“L’Etat d’exception est constant. C’est la démocratie qui est exceptionnelle."

, par MD18

Michael Löwy, sociologue brésilien vivant en France, nous met en garde contre le risque que court la démocratie avec les nouveaux coups en Amérique latine et la montée de l’extrême droite en Europe. Le penseur croit que la gauche doit se réunir pour arrêter le coup d’Etat au Brésil, mais sans perdre de vue ses horizons utopiques. Expert en sociologie des religions, Löwy analyse l’impact politique des églises néo-pentecôtistes au Brésil. Il souligne également la nécessité de critiquer le modèle de développement économique actuel à partir de la perspective qui met en cause les conséquences socio-environnementales du capitalisme.

Cette discussion, menée par Daniel Garroux (Doctorant USP / Paris 10), Frederico Lyra (doctorant Lille 3) et Gabriel Zacarias (post-doctorant de la USP / EHESS), inaugure une série d’entretiens du Mouvement démocratique Mars 18 (MD18) avec de grands intellectuels de gauche.

Photo : Artur Renzo (Site du blog Boitempo)

MD18- Nous avons lu votre dernier article publié dans Mediapart et nous aimerions l’utiliser comme point de départ de notre entretien.

Michael Löwy – Dans cet article, je cite la célèbre phrase de Marx qui cite à son tour Hegel, selon laquelle l’histoire a lieu deux fois : d’abord comme tragédie et ensuite comme farce. En ce qui concerne le Brésil, la tragédie a eu lieu au moment du coup d’Etat de 1964 avec vingt ans de dictature, des centaines de morts et des milliers de torturés. Maintenant nous avons droit à la farce, avec ce spectacle ridicule où des centaines de députés suivis par des sénateurs, tous mêlés à des affaires de corruption comme la Lava-Jato entre autres, ont joués aux sauveurs de la patrie, allant jusqu’à se vêtir du drapeau du Brésil. C’était d’une clownerie sans limites. Ils ont destitué la présidente Dilma sous le prétexte ridicule d’un maquillage budgétaire, quelque chose que tous les présidents précédents ont fait et que les gouverneurs des états brésiliens font encore. C’est un artifice commun et récurrent qui ne constitue pas un crime mais simplement une irrégularité administrative. Il s’agit donc vraiment d’une farce grotesque qui peut coûter cher à la population brésilienne avec des conséquences très négatives. Cela illustre bien, une fois de plus, le mépris des classes dominantes brésiliennes pour la démocratie, cette oligarchie qui domine le Brésil depuis cinq cents ans (bien que sous d’autres noms). Quand la démocratie ne fonctionne pas comme ils l’entendent, ils lui passent dessus avec un tracteur. Cela a été le cas en 1964 et c’est à nouveau le cas maintenant. J’ai voté pour Luciana Genro au premier tour des élections et soutenu Dilma au deuxième tour, mais je reste très critique quant à sa façon de gouverner. Elle a fait une campagne qui penchait à gauche mais beaucoup de ses promesses n’ont pas été tenues. D’emblée, elle a proposé un ajustement fiscal. Elle a fait toutes les concessions possibles aux banquiers et aux grands propriétaires terriens. Elle a nommé Kátia Abreu, Ministre de l’Agriculture, enfin, elle a cédé au grand capital. Pour les travailleurs, il n’y a eu que des sacrifices. C’était vraiment très décevant parce qu’elle a fait trop de concessions aux oligarchies. Seulement, comme je le dis dans mon article, l’oligarchie ne se contente plus de concessions, elle veut tout et maintenant. Elle ne veut plus négocier et veut la totalité du pouvoir. Elle veut exercer le pouvoir directement par le biais de ses hommes de main. Par conséquent nous assistons maintenant à une manifestation d’intolérance totale de la part de l’oligarchie.

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