Discours d’investiture de Silvio Almeida, nouveau ministre brésilien des droits humains

 | Par Silvio Almeida

La nomination de Silvio Almeida, dont l’implication en faveur de la reconnaissance des droits des populations noires a toujours été importante au sein de la société brésilienne, est très significative. Il présente dans son discours les grandes lignes de la politique et des actions qu’il souhaite mettre en place, en rupture totale avec ses prédécesseurs durant le gouvernement de Jair Bolsonaro. Une déclaration à lire absolument pour mieux comprendre les enjeux sociaux de l’élection du Président Lula.

Traduction de Martina Maigret pour Autres Brésils
Relecture : Patrick Louis

Mesdames et Messieurs

Bonjour à vous tous. C’est une immense joie d’être ici. Je pense que tout ce que je pourrais dire ne saurait suffire à décrire ce moment de fête et de joie, mais aussi celui de la responsabilité, au moment-même où je prends la charge de ce portefeuille, puisque le président Lula m’a accordé sa confiance.

Je tiens à remercier tous ceux qui sont là et tous ceux qui n’ont pas pu être parmi nous aujourd’hui. Nous n’avions pas imaginé que tant de personnes pourraient venir ici en ce jour, et cela démontre, y compris à notre gouvernement, que la question des droits de l’Homme ne peut être laissée de côté. C’est une question centrale : elle nous concerne tous, indistinctement.

Je ne peux manquer d’adresser mes salutations aux autorités ici présentes, notamment aux membres du Congrès, à ma collègue Maria do Rosário pour ses magnifiques paroles, à Benedita da Silva également ; à tous les parlementaires, députés et sénateurs, ainsi qu’aux autorités du pouvoir judiciaire. Je me sens très honoré.

Nous sommes très fiers et je veux souligner deux noms : la ministre Maria Thereza de Assis Moura, que j’appelle professeure, car je crois qu’être professeur est le plus beau titre que l’on puisse recevoir. Je suis avocat, j’occupe maintenant un poste de ministre d’État - mais être enseignant est la chose dont je suis le plus heureux. Je tiens également à remercier le système judiciaire brésilien en la personne de mon ami, le ministre Benedito Gonçalves.

Enfin, j’adresse mes remerciements à tous les anciens et anciennes ministres ici présents.

Un vieux dicton yoruba dit : "Exu [1] a tué un oiseau hier avec une pierre qu’il a lancée seulement aujourd’hui". Le présent, le passé et le futur sont des réalités entrelacées et, au carrefour où nous nous trouvons, je dirais qu’elles sont indissociables. Nous ne nous déplaçons pas seulement sur un plan, il faut le savoir, pour ne jamais oublier les grandes dimensions de nos batailles. Notre liaison a lieu à la fois avec le passé, le présent et le futur.

Pour évoquer ce que sera ce ministère, je souhaite donc adresser ici un message qui se répercute dans ces trois dimensions du temps. Mon premier message est en lien avec le passé. Cependant, lorsque je parle du passé, je parle de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons être : ce n’est pas un passé qui nous emprisonne, mais le passé qui sert de catapulte vers le présent et nous permet d’envisager notre avenir.

De ce fait, le premier message est donné en l’honneur aux combats pour la mémoire, la vérité et la justice.

Aujourd’hui, je prends les fonctions de ministre d’État aux Droits de l’Homme et à la Citoyenneté. J’ai conscience que je ne le fais pas seul, encore moins pour moi. Je suis cependant le résultat de siècles de lutte et de résistance d’un peuple qui n’a pas baissé la tête, même face aux pires crimes et horreurs de notre histoire.
Nous ne capitulons pas. Car nous sommes le peuple qui, plus d’un siècle avant le pasteur Martin Luther King, disait, avec Luiz Gama, avoir un rêve : voir "le Brésil américain et les contrées de la Croix du Sud, sans rois ni esclaves !”

