Ce que la victoire de Blair peut annoncer pour Lula

Les ressemblances entre les histoires des gouvernements du président Lula et de Tony Blair, qui vient d’assurer son troisième mandat en Grande-Bretagne, donnent des pistes sur ce que le Brésilien affrontera lors des élections de 2006. L’analyse est de Emir Sader.

La comparaison entre le président Lula et le premier ministre Britannique Tony Blair est pertinente, car tous les deux se sont érigés en forces principales du camp de la gauche de leurs pays, ils ont maintenu les politiques économiques de leurs prédécesseurs - de droite - ils sont passés par un processus de transformation idéologique et ils ont déplacé les forces de droite de leurs pays, en s’appropriant leurs politiques économiques.

Il y a beaucoup de différences, quelques unes essentielles, comme les politiques externes, radicalement contradictoires entre elles, celle de Blair d’assujettissement aux EUA, celle de Lula de construction d’espaces d’autonomie internationale. La composition idéologique est également diverse, due à la présence de nids de gauche plus clairs dans le gouvernement Lula que dans celui de Blair. Mais - malgré le fait que toute comparaison est habituellement considérée odieuse, et, de fait, si elle est absolutisée, elle apporte plus de confusion que d’éclaircissements - cela vaut la peine de considérer les deux processus, à tout le moins dans le cas d’une réélection.

Blair a désarmé le Parti Conservateur, en assumant la continuité et non la rupture des politiques économiques de Thatcher, en déplaçant le Parti Travailliste vers le centre et vers la droite du plateau politique. Il a pris les revendications essentielles de ce parti, qui s’étaient constituées en consensus politique pendant les gouvernements de Margareth Thatcher. Il a eu l’opposition de la gauche de son parti, mais même malgré cela, on considère que ce qu’il a fait en politiques sociales est meilleur - en général - que ce qui a été fait par les conservateurs. La politique externe, spécialement après l’invasion de l’Irak, est devenue la principale cible des critiques faites à son gouvernement.

Ce qui a finalement abouti, au moins à gauche, au “avec lui c’est mauvais, mais ce serait pire sans lui”, car en effet un éventuel échec de Blair placerait au gouvernement les conservateurs, qui continueraient les politiques de Thatcher. Blair a gagné, mais il est blessé, et privé à présent du punch qui a caractérisé ses deux premières victoires.

Lula a effectué le même déplacement des forces de l’opposition, qui se sentent volées dans leurs politiques économiques (le dilemme du PSDB en lançant la candidature de Garotinho au PMDB est significatif, mais il faut comprendre que, lors des sondages, celui-ci dépasse ses candidats et, dans cette hipothèse, les tucanos* devront se présenter au second tour avec Lula en défendant des politiques économiques de continuité avec les siennes et un candidat qui, au moins nominalement et pour l’instant, les critique).

C’est pour cela qu’ils déplacent les critiques sur un autre plan - trop d’impôts, dépenses excessives du gouvernement - déjá appelés publicitairement par le pré-candidat Geraldo Alckmin comme le “coût PT”, en faisant la pirotechnie d’essayer de faire passer les taxes d’intérêts stratosphériques pour résultat des dépenses gouvernementales.

Que ce soit grâce à l’appui que son nom maintient, ou à cause de la faiblesse des candidatures opposées, Lula aparaît comme le favori, comme Blair est toujours apparu. Son point - de force pour ceux d’en haut, de faiblesse pour ceux d’en bas - est exactement sa politique économique -, ce qu’il a en commun avec l’ opposition. Lula se place sur la défensive par rapport aux attaques opposées de dépenses du gouvernement, impôts, etc., ce qui l’affaiblit. Mais en maintenant la politique économique, il doit se soumettre à sa logique.

Il pourrait, s’il voulait s’en affranchir, reprendre l’initiative et dire que le gouvernement dépense plus, en indiquant où il le fait, s’il était certain que les moyens sont effectivement destinés aux politiques sociales. Mais il aurait beaucoup de difficultés à avouer qu’il y a beaucoup d’impôts, parce qu’ils sont utilisés pour payer les intérêts de la dette externe. S’il faisait cela, il devrait s’engager à baisser les intérêts internes et à renégocier la dette, ce qu’il n’est pas semblé disposé à faire - et l’entrevue collective renforce cette volonté de sa part.

Comme la droite pourra difficilement occuper un autre espace significatif, Lula pourra compter, au second tour ou même au premier, sur le vote utile du “avec lui c’est mauvais, mais ce serait pire sans lui”, sachant que si le gouvernement est mis en échec, les « toucans » reviendront, Fernando Henrique Cardoso (FHC), le PFL, etc. Ce sera, dans ce cas, une victoire comme celle de Blair, mais sans l’enthousiasme de celle de 2002, quand FHC a perdu. Ce sera une victoire fade qui, comme dans le cas de Blair, annoncera une immense difficulté de continuité du PT à la présidence après Lula.

Par Emir Sader - Agência Carta Maior - 06/05/2005

Traduction : Karine Lehman pour Autres Brésils

* tucanos : surnom donné aux membres du PSDB, de l’ancien gouvernement de Fernando Henrique Cardoso

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