« L’expulsion est la marque de fabrique de la politique du logement à Rio », affirme une défenseure civique.

, par Fania Rodrigues

Source : Brasil de Fato - 03/05/2015
Traduction pour Autres Brésils : Mathilde MOATY
(Relecture : Mara DERSIGNY)

Habitants de Metrô-Mangueira recherchant leurs biens / Photo : Pablo Vergara.

D’après le dernier recensement, plus de 220 000 familles vivent sans logement dans la capitale Fluminense [1].

La semaine dernière à Maracanã, une manifestation contre la démolition de maisons dans la favela [2] du Metrô-Mangueira s’est terminée dans la violence, attisant la révolte des habitants. Cet événement a placé le problème du manque de logements à Rio de Janeiro sous le feu des projecteurs.

Selon les relevés du recensement de 2010, plus de 220 000 familles sont sans domicile dans la seule ville de Rio. À l’échelle de l’État, ce chiffre atteint les 515 000, ce qui représente 10% du manque d’habitations au Brésil.

Pour la défenseure civique Maria Lúcia Pontes, il n’existe pas à proprement parler de politique du logement à Rio, mais seulement une politique de l’expulsion. « On peut dire que depuis l’an 2000, il n’y a aucun programme de régularisation foncière dans les favelas cariocas  », souligne Pontes, la coordinatrice du Centre des Terres et de l’Habitation de la Défense Civique de Rio de Janeiro.

Depuis 2007, Maria Lúcia est engagée dans la lutte pour la défense des habitants de la Vila Autódromo, localisée dans la zone Ouest. « Dans la communauté Metrô-Mangueira, le processus d’expulsion a été différent de celui de la Vila Autódromo. À Mangueira, il n’y a pas eu de négociation possible, c’était bien plus violent. En revanche, à la Vila Autódromo, la lutte était antérieure : les habitants luttaient depuis 2003 pour la reconnaissance de leurs droits. La technique de l’État a été de monter les habitants les uns contre les autres  », dénonce la défenseure publique.

Les habitants de Metrô-Mangueira ont été prévenus de la démolition le jour même de l’action de la mairie. N’ayant eu aucun temps pour s’organiser, beaucoup d’entre eux sont retournés rechercher leurs biens au milieu des décombres, le lendemain des démolitions.

Revendications

Les mouvements sociaux qui luttent pour le droit au logement revendiquent l’amplification et la démocratisation du programme Minha Casa Minha Vida [3]. Marcelo Edmundo, le directeur du Centre des Mouvements Populaires, explique que « la grande majorité des familles sans domicile, soit près de 80% d’entre elles, vivent avec moins de trois fois le salaire minimum. Leur situation s’empire encore car les entrepreneurs engagés par le Programme Minha Casa Minha Vida construisent peu de maisons pour cette tranche de revenus, et s’ils le font, ils construisent dans des endroits reculés. » Selon l’organisation, cette situation crée de nouveaux problèmes, tels que la difficulté d’accéder à l’école, aux services et au travail, et engendre le chaos dans les transports publics.

Notes de la traduction

[1Fluminense  : désigne les habitants de la ville de Rio de Janeiro.

[2Favelas  : des baraquements de fortune, les bidonvilles, de l’état du Rio de Janeiro.

[3Minha casa minha vida : Ma vie ma maison est un programme d’habitation dans sa troisième phase en 2015. Il a l’objectif d’aider les familles aux faibles revenus (inférieurs à 1600 Réaux mensuels) à financer l’acquisition d’un logement. Décidé par le gouvernement fédéral, sa concrétisation se fait en partenariat avec les gouvernements des états de l’union et les entrepreneurs privés.

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