La crise et la dette publique

, par Frei Betto

Vous, moi, nous tous, nous payons la dette publique à chaque fois que nous recevons notre salaire et que nous faisons des achats. Et nous la payons doublement car nous faisons les frais d’un service public de qualité médiocre.

Source : Brasil de fato [1]

Traduction pour Autres Brésils : Roger Guilloux ; Relecture : Didier Bloch

Depuis 2008, quand a éclaté la crise du capitalisme, les gouvernements concernés ont remué ciel et terre pour sauver, non pas la population menacée de chômage (il y a déjà 25 millions de chômeurs en Europe) mais le système financier.

La démocratie est devenue aujourd’hui une pure figure de rhétorique. Ce que nous avons, en vérité, c’est une ʺmoneycratieʺ.

Selon la FED (la Banque centrale américaine), le gouvernement de l’Oncle Sam a repassé aux banques privées, en guise de bouée de sauvetage, la somme de 16.000 milliards de dollars. Comme la liste des heureux bénéficiaires du père noël est longue, je me contenterai de signaler les noms des trois principaux : Citigroup, US$ 2.500 milliards ; Morgan Stanley, US$ 2.040 milliards ; Merrill Lynch, US$ 1.949 milliards.

Au Brésil, la crise commence à frapper à notre porte. Là où elle commence à faire mal, c’est au niveau de la dette publique. En 2011, les intérêts et les frais d’amortissement de la dette ont absorbé 45,05% du budget de l’Union, soit 708 milliards de réaux [2]. Vous imaginez ce que l’on pourrait faire avec une telle somme ? Cela permettrait de promouvoir 28 Coupes du monde ! Le budget de la Coupe de 2014 est estimé à 25 milliards. Pour se faire une idée de la taille du dinosaure que nous alimentons, en cette même année 2011, le secteur de la Santé a dû se contenter de 4,07% du budget et l’Education, 2,99%.

Ces chiffres vous impressionnent ? Jetez donc un œil aux montants actuels : de janvier à février de cette année la dette publique a augmenté de plus de 26 milliards de réaux pour atteindre la somme de 1.950 milliards ! Et la prévision est qu’elle atteigne la somme de 2.240 milliards à la fin de l’année ! Cela représente une augmentation de 232 milliards par rapport à 2012. Ces chiffres proviennent du Plan annuel de financement du Trésor Public [3] publié en mars dernier.

Vous, moi, nous tous, nous payons la dette publique à chaque fois que nous recevons notre salaire et que nous faisons des achats. Et nous la payons doublement car nous faisons les frais d’un service public de qualité médiocre dans tous les domaines : santé, éducation, sécurité, transport, culture, etc. Le gouvernement ne divulgue pas le montant des intérêts nominaux de la dette publique effectivement payés. Même la CPI [4] de la Dette, conclue en 2010 à la Chambre des Députés, n’a pas réussi à rompre ce secret. D’où l’importance d’un Audit citoyen de la dette publique, objectif qui devrait figurer dans le programme des partis progressistes, des syndicats, des mouvements sociaux et des ONG engagées dans lacitoyenneté.

Il y a déjà des signes indiquant que la petite turbulence économique brésilienne pourrait se transformer en tsunami : privatisation des gisements de pétrole du Pré-sal [5], ainsi que des ports, des aéroports et des hôpitaux universitaires, réduction des ressources destinées aux programmes sociaux, mise aux enchères du réseau routier, inflation en hausse, etc.

Le modèle de type ʺdéveloppementisteʺ est épuisé. Et son bilan est sombre : 1% des habitants de la planète possède une richesse équivalente aux revenus de 57% de la population mondiale !

Mais qui, en réalité, propose des alternatives viables ? Où est la gauche aux pieds ancrés dans la base populaire et à la tête occupée à formuler des stratégies à long terme ?

ʺA cette époque-là nous écrivions l´l’Histoire ; aujourd’hui vous faites de la politiqueʺ, disait Rubashov, dans le roman Le Zéro et l’infini d’Arthur Koestler.

Notes du traducteurs
[1] Brasil de fato : hebdomadaire de gauche, lancé en 2003 à l’occasion du Forum Mondial à Porto Alegre
[2] Soit, à l’époque, environ 270 milliards d’euros
[3]Revue du Trésor Public brésilien
[4]CPI : Commission Parlementaire d’Investigation
[5]Pré-sal. Gigantesque ensemble de gisements de pétrole, découvert récemment le long de la côte Brésilienne (de l’Etat de l’Espirito Santo à celui de Santa Catarina). Les réserves qui se trouvent à une profondeur de 4.000 à 8.000 mètres sont estimées à 80 milliards de barils de pétrole et de gaz.

L’auteur
Frei Betto : Moine dominicain, théologien de la libération, écrivain. C’est dans la favela de São Paulo où il vit depuis 1979 qu’il a rencontré l’ancien président Lula. Engagé dans la politique brésilienne, il a travaillé pour le gouvernement du président Lula lors de son premier mandat.

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