2004 : année clé des mobilisations contre la ZLEA

Les enjeux de la ZLEA

La Zone de Libre Echange des Amériques (ZLEA, ou ALCA pour son acronyme en espagnol) est un projet des Etats-Unis d’instauration d’une zone de libre-échange à l’échelle du continent américain, dont les négociations ont commencé en 1994, et qui devrait être ratifié début 2005. Ce sera le plus vaste accord de libre-échange jamais conclu, de l’Alaska à la Terre de Feu (Cuba excepté), il concernera 34 états, une population de 783 millions
de personnes, et représentera 40% du PIB et 20% du commerce mondiaux.

Derrière ce projet d’intégration économique, se cache la volonté
hégémonique des Etats-Unis, et des transnationales, sur le continent
américain, face aux blocs commerciaux que représentent l’Europe et l’Asie.
En prônant la disparition des obstacles au libre-échange, ce projet se trouve dans la droite ligne des ambitions de l’OMC : introduire dans la
logique du marché l’ensemble des biens, services et savoirs, sans épargner aucun secteur. Tout sera privatisé : ressources naturelles (ressources énergétiques, forêts, terres, etc.), santé, éducation, savoirs et cultures
indigènes etc.

Comme l’ALENA, la ZLEA vise à favoriser les transnationales et non les
peuples des pays signataires : leur souveraineté est donc en jeu.

Oui mais...

Depuis les échecs des négociations au sommet de l’OMC à Cancun, dus
notamment à la position du G-20, à la tête duquel figuraient le Brésil et
l’Inde, quelques espoirs sont permis quant à un possible arrêt du rouleau
compresseur que représenterait cet accord.

Alors que, à un an de l’entrée en vigueur de l’accord, les
négociations devraient en être à leur phase finale, lors de la réunion
ministérielle qui s’est tenue à Miami en novembre 2003, est né le concept
d’une ZLEA « light ». Devant l’impossibilité d’arriver à un consensus, l’idée
a été retenue que les pays pourraient intégrer la ZLEA en deux phases, une
première où tous les signataires acceptent des engagements de base, une
seconde où n’entrent que ceux qui le « souhaitent », quand ils le
souhaitent, sur des bases d’accords multilatéraux. Cette version « light »
illustre un changement dans les rapports de force, le « pack »
originellement imposé par les Etats-Unis ne l’étant plus. Une victoire
relative diront certains, car c’est aussi la porte ouverte à des accords
bilatéraux, toujours asymétriques et en faveur des Etats-Unis, qui ne feront
que diviser les Etats du sud du continent, au détriment d’accords
commerciaux déjà passés entre eux (cf le Mercosur, la CAN, la Caricom).

Depuis la réunion du Comité de Négociations Commerciales de la ZLEA,
début février à Puebla (Mexique), on ne parle plus de ZLEA « ligth », mais
de ZLEA « extra-light » : les deux principaux blocs de pays en négociation -
« alliés » des Etats-Unis d’un côté, le MERCOSUR (Brésil, Argentine, Uruguay
et Paraguay) de l’autre - ne sont parvenus à signer que des accords très
vagues sur les thèmes les moins importants, et ce toujours concernant la
première phase de l’accord global. Les sujets de discorde sont substantiels :
l’agriculture, l’accès aux marchés, les services, la propriété
intellectuelle, etc. Les modalités de la 2ème phase font l’objet de
davantage de désaccords. Notons que le Brésil, au deuxième jour des
négociations, a introduit une recommandation sur l’agriculture, pour qu’il y
ait un traitement spécial et différencié pour les pays en voie de
développement permettant des politiques adaptées pour l’agriculture
familiale, paysanne et indigène, en vue de sauvegarder la sécurité
alimentaire.

Les ministres présents ont dû quitter Puebla sans être en mesure de
laisser des instructions aux groupes de négociateurs. Une prochaine réunion
est prévue pour le mois de mars, mais il est fort peu probable que d’ici là
les désaccords de fond aient disparus...

