Vale, le minerai de la honte Par Florence Poznanski

, par Florence Poznanski

VALE, le minerai de la honte

Par Florence Poznanski, Belo Horizonte

« Nous transformons des forêts tropicales en mines et en barrages. Peu nous en importe ». Image du site Public Eye Awards parodiant le slogan de VALE « nous transformons la mine en prospérité ».

Le 27 janvier dernier, la multinationale brésilienne VALE a remporté le titre de l’entreprise la plus irresponsable de l’année par les Public Eye Award. Ce « prix de la honte » est organisé chaque année depuis 2000 en marge du Forum Economique Mondial de Davos, par Greenpeace et l’ONG suisse la Déclaration de Berne. Il vise à sensibiliser l’opinion internationale sur les atteintes à la justice sociale que de plus en plus d’entreprises pratiquent impunément. Le prix Nobel Joseph Stiglitz, invité d’honneur, y a violemment condamné l’immobilisme des acteurs de la dégradation environnementale.

VALE, nominée pour le prix du public aux côtés de 5 autres entreprises, a remporté 25 041 voix d’internautes soit près de 30% des votes, dépassant la japonaise TEPCO, pourtant controversée depuis la récente catastrophe nucléaire de Fukushima. Il s’agit de la première entreprise brésilienne à être épinglée par les Public Eye Award.

Premier producteur de minerai de fer et second groupe minier mondial, l’entreprise nationalisée en 1952 puis privatisée en 1997 sous la présidence libérale de Fernando Henrique Cardoso, affiche aujourd’hui un bénéfice net annuel de 18,9 milliards de dollars et un chiffre d’affaires de 52,5 milliards $.

Les raisons de cette nomination sont multiples et anciennes. Mais la récente entrée de VALE dans le consortium Nord Energia SA autour de la construction du barrage de Belo Monte en Amazonie, semble avoir été déterminante. Ce projet hautement controversé d’environ 17 milliards de dollars est dénoncé pour son caractère autoritaire et antisociale. Avec une capacité de production de 11 233 mégawatts (MW) ce barrage de 6 km de long et d’environ 500 km² autour du fleuve du Xingu (Etat du Pará) sera le troisième plus puissant au monde.

Un enjeu économique colossal qui nécessite de transférer 40 000 ménages et de détourner 80% des fleuves environnants. Les associations et ONG investies (Amazon Watch, International Rivers et le mouvement Xingu vivo para sempre) dénoncent l’absence de concertation et la brutalité du traitement des populations indigènes qui ne reçoivent aucun dédommagement. En plus de la violation des lois environnementales et sociales, le barrage dont le chantier est déjà lancé, aura des conséquences écologiques désastreuses pour cette région encore préservée. A quoi s’ajouteront pollution, déforestation et précarisation sociale aux alentours, avec l’accessibilité facilitée du lieu.

Le barrage a pourtant obtenu en juin 2011 l’avis favorable de l’institut brésilien de l’environnement (IBAMA), malgré les intimidations répétées de ces organisations appelant à ne pas accepter le projet en l’état. La Présidente Dilma Roussef a considéré le projet conforme aux normes environnementales affirmant que les mesures palliatives étaient satisfaisantes. Vraisemblablement, VALE qui exploite plusieurs mines de minerai de fer dans la région, participe à la construction du barrage pour s’assurer d’une énergie bon marché.

De plus, pour faciliter l’exploitation de ses mines dans les Etats du Pará et du Maranhão, VALE se concentre depuis 2010 sur la duplication de la ligne de chemin de fer Carajás sur plus de 600 km qui lui permet d’acheminer le minerai extrait jusqu’au littoral. Estimé à 7,8 milliards de dollars, il s’agit du plus gros investissement de l’entreprise grâce auquel elle doublera sa production de minerai passant des actuelles 109,8 millions de tonnes (en 2011) à une prévision de 230 en 2015. Outre la duplication, sont également prévus la construction de 46 nouveaux ponts, 5 viaducs ferroviaires, 18 viaducs routiers ainsi que le réaménagement du terminal maritime de Ponta da Madeira (voir carte1).

Actuellement la ligne de chemin de fer qui traverse de nombreuses zones habitées, est pratiquement dépourvue de passerelle ou de murs de protection. Devant traverser quotidiennement la voie, une personne meurt déjà en moyenne chaque mois fauchée par le train. Les habitants résidant à proximité se plaignent des vibrations qui endommagent leurs habitations et du bruit à l’origine de nombreux troubles d’auditions recensés par les services de santé. Encore une fois, malgré les gains astronomiques que VALE réalise en s’affranchissant des infrastructures de protection, les dédommagements sont minces. L’entreprise affirme pourtant mobiliser au maximum la main d’œuvre locale, mais les écarts de qualification sont bien trop importants. La région est l’une des plus pauvres du pays avec 25,7% d’habitants gagnant moins de 70 reais par mois. La majorité des emplois sont spécialisés et VALE les pourvoit par le biais d’entreprises sous-traitantes souvent étrangères. Ces employés vivent en général près des chantiers, dans des résidences fermées et confortables. En parallèle, les cas d’exploration sexuelle dans les villages alentours s’accroissent ainsi que le taux de de migration et de violence ; à l’opposé du développement économique promis.

« Les gains sont privés, mais les préjudices sont publics » résume l’avocat Guilherme Zagallo, interrogé par la revue brésilienne Caros Amigos, qui dénonce les abus de VALE dans la région aux côtés de l’organisation Justiça nos trilhos. Il dénonce la stratégie illégale que l’entreprise adopte pour contourner les lois en vigueur. En contestant l’identité ethnique de certaines tribus indigènes, elle évite les problèmes de légitimité territoriale sur les zones qu’elle cherche à maîtriser. Elle s’assure également les avis favorables de l’IBAMA en fractionnant les dossiers déposés. Ce projet minier colossal est ainsi présenté aux autorités comme un simple groupement d’améliorations ferroviaires isolées. Un accommodement sûrement facilité par les liens étroits qui lient la puissante entreprise aux services de l’Etat auquel elle a appartenu durant près de cinquante ans.

VALE est présente à l’étranger dans 38 pays, notamment au Chili, en Argentine, au Pérou, au Mozambique, en Australie, en Indonésie mais aussi au Canada où elle a racheté en 2006 l’entreprise productrice de nickel Inco pour 19,3 milliards de dollars, entrainant des grèves de près de 14 mois entre 2010 et 2011. Une Rencontre Internationale des Personnes Affectées par VALE s’est tenue en 2010 à Rio de Janeiro réunissant des organisations de 13 pays concernés par les abus de la VALE, faisant lumière pour la première fois sur ces pratiques trop peu visibles.

VALE diffuse en effet au Brésil une image d’entreprise exemplaire. Rêve de nombreux travailleurs, elle médiatise largement ses interventions culturelles et sociales dans le pays qui lui permettent en réalité de réduire ses dépenses fiscales. En réaction à la nomination des Public Eye Awards elle a ainsi annoncé avoir prévu 1,6 milliards de dollars pour financer des actions socio-environnementales en 2012, ce qui ne représente que 3% de son chiffre d’affaire. En 2009, le dividende versé aux actionnaires de la VALE (2,75 milliards de dollars) était déjà supérieur à ses charges salariales, et l’entreprise prévoit de l’augmenter de 50% cette année. Elle est aujourd’hui poursuivie pour une centaine de conflits et fait l’objet de plus de 150 enquêtes, mais les jugements restent rares et les amendes dérisoires.

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