Vendeurs dans les bus de Rio de Janeiro : la concurrence est rude !

, par Aude Torchy

Les camelots sont à tous les coins de rue à Rio : vente de fruits, de pains de maïs cuits, de cacahuètes et de produits manufacturés en tout genre. Il y a les célèbres paréos et maillots de bains mais aussi les bibelots de confection asiatique. Les vendeurs sont partout et même dans les bus qui arpentent la ville.

On les entend siffler pour entrer dans les bus par la porte arrière, celle réservée aux passagers qui descendent. Si les chauffeurs les entendent, ils ne leur ouvrent pas systématiquement la porte. Mais ce n’est pas la partie la plus compliquée du travail de ces vendeurs itinérants. C’est bien la concurrence. Il arrive même parfois qu’ils se retrouvent à deux dans le même bus !

Du bonbon à l’épluche-légumes : tout est à vendre !

Bonbons, barres chocolatées, stylos, éplucheurs, nécessaires à couture, revues de mots-croisés : ils défilent les uns après les autres pour vendre leurs marchandises. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’offre de produits est très diversifiée ! C’est particulièrement le cas aux heures de pointe, quand les flux de clients potentiels sont denses.
Certains ont de l’expérience, ça se voit. Surtout ceux qui font preuve d’un travail particulièrement organisé. Les boîtes de barres chocolatées collées entre elles pour pouvoir tenir la marchandise dans une main. Les vendeurs que l’on remarque au départ sont les vendeurs de bonbons. Ils pendent un crochet à la barre où les passagers s’accrochent avec fermeté pour ne pas tomber quand le bus zigzague dans l’intense trafic de la ville. Des dizaines de petits paquets de 10 bonbons ou autres friandises pendues au bout du crochet... « 1 réal le sachet » (0,40 euros) ! S’il y a les articles « permanents », principalement les douceurs qui ravissent les papilles des passagers qui font de longs trajets, il y a les produits « à la mode ». Depuis une semaine, deux vendeurs présentent leurs merveilleux stylos calendriers. Des rouges, bleus ou argentés desquels on peut dérouler un calendrier 2008-2009 ! « Bonjour, excusez-moi de perturber votre trajet mais je viens vous présenter... » Et c’est parti. Si le commerce ambulant fait partie du marché informel, séduire le client reste de mise.

Au pays des vendeurs itinérants, les arguments de vente ne manquent pas d’ingéniosité

S’ils parlent parfois de leurs origines, ces vendeurs, souvent favelados [1] , mettent rarement en avant leur précarité pour vendre. Pour les barres chocolatées, on souligne leurs vertus nutritives, leurs composants naturels. On n’hésite pas à se comparer à la grande distribution et proposer les mêmes produits à meilleur prix. « Qui a dit que la grande distribution proposait des prix défiants toute concurrence ? ». On rappelle que la date de péremption n’est pas passée. Pour les produits moins connus, une démonstration s’impose. On rappe volontier une carotte pour prouver l’efficacité du mini épluche-légumes rappeur ! Un produit 2 en 1 inventé pour une ménagère moderne. Si j’avais à décerner un prix, il reviendrait sûrement à ce vendeur d’aiguilles que j’ai croisé au mois de février. Il avait tout simplement créé une petite chanson ventant les mérites de son gagne-pain et chantait son oeuvre en dansant la samba : atypique mais le public a visiblement apprécié le spectacle. Bien sûr, ils proposent tous une « promotion du jour ». Difficile de s’y retrouver pour un consommateur averti ! On entend ça ou là un passager du bus contredire ou soutenir les arguments du vendeur itinérant. Mais il faut bien l’avouer, les passagers indifférents sont légion.

La vente itinérante : une activité génératrice de « revenus »

Le commerce ambulant est visible à tous les coins de rues, dans tous les bus, sur les bords de plage... Il fait partie du paysage urbain de Rio de Janeiro. « Il existe une tradition importante de commerce ambulant au Brésil, qui trouve ses origines à l’époque coloniale. Ainsi les colporteurs qui vendaient et achetaient à domicile étaient appelés “pregoeiros” parce qu’ils s’annonçaient en criant le nom des marchandises. Ces marchandises étaient proposées, au quotidien, au domicile du consommateur et offraient un choix de produits très divers, allant du charbon en passant par les fruits et légumes, les glaces et sorbets, ou encore le lait frais, le pain ou des petites sucreries de différentes types (gâteaux, petits fours...) et, la plupart du temps, ces marchandises étaient cultivées ou fabriquées par le vendeur ambulant lui-même. » [2]. Au-delà de cette tradition, le commerce ambulant est aujourd’hui, dans certains cas, la principale source de revenus pour de nombreuses familles. C’est une illustration supplémentaire d’une société brésilienne à deux vitesses.

Il semblerait pourtant que la tendance actuelle soit de rompre avec les traditions. « Le projet intitulé Zona Sul Legal (Super Zone Sud !) ainsi qu’un autre en cours de réalisation sont significatifs pour illustrer “la place” qu’occupent les camelots dans la stratégie municipale. Mis en oeuvre pour trouver une solution au problème de la violence dans la Zone Sud (zone résidentielle et valorisée de la ville), et principalement dans le quartier de Copacabana, ce projet accorde aux ambulants le même statut qu’aux mendiants, prostituées et vendeurs de stupéfiants. Par ailleurs, il s’inscrit dans le Plan Stratégique de la Ville 13 qui vise à faire de Rio une ville globale, compétitive et attrayante pour un tourisme local et international. » [3]. Si la municipalité criminalise la vente ambulante, elle ne propose pas par ailleurs un projet pour aider ses administrés ingénieux à trouver une autre activité pour vivre. A en croire le nombre de camelots dans les rues de Rio, ce projet aussi injustifié soit-il est encore peu appliqué. Jusqu’à quand ?


Notes

[1] Habitants des bidonvilles brésiliens

[2] Extrait de l’étude de Maria De Fatima Cabral Gomes et Caterine Réginensi, daté du 5 mars 2007 et intitulé « Vendeurs ambulants à Rio de Janeiro : expériences citadines et défis des pratiques urbaines »
Plus d’informations sur http://oai.revues.org/viewrecord.php?id=30193.

[3] Extrait de l’étude de Maria De Fatima Cabral Gomes et Caterine Réginensi, daté du 5 mars 2007 et intitulé « Vendeurs ambulants à Rio de Janeiro : expériences citadines et défis des pratiques urbaines » Plus d’informations sur http://oai.revues.org/viewrecord.php?id=30193.

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