Et nous sommes ce peuple qui, entre autres, savons que Luiz Gama n’aurait pas rêvé sans avoir été inspiré par sa mère, Luíza Mahin, qu’elle n’aurait pas non plus rêvé sans avoir été inspirée par ses ancêtres, et qu’ils ont transmis le souffle de la vie aux enfants et petits-enfants. C’est pourquoi, frères et sœurs, ne vous trompez jamais : notre force est, avant tout, la force de nos ancêtres.

Dans cette force, qui m’habite aussi, je porte, comme mes frères et sœurs, les douleurs, les joies et, surtout, la lutte et la force d’un peuple qui, malgré tout, a survécu et survit encore. Un peuple qui a légué un indescriptible patrimoine matériel et immatériel, que ce soit dans les arts, la religiosité, dans le football, la samba, dans les universités ou dans chaque brique posée dans ce pays ; tant pour les constructions modestes de la périphérie que pour les palais les plus somptueux, d’où nous avons souvent été chassés, comme si nous n’avions rien à voir avec les beautés bâties par nos mains.

Ne nous trompons pas. Il y a toujours eu ceux qui voulaient et ceux qui veulent encore nous séparer de notre création, mais dans notre œuvre notre sang palpite, dans nos actes nos visages brillent et dans notre mémoire notre force resplendit. Le jour viendra où nous ne serons plus écartés des fruits de notre travail et de notre ingéniosité et où nous pourrons enfin profiter de nos talents et de notre temps libre pour des créations encore plus géniales. Aujourd’hui, je me présente humblement comme un ouvrier qui participe à l’écriture d’un nouveau chapitre de ce rêve.

Pour cela, je demande la permission et je viens ici accompagné par mon père et ma mère, un homme et une femme noirs, qui, dans leur humilité et leur sagesse, m’ont appris la valeur de l’amour, des combats quotidiens et de la dignité humaine. Je viens aussi avec mes frères, mes oncles, mes neveux, ma compagne, mes ami(e)s et tous ceux qui ont contribué à un projet dont je suis aujourd’hui, à la fois partie et témoin.

Je fais honneur également au combat de Zumbi [référence à Zumbi dos Palmares, grand personnage de la lutte d’émancipation des Noirs], de Dandara [guerrière noire ayant vécu au Brésil durant l’époque coloniale, épouse de Zumbi dos Palmares, avec qui elle a eu trois enfants ; Elle se suicida en se jetant dans le vide après avoir été faite prisonnière le 6 février 1694, afin de ne pas revenir à son ancienne condition d’esclave], des personnalités déjà citées telles que Luiz Gama et Luíza Mahin, d’Abdias, de Guerreiro Ramos, de Lélia Gonzales, de Milton Santos, de Marielle Franco, de Pelé – qui fut également ministre d’État de ce Brésil. Et tant d’autres qui m’ont permis d’être ici présent, un homme noir, ministre d’État, au service d’une lutte qui fut aussi la leur un jour.

Je ne peux dire si leurs luttes seront oubliées mais elles sont là, présentes aujourd’hui. Et je peux et je veux dire que leurs luttes seront honorées par moi et par mon équipe présente dans ce lieu, (et) dont je deviens maintenant le principal responsable.

Cela signifie, entre autres, de ne pas perdre de vue les leçons de l’histoire, des luttes contre l’esclavage, contre la faim, contre la mort, pour un travail et un logement dignes. Cela signifie ne pas oublier la bataille de ceux qui ont été emprisonnés, torturés et tués par l’autoritarisme de l’État brésilien, que ce soit pendant l’Empire, la dénommée Vieille République, criminalisant tous les aspects de notre existence, ou pendant la Dictature militaire, fauchant les meilleures années à de vrais patriotes qui ont osé s’opposer à la lâcheté des puissants.

Mesdames et Messieurs, nous prenons enfin conscience que les histoires qui nous ont été léguées sont encore en train de s’écrire. Non seulement parce que nous avons la responsabilité de les porter vers l’avant, mais aussi parce qu’elles sont encore vivantes et en train d’être tissées dans leurs significations. Nous faisons partie de ce processus et tous, nous sommes liés par une myriade de fils visibles et invisibles, par des liens à la fois magnifiques et douloureux, auxquels nous ne sommes pas toujours prêts à regarder avec sincérité.

