’La favela qui se voit et se vend’ : Réflexions et polémiques autour d’une destination touristique

, par Bianca Freire-Medeiros

Bianca Freire-Medeiros, chercheuse-boursière du CPDOC/FGV est titulaire d’un Master en sociologie (Iuperi) et d’un Doctorat en Histoire et Théorie de l’Art et de l’Architecture (Binghamton University).

Source : http://embuscadeumlugarcomum.com/

Traduction pour Autres Brésils : Mathilde Moaty
(Relecture : Zita Fernandes)

LA RECHERCHE*


En 2007, le réalisateur Felippe Schultz Mussel a participé au projet de recherche "La construction de la favela carioca comme destination touristique", coordonné par la Prof. Bianca Freire-Medeiros au sein du Centre de Recherche et de Documentation de l’Histoire Contemporaine du Brésil (CPDOC) de la Fondation Getulio Vargas (FGV), qui devint la base de recherche des personnages et du scénario du documentaire « A la recherche d’un lieu commun » (Em busca de um lugar comum). Suit ci-dessous un résumé de la recherche, dévoilée en 2011 lors de la publication du livre ’Gringo sur la dalle’ (Gringo na laje).

I. Introduction

En 1996, Michael Jackson est venu au Brésil filmer quelques scènes pour They Don’t Care About Us, vidéoclip long de cinq minutes, mis en scène par Spike Lee. Le Pelourinho, à Salvador, et le Morro Santa Marta, dans la Zone Sud de Rio, ont été choisis comme décors pour le clip, dont le sujet était la vie des pauvres dans les grandes villes du monde, et l’indifférence du pouvoir public et des élites face à leurs appels.

Alors que les habitants de Santa Marta vibraient de bonheur – ils ont reçu la superstar dans un climat de samba et ont promis de construire le Musée Michael Jackson pour célébrer la visite -, les autorités gouvernementales étaient scandalisées. Ronald Cezar Coelho, alors Secrétaire du Commerce et de l’Industrie, exigea un droit de regard au montage final, argumentant que la vidéo donnait une mauvaise image de la ville dans le monde entier, tandis que Pelé prêchait que la vidéo allait ruiner les chance du Brésil d’accéder à l’organisation des Jeux Olympiques de 2004. « Michael Jackson a failli atterrir en prison ; maintenant il veut devenir le roi de la misère et de la pauvreté », accusa Marcello Alencar (O Globo, 13/03/1996).

Les prévisions du maire furent confirmées, puisque Michel Jackson devint en effet le « roi de la favela ». Entre les prises, la pop star se déployait à plaire à ses fans, prenant des enfants dans ces bras, saluant tout le monde, allant jusqu’à retirer son masque anti-pollution pendant ses déplacements à Santa Marta. Les fan le remercièrent avec une banderole : « Michael, you are not alone. Dona Marta loves you ».

La température politique augmenta quand les principaux journaux cariocas publièrent, en première page, que Michael Jackson avait engagé une productrice brésilienne pour négocier les prix et les lieux de tournages avec Marcinho VP, chef du trafic de drogues de la région. Le procureur demanda au juge qu’il décide de la suspension du tournage sur l’argument que l’industrie du tourisme en était sérieusement compromise. Les autorités gouvernementales se disaient humiliées, et accusaient Sony, maison de disque de Jackson, d’exploiter commercialement la pauvreté du lieu. Elles disaient que le clip renforcerait le stéréotype de la favela comme lieu de misère, de violence, et de trafic de drogues (Jornal do Brasil, 12/02/1996), ce qui inspira Spike Lee à qualifier les autorités de l’Etat comme « ridicules et pathétiques » et de comparer le Brésil à une « république bananière ». « Qu’est-ce qu’ils croient ? Que la pauvreté au Brésil est un secret ? » (Jornal do Brasil, 13/02/1996).

Depuis cet épisode, de nombreuses choses ont changé. Non seulement les favelas furent reconnues comme des destinations touristiques par RioTur, mais même le pouvoir public en vint à promouvoir le tourisme dans certaines de ces localités. Bien sûr, ceci ne signifie pas que les idées reçues relatives aux favelas et à leurs habitants aient disparu –au contraire, mais certainement qu’une autre politique de visibilité est entrée en jeu, pour le meilleur et pour le pire. C’est de cette nouvelle politique de visibilité, qui permet l’élaboration et la vente des favelas cariocas comme destination touristique, que traite cette publication.

Télécharger l’intégralité de l’article traduit en français :

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II. La favela touristique : la construction d’un objet
III. Une « nouvelle » modalité de tourisme : les Reality Tours
IV. La diffusion de la favela comme marque
V. Quatre favelas, quatre expériences de tourisme
VI. Pour conclure

Le documentaire "Em busca de um lugar comum" de Felippe Schultz Mussel sera projeté dans le cadre des Jeudis d’Autres Brésils au Cinéma La Clef, le jeudi 12/03/2015.

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