Au Brésil, le carnaval se révolte contre la classe politique

, par Adèle Smith

Sous un soleil de plomb, Rio rugissait d’allégresse samedi pour sa première grande fête de rue, la légendaire Bola Preta, qui devait accueillir plus d’un million de fêtards. Mais cette année, ce ne sera pas un carnaval comme les autres. Sur les chars du traditionnel défilé des écoles de samba, figureront au milieu des plumes et des strass un rat géant – symbole du politicien véreux au Brésil –, un vampire, une libidineuse ventrue, fumant le cigare nue, et moult créatures effrayantes. Autant de métaphores censées dénoncer les maux qui rongent le pays : corruption, intolérance religieuse, discriminations sexuelles et raciales, inégalités…

Le président grimé en Dracula à cause de sa politique d’austérité

Le carnaval, qui se déroulera jusqu’en fin de semaine au rythme de la samba, est plus politisé que jamais en cette année électorale incertaine. Le président le plus impopulaire de l’histoire du pays, Michel Temer, doit terminer son mandat fin 2018. Évitant les bains de foule comme la peste, le chef de l’État a prévu de suivre les festivités non pas au sambodrome mais avec une quarantaine d’invités devant un grand écran, dans une base navale de la ville.

L’école de samba Paraíso de Tuiuti lui rendra hommage, malgré lui, avec un char à l’effigie de Dracula, personnage auquel le président est régulièrement associé dans l’imaginaire collectif brésilien, en raison de sa politique d’austérité sélective et de leur troublante ressemblance physique. Un autre char sera accompagné de canards gonflables et d’une main géante de marionnettiste, censés symboliser la manipulation des mouvements de protestation favorables à la destitution controversée de l’ex-présidente Dilma Rousseff, en 2016.

Près de 6 millions de personnes doivent participer à la gigantesque fiesta annuelle de la Cité merveilleuse où, depuis le début du mois, les défilés de rue battent leur plein sous le signe de la contestation. Entre les maillots de bain léopard, les tutus Bunny et les indémodables cornes démoniaques, la tenue « habeas corpus » est en vogue cette année. Pour les uns, il s’agit de tourner en ridicule le controversé juge de la Cour suprême Gilmar Mendes, qui a ordonné la libération d’un nombre incalculable d’hommes politiques jugés pour corruption. Pour les autres, c’est une manière de railler l’ex-président Lula, lui-même demandeur d’une liberté provisoire avant d’être jugé alors qu’il risque plus de douze ans de prison.

L’une des plus grandes fêtes populaires de la planète, des retombées économiques énormes

Honni par de nombreux fans du carnaval pour avoir réduit les subventions de moitié cette année et pour ses discours moralisateurs, l’austère maire évangélique de Rio, Marcelo Crivella, réputé allergique à l’exhibition de chair dénudée, n’échappera pas au vitriol. L’école Mangueira paradera son nom tatoué sur un énorme derrière. La montée en puissance, ces dernières années, des évangéliques au cœur du pouvoir s’accompagne d’une vague conservatrice sans précédent au Brésil. Mais celle-ci passe mal auprès des hédonistes de Rio.

Voir en ligne : LeJDD

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