En tant que ministre d’État, j’ose dire que le Brésil n’a pas encore vraiment affronté les horreurs de l’esclavage dans toute leur ampleur, comme d’ailleurs d’autres traumatismes qui nous guettent. Cela permet à l’œuvre de l’esclavage de se perpétuer dans le racisme, la faim, le sous-emploi et la violence contre les hommes et les femmes noirs et pauvres de ce pays. Comme beaucoup, je souhaite aller de l’avant. Je veux y aller. Mais jamais nous n’accepterons le prix du silence et de l’injustice. La vraie paix sera celle que nous construirons avec la vérité, avec la culture de la mémoire et la mise en œuvre de la justice.

Je veux maintenant parler de mon deuxième message, adressé à l’époque actuelle.
J’accueille aujourd’hui un ministère dévasté. Les Conseils de participation ont été restreints ou clôturés, de nombreuses voix de la société ont été réduites au silence, des politiques ont été abandonnées et le budget consacré aux droits de l’Homme a été drastiquement réduit. Ultime cruauté, l’administration sortante a tenté sans succès de supprimer la Commission des Morts et Disparus. Elle ne l’a pas réussi. En ce sens, je veux que tous sachent - et je compterai pour cela sur l’engagement de Nilmário Miranda, qui me fait l’honneur de devenir mon conseiller spécial - que tout acte illégal, appuyé sur la haine et le préjugé, sera revu par mes soins et par le Président Lula - toujours engagé pour la Démocratie.

Nous ne permettrons pas qu’un ministère créé pour promouvoir les politiques des droits de l’Homme continue à être utilisé pour reproduire des mensonges et des préjugés. Nous en sommes arrivés au point de voir le Médiateur national des droits de l’Homme être utilisé pour propager des discours contre les politiques de vaccination. Rien de moins. Cette ère se termine maintenant. Finie !

Cela marque également la fin de l’ère d’un président qui s’est fièrement distingué pour "défendre la torture", a utilisé sa position, soutenue par sa ministre des droits de l’Homme, pour s’attaquer au Mécanisme national de Prévention et de Lutte contre la Torture. Comme nous le savons, les membres de cet organe ont été licenciés et leurs salaires supprimés, une situation qui n’a été que partiellement inversée par une décision de justice. C’est terminé. Dès aujourd’hui, nous assurerons le plein fonctionnement de ce Mécanisme national de Prévention et de Lutte contre la Torture.

Néanmoins je suis parfaitement conscient, compte tenu du scénario désolant dans lequel je reçois le ministère, que je ne dispose d’aucune commodité ou tour de magie à offrir. Alors, je me permets l’effort sans précédent de toute mon équipe et je tends la main à toutes celles et ceux qui sont prêts à participer à ce processus de reconstruction. Nous serons le ministère du dialogue, de la coopération et de l’union des efforts. Tout intérêt légitime porté au ministère fera l’objet d’un dialogue. Comme le poète Carlos Drummond de Andrade avait l’habitude de dire, "ne nous éloignons pas... allons-y main dans la main".

Je prends ici un premier engagement. L’engagement de ce ministère dans la lutte de tous les groupes victimes d’injustice et d’oppression, ayant malgré tout, résisté et qui résistent à toutes les tentatives de faire taire leurs voix. Par conséquent, permettez-moi, comme premier acte en tant que ministre, d’exprimer l’évidence, l’évidence pourtant niée au cours des quatre dernières années :

Travailleurs et travailleuses du Brésil, vous existez et vous êtes notre valeur précieuse.

Femmes du Brésil, vous existez et vous êtes précieuses pour nous.

Hommes et femmes noirs du Brésil, vous existez et vous êtes précieux pour nous.
Indigènes de ce pays, vous existez et vous êtes précieux pour nous.

Lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels, travestis, intersexes et non-binaires, vous existez et vous êtes précieux pour nous.

