Les « Favelas Tours » à Rio de Janeiro

, par Aude Torchy

Une visite guidée dans les bidonvilles brésiliens, c’est possible. C’est même, paraît-il, de plus en plus demandé par les touristes étrangers. Certains disent que c’est lié au succès du film "La Cité de Dieu", de Fernando Meirelles. D’autres, que les touristes ont de plus en plus envie de connaître la réalité brésilienne, au-delà des clichés. Que ce tourisme soit voyeur ou « sincère », dans quelle mesure peut-il finalement être bénéfique aux habitants des favelas ?

Aujourd’hui, plusieurs opérateurs proposent des excursions dans les favelas de Rio, parmi les 700 que compte la ville. Selon les agences de voyages, il s’agit d’appréhender véritablement la réalité des habitants des bidonvilles brésiliens ou de sortir des images véhiculées sur le Brésil dans les pays occidentaux.

La favela de Rocinha, nouvelle destination touristique

Rocinha. Avec ses 150 000 habitants, d’aucuns disent que c’est la plus grande favela d’Amérique Latine. Un décret de 1995 a même permis à Rocinha de passer du statut de favela à celui de quartier. Pour répondre à la demande croissante de tourisme, un centre d’accueil touristique y a même était été créé. Il reçoit 200 à 300 touristes par mois. On est encore loin du tourisme de masse !!! Ces visiteurs étrangers arrivent par le biais d’agences de voyages. Si j’avais connaissance de ce « type » de tourisme auparavant, je n’y avais pas véritablement prêté attention avant de croiser un 4x4 ouvert, avec un lot de visiteurs récemment arrivé sur le sol brésilien, si j’en juge par leur bronzage. Eh oui, c’est ainsi qu’ils se rendent dans les favelas. Présenté comme cela, ça peut paraître choquant. C’est vrai, imaginez un groupe de touristes, l’appareil-photo autour du coup, prêts à shooter la pauvreté sous tous ses angles, depuis un 4x4, tel un safari dans la jungle de la misère. C’est ce qui m’a traversé l’esprit instantanément. Et puis, sans avoir vraiment d’éléments pour m’attarder sur le sujet, je me suis mise à réfléchir à cette question : ma réaction n’était–elle pas un peu simpliste ? Dictée par l’émotion ? Finalement, la démarche de ces touristes n’est peut-être pas fondamentalement voyeuriste. Il y a peut-être une démarche sincère. Et, au-delà de la volonté du touriste, le tourisme ne peut-il pas être positif pour les habitants des favelas ?

Le tourisme, facteur de développement des favelas ?

Ce qu’il serait intéressant d’évaluer, c’est à quelles conditions ce tourisme peut bénéficier aux visiteurs et aux visités.
Si un touriste quitte le Brésil en ayant appris que la favela ne se résume pas au trafic de drogue, n’est-ce pas déjà une petite victoire ? Une forme d´éducation au développement ? Les habitants des favelas ne sont pas seulement des personnes au chômage qui vivent d’emplois informels et de trafics de tout genres. Il y a des personnes avec des emplois (précaires, certes, mais légaux) comme des chauffeurs de taxi, des femmes de ménage … : la presque « classe moyenne » ! Ceux qui gagnent quelques réals en tant qu’employés mais pas assez pour se loger dans des conditions décentes et assurer un quotidien plus « confortable » à leur famille.
Cependant, pour expliquer aux touristes qui vit dans les favelas, comment, et au-delà des clichés, il faudrait un guide local. Une personne de l’intérieur, qui ait une parfaite connaissance du quotidien de ces quartiers. Qui plus est, cette personne « membre » de la favela pourrait vivre directement du tourisme. Elle pourrait se former grâce à l’arrivée de cette nouvelle économie sur son lieu de vie.

La vraie question serait maintenant de savoir si les « favelas tours » se pratiquent vraiment dans cet esprit…. A suivre avec une enquête de terrain ???

Aude - 23/01/2008


Aude est partie au Brésil pour un an dans le cadre d’un Programme de volontariat de solidarité internationale, programme porté par l’association Echanges et partenariats. Elle fait le lien entre l’association Solidariedade França Brasil (SFB) qui actue dans la banlieue nord de Rio et Autres Brésils. Régulièrement, elle nous écrit pour nous faire part de ses impressions et réflexions.


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