Son « Pays idéal » passe par le PT, parti qu’il a quitté en 94, quand il a commencé à sentir l’odeur du « caixa 2 » [1]
Il y a environ un mois [débuit avril], César Benjamin a reçu la nouvelle selon laquelle le PSOL, le Parti du Socialisme et de la Liberté, était en train de réfléchir à son nom pour être candidat à la vice-présidence aux côtés de Heloisa Helena, candidate elle à la présidence. Une réunion entre les 101 fondateurs du parti [organe de direction jusqu’au futur Conbgrès du PSOL] a alors donné corps à l’idée. Puis, au cours de ces trois dernières semaines, sa candidature a été confirmée. « Il y a encore des consultations à organiser », nuance Benjamin, pour qui cette invitation serait « un joli geste en un moment où la politique brésilienne est très laide » [2]. Il ajoute : « Je ne suis leader d’aucun groupe, je n’ai pas de désirs ni de schémas, je n’ai jamais été candidat à aucune charge élective et je ne suis pas une célébrité. Je n’ai que des idées à offrir sur le Brésil. »
César Benjamin, 52 ans, est le directeur de la maison d’édition Contraponto, qui a publié ses deux derniers livres : L’Option Brésilienne (1998) et Le Bon Combat (2004). Avec une formation « erratique », selon ses propres termes, il est capable de parler aussi bien sur l’histoire de la pensée économique, que sur la macroéconomie, le journalisme scientifique, l’environnement ou les sciences sociales – et il a en effet eu l’occasion de donner des cours sur chacun de ces sujets. Il est docteur honoris causa de l’Université Bicentenaire de Aragua, au Vénézuela. Il a étudié les Lettres à l’Université de Stockholm, en Suède [lors de son exil]. C’est une tête pensante capable de conférer de l’étoffe au tout jeune PSOL.
Benjamin était membre du PT. Il en a été l’un de ses fondateurs et constitue une figure historique dans la lutte contre la dictature. Il n’avait en effet que 15 ans lorsqu’en tant que leader étudiant à l’école secondaire, il a été incarcéré dans une unité de détention de l’armée ; il n’en est sorti que trois ans plus tard pour être mis en prison. A l’âge de 23 ans, il a été expulsé du pays. Il y est retourné clandestinement peu avant l’Amnistie, en 1978. Jusqu’en 94, il a fait partie de la direction du Parti des Travailleurs. Il s’en est détaché quand, dans la campagne électorale de cette année-là, il a perçu une pratique systématique évidente et claire de « caixa 2 ». Il est bon d’entendre ce que César Benjamin dit. Voici dix de ses idées pour le Brésil :
GARANTIR L’ALTERNANCE AU POUVOIR
« Au cours des trois dernières années, la politique brésilienne nous a amenés à vivre très dangereusement. Jusqu’il y a peu de temps, les conservateurs dominaient les gouvernements, mais leur projet était contesté par les forces hégémoniques de l’opposition conduites par le PT. Aujourd’hui, les conservateurs détiennent l’hégémonie au sein du gouvernement Lula et également au sein du principal courant de l’opposition, la coalition PSDB-PFL (Parti de la social-démocratie brésilienne et Parti du front libéral). Si cette alliance ignoble se consolide, alors l’alternance au pouvoir perdra tout son potentiel transformateur, comme cela est le cas aux États-Unis. C’est le rêve de tout stratège politique que de pouvoir, dans un système stable, contrôler à la fois la situation [le gouvernement en place] et l’opposition à cette situation. Nous avons le devoir d’empêcher que cette opération réussisse, pour qu’il puisse y avoir des projets qui s’affrontent. La société brésilienne a besoin de cela. »
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