Personnes vivant dans la rue, vous existez et avez de la valeur pour nous.

Les personnes handicapées, les personnes âgées, les amnistiés et les enfants d’amnistiés, les victimes de violence, les victimes de la faim et les sans-abri, les personnes qui n’ont pas d’accès à la santé, les collègues travailleurs domestiques, tous ceux qui souffrent d’un manque de transport, tous ceux dont les droits sont violés, vous existez et vous êtes précieux pour nous.

Avec cet engagement, je veux être ministre d’un pays qui donne la priorité à la vie et à la dignité humaine.

En tant qu’universitaire, je dis toujours que le Brésil est confronté à trois problèmes structurels : la violence autoritaire, le racisme et la dépendance économique. En tant que ministre, mon plus grand engagement ne pourrait donc être autre que de lutter pour que l’État brésilien cesse de violenter ses citoyens. Comme l’a dit le président Lula lors de son investiture, il reviendra à ce Ministère des droits de l’Homme de "veiller et d’agir pour que chaque citoyen voit ses droits respectés dans l’accès aux services publics et privés, dans la protection contre les préjugés ou contre l’autorité publique. La citoyenneté est l’autre nom de la démocratie". C’est pourquoi il s’agit du ministère des Droits de l’Homme et de la Citoyenneté. Comme l’a dit la représentante Maria do Rosário : les droits de l’Homme ne sont pas un agenda moral, mais un agenda politique, un agenda institutionnel. C’est le seul moyen de se conformer à la Constitution de 1988 et d’offrir la citoyenneté.

Au Président Lula je dis, "Bonjour, Président Lula !" Merci de m’avoir fait confiance et toute mon admiration pour tout ce que vous avez traversé, tout ce que vous avez construit et tout ce que vous aurez encore à construire pour ce pays. Dans un esprit de gratitude et de conviction, je salue également le vice-président, Geraldo Alckmin, mes collègues et mes confrères ministres, pour tout ce que nous ferons ensemble pour le peuple et, surtout, avec le peuple brésilien.

Comme je l’ai déjà dit, notre plus grand engagement sera de lutter contre la violence, en particulier la violence d’État. Cela signifie, entre autres, lutter contre le meurtre de jeunes pauvres et noirs, lutter contre un droit administratif qui vole les vendeurs ambulants, expulse les enfants de l’école, ferme les dispensaires, prend les biens des personnes vivant dans la rue, et permet l’agression de tous ceux qui sont exclus et marginalisés de notre société.

Pour que cette lutte réussisse, les institutions doivent être reconstruites et l’ensemble de l’administration publique doit s’engager en faveur de politiques des droits de l’Homme, qui, même dans leurs meilleures périodes, sont restées isolées au sein des structures de l’État.

Le droit constitutionnel développé sous l’égide de la Constitution de 1988 a réussi à faire progresser diverses branches du droit. Le droit administratif toutefois, est resté relativement inchangé, légitimant la violence contre les misérables et permettant le démantèlement sans entrave des politiques publiques. Il nous appartient maintenant de le transformer.

Dans le même esprit, nous ne pouvons pas considérer les droits de l’Homme comme de simples ancrages pour agir ou comme des instruments permettant de remédier aux tragédies. Nous devons imprégner l’administration publique de la défense des droits de toutes et tous, et promouvoir les droits de l’Homme en tant qu’instruments pour la création d’un nouveau Brésil.

Notre réforme administrative ne sera pas celle de la démolition, de la privatisation ou du démantèlement des services publics. Le président Lula l’a dit. Il s’agira d’un système qui fera des droits et de la fourniture de services publics de qualité un véritable moteur pour le peuple brésilien. Voilà pourquoi je veux dire à mon amie, la ministre Esther Dweck, de pouvoir compter sur moi et sur ce ministère pour le projet qui lui a été confié. Nous voulons que les droits de l’Homme soient respectés par l’ensemble de l’administration publique de ce pays et que cette même administration travaille pour ceux qui en ont le plus besoin.

