capitale, provoqué à la suite de l’extraction de sel gemme par l’entreprise pétrochimique. Le montant de l’indemnisation n’a pas encore été fixé.

La décision judiciaire demande à des experts de confirmer l’ampleur exacte des dommages et de calculer le montant des dédommagements à verser.

Le pouvoir judiciaire a décidé que le gouvernement de l’Alagoas devait être indemnisé pour les dépenses occasionnées par les travaux de réparation et d’amélioration des espaces urbains affectés, les dommages causés aux bâtiments et aux installations publiques et les expropriations. Le montant total de l’indemnisation sera fixé après l’établissement d’un inventaire. La décision a été publiée le mardi 10 octobre 2023.

L’action en justice a été introduite par le Bureau de défense de l’État en avril dernier. L’effondrement du sol a entraîné la désoccupation quasi totale de cinq quartiers de la capitale, créant de véritables « zones fantômes » dans la ville.
Le mercredi 11 octobre, Braskem a publié un « fait pertinent » (sorte de déclaration destinée aux actionnaires) dans lequel elle déclare avoir pris connaissance de la décision judiciaire par le biais des médias. « L’entreprise informe qu’elle n’a pas été assignée en justice, mais qu’elle évaluera et prendra les mesures nécessaires », indique l’entreprise.

En juillet dernier, l’entreprise pétrochimique a signé un accord avec la mairie de Maceió pour un versement de 1,7 milliard de réaux [Ndt : environ 320 millions d’euros] à la suite des effondrements. Cette somme sera utilisée pour des travaux dans les quartiers et pour la création du Fonds d’aide aux résidents (FAM).

Les effets de l’extraction du sel gemme (qui peut être utilisé dans la cuisine et pour la production de produits tels que le plastique PVC et la soude caustique) ont commencé à se faire sentir dans la capitale de l’Alagoas en 2018. Cinq quartiers de la capitale de l’Alagoas ont subi des affaissements de terrain dus à l’extraction de ce minerai qui se trouve à environ mille mètres au-dessous de la surface.

Bien qu’il n’y ait pas eu de décès directs, environ 60 000 personnes ont dû être évacuées de leur domicile en raison du risque de glissement de terrain. De nombreux bâtiments ont été démolis. Des études suggèrent qu’il s’agit là de la plus grande tragédie socio-environnementale dans une zone urbaine au monde.
L’extraction par la Braskem des gisements de sel gemme dans la capitale de l’Alagoas a duré environ 40 ans. Les premiers affaissements se sont produits en raison de la présence d’une faille tectonique dans la région. Ceci a provoqué une série d’effondrements dans les quartiers de Bebedouro, Bom Parto, Farol, Mutange et Pinheiro, ainsi que dans la ville de Flexal de Baixo.

Voir en ligne : ’Os últimos anos de Alagoas, não só de Maceió, são de terror’, diz Movimento pela Soberania Popular na Mineração

Inscriptions sur les murs demandent « Relogez-nous maintenant ! » credit : Renato Menezes/ Unité spéciale de comunication sociale / Procureur Général de la République brésilienne

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