« Je ne parlerai pas ! » (3)

 | Par Marilena Chaui

De plus, l’information est déjà présentée comme un avis au lieu de permettre la formation d’un avis. Pour cela, la forme de l’information est devenue effrayante, car les indices et les suspicions sont présentés comme des certitudes, et, avant qu’il n’y ait des preuves, les suspects sont jugés coupables et condamnés. Ce procédé met à mal deux principes affirmés en 1789, dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui sont que tout citoyen est considéré innocent jusqu’à preuve du contraire et que personne ne pourra être condamné pour ses idées mais seulement pour ses actes. Or, vous connaissez le texte de Hegel [philosophe allemand, 1770-1831], dans la Phénoménologie de l’esprit, sur la Terreur en 1793, c’est-à-dire, la transformation sommaire du suspect en coupable et sa condamnation à mort sans droit à la défense, mort effectuée sous forme de spectacle public.

Cette perspective, comme vous le savez également, est aussi développée par Arendt [Hannah Arendt, philosophe allemande, naturalisée américaine, 1906-1975] et Lefort [Claude Lefort, philosophe français] en ce qui concerne les totalitarismes et leurs tribunaux, et pour cela, tous deux mettent l’accent, dans la Déclaration de 1789, sur le principe référent à la non criminalisation des idées, signalant que dans les régimes totalitaires l’opinion dissidente est considérée comme un crime.

Ainsi, en ce qui concerne le Brésil aujourd’hui, l’impression générale laissée par les médias est celle d’un mélange de spectacle et de terreur, rendant plus difficile qu’il ne l’était déjà d’y exprimer et d’y partager ses idées et ses avis. Vous comprendrez ma troisième raison quand vous lirez les articles de journaux que j’ai insérés à la fin de cette lettre. Un article a été écrit avant la prise de pouvoir de Lula [« Méfiance salutaire », publié dans Folha, le 8 décembre 2002], alertant contre le risque d’une « transition », c’est-à-dire d’un accord avec le PSDB. Les deux autres ont été écrits en 2004, lors de « l’affaire Waldomiro » [tous deux de la Folha : « Le débat symbolique », le 18 février 2004, et « Vers une réforme politique », le 11 mars 2004]. Tous deux insistent sur la nécessité urgente d’une réforme politique. Les faits actuels (ou qui apparaissent comme des faits) ne changent en rien ce que j’ai écrit il y a presque un an, au contraire, ils le renforcent et je n’ai donc pas vu de raison d’écrire à nouveau, car j’aurai écrit quelque chose de ridicule du style : « Comme je l’ai déjà écrit dans tel article ... ». Donc si ma deuxième raison me conduit à penser que les conditions pour donner son avis dans cette confusion sur chaque fait ou information ne sont aucunement remplies, ma troisième raison est que en ce qui concerne le problème de fond, je me suis déjà exprimée publiquement.

Reste la quatrième raison. Il y a là deux types de faits différents dont je crois nécessaire de parler. Le premier se rapporte au cycle « Le silence des intellectuels » ; le deuxième à l’attitude des médias. Depuis 20 ans, Adauto Novais organise tous les ans des journées d’études internationales de conférences et de débats sur des thèmes actuels. Toujours un an avant, Adauto se réunit avec quelques amis pour discuter et décider du thème des journées suivantes. Je fais partie de ce groupe de discussion. En avril 2004, quand nous nous sommes réunis pour discuter du thème de 2005, certains membres du groupe, dont je faisais partie, se préparaient pour un colloque, en France, dont le thème était « La fin de la politique ? », d’autres allaient participer à un séminaire aux Etats-Unis sur l’enfermement des intellectuels dans les universités et centres de recherche, et d’autres commençaient les préparatifs pour la commémoration du centenaire de Sartre, symbole de l’engagement politique des intellectuels.

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