La position tenue par le groupe de pays résistant (MERCOSUR et autres)
est sans nul doute imputable en partie aux gouvernements de ces pays (Lula,
Krishner, Chavez pour le Venezuela, catégoriquement opposé à l’accord, sous
toutes ses formes), mais aussi et surtout au rôle de lobbying des mouvements
sociaux dans leurs pays respectifs.

Campagne continentale contre la ZLEA

Quelques jours avant la rencontre de Puebla, s’est tenue à Cuba, la
IIIème Rencontre Hémisphérique contre la ZLEA. 1230 représentants
d’organisations sociales et politiques de 35 pays se sont réunis pour
analyser, discuter divers thèmes de la ZLEA et de la politique de domination
nord américaine, ainsi que des avancées et difficultés rencontrées par les
mouvements sociaux et populaires opposés à ces politiques.

Pour les participants, que la ZLEA soit intégrale ou « light » - la
version « extra-light » n’existait pas encore ! - , il faut à tout prix
empêcher la signature d’un quelconque accord. La version light de Miami est
considérée comme plus dangereuse encore, car la conception néolibérale
essentielle reste intacte - le mirage d’un « développement », via une
économie et une société de marché - et avec la possibilité de négociations
bilatérales de libre-échange, la complexité et les conflits liés aux
négociations collectives disparaissent, et placent les négociations
bilatérales à des niveaux supérieurs d’inégalités. En gros, le projet est
identique, avec la possibilité plus grande encore d’isoler les pays qui
font de la résistance.

Le moment est donc décisif pour les mouvements sociaux
latino-américains
 : faire entendre la voix des peuples du continent - la
société civile, rappelons-le, n’a jamais été sollicitée au cours des
négociations - en majorité contre le projet (de nombreuses consultations
populaires ont été réalisées dans les différents pays, notamment le
référendum populaire organisé l’an dernier au Brésil à l’initiative de
mouvements sociaux, où 10 millions de personnes ont voté contre), et ce de
façon articulée et organisée.

Cette rencontre hémisphérique a permis la création de l’unité d’action
de la Campagne Continentale contre la ZLEA : un plan d’action pour l’année a
été élaboré, invitant les populations à manifester leur refus catégorique de
la ZLEA, mais aussi de tous les traités bilatéraux et régionaux en cours de
négociations. Outre l’élaboration d’un « calendrier de résistance », la
rencontre a aussi permis de discuter autour d’alternatives possibles, tel le
projet de l’ALBA
(Alternative Bolivarienne pour l’Amérique), dont le
président Hugo Chavez est à l’origine.

Pour João Pedro Stedile, l’un des fondateurs du MST (dont la base est
extrêmement sensibilisée aux dangers que représente la ZLEA), présent à la
rencontre, le fait que les gouvernements du Brésil, d’Argentine et du
Venezuela aient mis des « bâtons dans les roues » du gouvernement Bush lors
des négociations de Miami ne signifie pas que les mouvements sociaux doivent
abandonner leur lutte : ils doivent maintenir une position indépendante et
ferme, et exiger des gouvernements la réalisation de consultations
nationales dans tous les Etats concernés (Lula à ce jour est opposé à un
référendum national sur le sujet). Pour Stedile, comme pour d’autres,
l’année 2004 sera donc une année-clé, l’année des plus grandes
manifestations populaires contre l’accord.


Par Isabelle DOS REIS et Agnes van GINNEKEN

Source : INFO Terra n° 46 - Février 2004,
mensuel édité par Frères des Hommes
9, rue de Savoie - 75006 PARIS. Tél : 01.55.42.62.62. Fax : 01.43.29.99.77.
E-mail : fdh@france.fdh.org. Site : http://www.france-fdh.org

Pour tout renseignement sur INFO terra, ou pour vous désabonner,
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