Un projet comme celui-ci ne peut jamais se passer de fonctionnaires. Travailleurs et travailleuses de l’État, ouvriers et ouvrières des services publics, en particulier ceux et celles de ce ministère : à vous ma gratitude et toute ma reconnaissance. Nous nous emploierons à la valorisation de tous les serviteurs de l’État, à lutter contre tous les types de harcèlement et à faire en sorte que vous soyez reconnus.

Même si ce ministère ne dispose pas aujourd’hui de la structure nécessaire pour mettre directement en œuvre des politiques à cet égard, je m’efforcerai à prendre contact avec le ministre Flávio Dino, la ministre Anielle Franco, Cida Gonçalves et auprès d’autres collègues ministres pour que je puisse me joindre à un effort qui doit être celui de l’ensemble du gouvernement fédéral et, en même temps, de toute la société brésilienne.

Dans le même ordre d’idées, je souhaite affirmer mon engagement en faveur de la reconstruction des programmes de défense de la Vie, pilotés par le ministère des droits de l’Homme, notamment le programme de protection des défenseurs et des défenseures des droits de l’Homme.

Outre l’enjeu du programme lui-même, qu’il le soit en mémoire de Dorothy Stang, Dezinho, Maria do Espírito Santo et José Claudio, Nicinha, Dom Phillips et Bruno Pereira, Antônio Tavares, Almir Muniz et tant d’autres. Nous vous présentons également un Plan national de protection des défenseures et défenseurs des droits de l’Homme, avec la participation de la société civile, tout en respectant les stipulations prévues dans des conventions internationales relatives aux Droits de l’Homme, surtout la Déclaration des Nations Unies sur le droit et la responsabilité de protection et dans les recommandations de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme.

À l’heure où l’on entend tant parler de catastrophes climatiques, Madame la Ministre Marina Silva, je voudrais souligner que, dans le cadre du nouveau Programme des défenseurs des droits de l’Homme, une attention particulière sera accordée à la situation des défenseurs de l’environnement, qui, selon nos chiffres, sont ceux qui perdent le plus la vie aux mains de criminels qui veulent arrêter le cours de l’histoire, mais qui n’y parviendront pas.

Toutefois, nos premiers jours au ministère seront, avant la reformulation des programmes mentionnés, consacrés à la reconstruction de tout ce qui a été démantelé par ce véritable projet de destruction nationale qu’auparavant nous appelions gouvernement.

Nous allons garantir le fonctionnement des organes collégiaux du ministère, en révoquant et/ou en émettant de nouveaux actes normatifs et en les reconnaissant comme des espaces légitimes de gestion participative.

Nous allons également créer les conditions pour assurer le plein fonctionnement du Mécanisme national de Prévention et de Lutte contre la Torture ainsi que du Comité national de Prévention et de Lutte contre la Torture, en révoquant tous les actes ayant tenté d’empêcher le plein fonctionnement de ces institutions.

Nous souhaitons honorer le nouveau Secrétariat National des Politiques pour la population LGBTQ+, recréer aussi et renforcer le Conseil des Politiques LGBTA+, pour lui permettre de fonctionner de manière plus adéquate et efficace, et d’assurer un dialogue institutionnel pour ceux qui ont le plus besoin de l’État brésilien.

Enfin, en ce qui concerne la fin de l’ère du démantèlement, nous voulons dire au monde : le Brésil est de retour. Nous allons reprendre et renforcer la place de notre pays dans l’agenda international des droits de l’Homme et réactiver efficacement les coopérations internationales dans les domaines relevant de ce ministère.

Nous voulons également faire progresser les politiques destinées aux personnes présentant des handicaps, en reprenant et mettant en œuvre un plan national pour la promotion de leurs droits et en luttant contre toutes les formes de "capacitisme". Nous chercherons également à faire progresser la promotion des droits des personnes âgées, cher Monsieur le Secrétaire Alexandre, en instaurant et en reconnaissant le travail et les pratiques de soins comme un élément fondamental et précieux de l’infrastructure nationale.

