Le développement d’un journalisme depuis, à propos et pour les périphéries et favelas

Traduction Rosemay JOUBREL pour Autres Brésils
Relecture : Julia CANTERINI

Dans le contexte de la pandémie de Covid-19, de nombreuses initiatives journalistiques réalisées à propos, pour et depuis les périphéries et les favelas brésiliennes ont donné une véritable leçon de couverture de qualité. Cela vient en partie du fort sentiment d’engagement et d’identification des journalistes de ces initiatives avec leur public cible, puisque tous deux partagent le même lieu de résidence et la même éthique communautaire, ce qui leur permet de dire qu’ils réalisent une communication "de nous pour nous", comme nous l’avons déjà évoqué dans un article précédent. C’est un processus de professionnalisation que certaines initiatives inaugurent et qui se répercute en une production journalistique riche de langage divers et imprégné de la réalité périphérique et des favelas. Vérification des faits, journalisme de données, illustrations, podcasts diffusés via l’application de messagerie, infographies, cartographie des actions de solidarité sont quelques exemples actuels de ce processus.

Ainsi, si historiquement le journalisme fait à propos, pour et à partir des périphéries et favelas brésiliennes était délégitimé pour avoir été produit en grande partie par des citoyens sans formation dans le domaine et de manière artisanale ; aujourd’hui, une partie d’entre eux prétend être reconnue dans les limites de ce qui est considéré comme du journalisme professionnel. Dans un débat numérique intitulé « La confrontation de la pandémie et de la crise économique par les jeunes communicateurs communautaires », tenu avec les journalistes de Rio de Janeiro, Gizele Martins et Daniela Araújo, au début de cette année, il est enregistré que ce processus de professionnalisation est lié à la recherche de faire d’une partie du journalisme des périphéries et des favelas brésiliennes un travail rentable qui ne repose pas uniquement sur le bénévolat. En outre, selon la cofondatrice du journal Favela em Pauta (RJ), Daiene Mendes, elle est liée à l’accès des sujets de la périphérie et de la favela à l’enseignement universitaire dans la région, avec la mise en œuvre de politiques inclusives dans l’enseignement supérieur au niveau national au cours de la dernière décennie. En effet, l’accès à l’université ne garantit pas l’insertion des journalistes sur le marché du travail déjà établi, un facteur qui s’intensifie dans le contexte de la rareté d’offres d’emplois dans la région, surtout pour ceux qui appartiennent à des classes à faible revenu et qui sont touchés par les inégalités éducatives. La transformation de l’écosystème journalistique par l’insertion de professionnels issus des périphéries et des favelas brésiliennes s’effectue donc d’une autre manière.

À São Paulo, la Carte du journalisme périphérique : passé, présent et futur, une recherche produite par le Forum de la communication et du territoire en 2019, entérine cette perception. Sur les vingt journalistes des initiatives périphériques interrogés, 63% ont déclaré avoir suivi une formation universitaire en communication, beaucoup, en journalisme, et 62% ont eu accès à cette formation en comptant sur un certain soutien public, comme Prouni et Fies. La recherche indique également que l’effervescence des initiatives journalistiques dans la périphérie de São Paulo reflète deux points de tension : "les stigmates du marché du travail", puisque la presse commerciale n’embauche généralement pas ces professionnels pour les quelques postes vacants existants, et le pouvoir de transformation que beaucoup de ces initiatives supposent.

L’apprentissage acquis au cours de leur formation professionnelle et l’expérience de la vie dans des contextes périphériques et de favelas favorisent chez ces journalistes un regard critique sur les discours construits autour de ces lieux et la proposition de récits qui montrent leur complexité, au-delà des stigmates de la pauvreté et de la violence avec lesquels ils sont communément représentés. De cette façon, ce journalisme continue à revendiquer, comme les initiatives des citoyens sans formation dans le domaine, le droit de raconter d’autres versions des réalités périphériques du point de vue de ceux qui y vivent.
La nouveauté est qu’il le fait de manière professionnelle, tout en cherchant à assurer le droit au travail et la reconnaissance sociale de son professionnalisme, selon ses propres termes. C’est ici que de nouvelles couches du débat sur le droit à la communication sont mises à nu. Pour l’exercer pleinement, le journalisme professionnel dans les périphéries et favelas brésiliennes exige la création de politiques publiques spécifiques qui soutiennent financièrement, à moyen et long terme, les initiatives de travail déjà créées. Jusqu’à présent, les appels à projets publics existants sont axés sur la culture et envisagent des projets ponctuels à court terme, tels que "des séries de reportages, une pièce audiovisuelle ou même des ateliers avec une échéance définie", sans couvrir la caractéristique quotidienne du journalisme (ROVIDA, p. 84).

Mara Rovida (2020) note que les initiatives présentant ce profil visent à devenir la principale source de revenus de leurs professionnels afin de garantir un dévouement exclusif, des conditions de travail adéquates et une production journalistique de qualité. Actuellement, la plupart des journalistes de ces initiatives travaillent sur une base volontaire et ont des emplois secondaires dont ils tirent une source de revenu fixe.

Grâce aux fonds provenant des abonnements, des appels à projets publics occasionnels et des dons, ils parviennent à obtenir un certain répit financier de temps en temps. L’objectif est de faire de la viabilité quelque chose de vraiment durable, mais sans perte d’autonomie dans la ligne éditoriale, comme cela arrive souvent dans la presse commerciale.

Texte initialement publié par objETHOS.

Juliana Freire Bezerra est doctorante en Journalisme à PPGJOR et chercheuse de objETHOS.

Reférence :

ROVIDA, Mara. Jornalismo das Periferias : o diálogo social solidário nas bordas urbanas. Editora CRV, Curitiba, 2020.

Voir en ligne : Observatório da Impressa : « A busca do jornalismo profissional feito sobre, para e a partir das periferias e favelas brasileiras por assegurar o Direito ao Trabalho »

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