A l’heure où l’extrémisme, le racisme et la production malveillante de fausses nouvelles se répandent face à l’absence de politiques publiques, il sera également fondamental de reprendre un plan d’éducation aux droits de l’Homme et de promotion d’une culture du respect, de l’égalité, de la démocratie et de la paix.

Il y aura de nombreuses difficultés, j’en suis sûr. Et bien des problèmes subsisteront à la fin de notre mandat. Toutes sortes de défis nous attendent. Mais je peux vous assurer d’une chose : je n’oublierai pas les oubliés. Je me souviendrai aussi de mon cher Emicida : "ils se souviennent de moi. Ils sentent les larmes dans ma voix, ils entendent la musique de mon âme".

Mon dernier message : honorer les luttes qui m’ont amené ici, signifie toutefois qu’il ne faut pas seulement reconstruire ce qui a été détruit, ni seulement améliorer ce qui aurait été bien fait autrefois. Cela signifie également qu’il faut pointer vers l’avenir, vers un projet qui est encore à venir.

En ce sens, il convient de se rappeler que la population noire, pauvre et à la périphérie de ce pays a lutté activement pour la redémocratisation et pour la Constitution. Nous avons en partie bénéficié de la création du SUS [2], de l’expansion du réseau éducatif et avons été reconnus à travers la criminalisation du racisme.

Au cours des gouvernements démocratiques et populaires, nous avons conquis, entre autres, les programmes de transfert de revenus, la loi sur l’enseignement de l’histoire afro-brésilienne et indigène et les quotas dans les universités et les services publics. Il ne faut jamais sous-estimer ces conquêtes et tous les changements générés dans la vie des filles et des garçons noirs et pauvres au Brésil.

Comme disent les paroles de l’un de nos meilleurs talents, mon ami Mano Brown, "Je viens de la jungle, je suis un lion, je suis de trop dans ton arrière-cour". L’accès à l’éducation et la discrimination positive ont été fondamentaux pour dénaturer "la place" des hommes et des femmes noirs dans ce pays. Notre place n’est pas dans l’arrière-cour de qui que ce soit, nous voulons et allons occuper tous les espaces de la société brésilienne.

D’autre part, c’est grâce aux rimes de notre rap national que j’ai compris que certains des grands changements vécus par la société brésilienne depuis la re-démocratisation ne se sont pas étendus à la population pauvre, noire et périphérique, aux exclus de ce pays. Dans ce pays, de nombreux travailleurs et travailleuses sont toujours condamnés au chômage et au sous-emploi, au manque de logement, à l’absence de mobilité et au manque de services d’assainissement de base.

Je me permets de proposer des voies : la première d’entre elles, comme déjà signalé, est de désolidariser le concept de droits de l’Homme d’un seul ministère. Nos efforts ne serviront pas à grand-chose si les droits de l’Homme ne sont pas présents dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’aide sociale et de tant d’autres ministères. Sans cette démarche, nous ne pourrons pas construire un réseau de protection intégrale aux enfants et adolescents de ce pays, aux personnes vivant dans la rue et aux autres publics sous la responsabilité de ce ministère. Nous mènerons un vaste dialogue national, impliquant tous les portefeuilles du gouvernement fédéral et une large consultation nationale.

Il est encore plus important que les droits de l’Homme soient présents dans le pilotage de la politique économique de ce pays. Je voudrais ici tendre la main à mes collègues ministres Fernando Haddad, Simone Tebet et au vice-président Geraldo Alckmin, pour que nous réfléchissions ensemble à un projet de développement qui soit inclusif, soutenable et radicalement démocratique.

Enfin, le Sud global doit proposer un nouveau concept du droit au Développement, qui dialogue avec nos réalités, avec les besoins de nos populations, et qui pointe vers les possibilités concrètes de suppression de la privation matérielle et de construction d’une prospérité commune. Si la grammaire des droits de l’Homme ne dit rien à ceux qui ont faim, qui sont au chômage, à ceux qui survivent avec un travail précaire, nos efforts ne serviront à rien et nous ouvrirons à nouveau, comme cela s’est produit, les portes du fascisme qui nous guette.

Par conséquent, nous voulons faire tomber les barrières de la communication sur les droits de l’Homme ; nous n’avons pas encore réussi à les surmonter. Nous devons construire un langage des droits de l’Homme qui ne s’adresse pas seulement aux organismes internationaux, aux mouvements organisés et aux bénéficiaires directs de nos politiques publiques.

Je souhaite être le ministre des droits de l’Homme d’un pays pour lequel ce concept résonne dans le cœur des hommes et des femmes ordinaires, des travailleurs et travailleuses informels et précaires, un pays dans lequel nous pouvons porter notre message vers l’avant.

Dans ce sens, je veux témoigner de mon engagement et de ma préoccupation pour les enfants et adolescents orphelins dû à la Covid-19. Un ministère des droits de l’Homme ne sera d’aucune utilité s’il ne se consacre pas à ces enfants. Prenons au sérieux la vie du peuple brésilien et, surtout en donnant la priorité absolue à la vie de nos enfants.

Nous allons également instaurer un statut pour les victimes de la violence dans ce pays. Il s’agit d’un engagement qui a toujours été inscrit dans la ligne du mouvement des droits de l’Homme, que ce soit dans la lutte contre la dictature ou dans la lutte pour les droits des femmes, des enfants, des indigènes et des autres victimes de la violence dans ce pays. Nous avancerons dans cette construction.
En guise de dernier engagement pour l’avenir, je tiens à souligner la nécessité de placer les droits de l’Homme au centre de la discussion sur la sécurité publique de ce pays. Plusieurs systèmes de politiques publiques ont fait l’objet de profondes réformes, construites et reconstruites depuis le processus constitutionnel. Dans le domaine de la sécurité publique, sans renier les expériences réussies, ces réformes demeurent inachevées. Pour l’existence des enfants de ce pays, avec tout ce qui est à notre portée, nous amènerons aussi notre contribution pour ce domaine.

Je voudrais terminer en adressant un message spécial à mes secrétaires et conseillers, qui m’ont fait l’honneur d’accepter cette mission. J’adresse mes remerciements à tous les assistants et assistantes, assesseurs et assesseures de ce ministère : au Secrétariat exécutif, Mme Rita Cristina de Oliveira, au Secrétariat national pour les droits des enfants et des adolescents, Mr Ariel de Castro Alves, au Secrétariat national pour la promotion et la défense des droits de l’Homme, Mme Isadora Brandão Araújo da Silva, au Secrétariat national pour la promotion et la défense des droits des personnes LGBTQIA+, Mme Symmy Larrat, au Secrétariat national pour les droits des personnes en situation de handicap, Mme Anna Paula Feminella, au Secrétariat national pour les droits des personnes âgées, M. Alexandre Silva ; au Directeur de Cabinet, Marina Basso Lacerda, au Conseil spécial pour la défense de la démocratie, mémoire et vérité, M. Nilmário Miranda, aux Affaires législatives, Mr Carlos David Carneiro Bichara, et au Médiateur national des droits de l’Homme, M. Bruno Renato Teixeira.

Tout comme Luther King, déjà évoqué, il n’y a pas de paix sans mémoire et de justice sans paix, et la justice est une lutte. Il a dit : "J’ai un rêve ; moi aussi j’ai un rêve. Et je veux en rêver avec tout le peuple brésilien. Je rêve d’un avenir dans lequel nous avons déjà gagné. Nous sommes la victoire de nos ancêtres. Nous sommes la victoire, aussi, de ceux qui viendront après nous.
Merci beaucoup. Vive le Brésil !

Voir en ligne : Silvio almeida assume ministerio dos direitos humanos

Couverture : Le Président Lula et ses 37 ministres lors de la cérémonie d’nvestiture en Janvier 2023
Crédit : midianinja.org

[1un messager des dieux du candomblé, à la fois subtil et malin

[2Système Unique de Santé, qui assure l’accès gratuit aux soins de l’ensemble de la population

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