Une Indienne de 70 ans assassinée dans le Mato Grosso do Sul

 | Par Verena Glass

Un groupe armé tue une femme de 70 ans pendant l’expulsion d’Indiens Guaranis Kaiowas d’une grande propriété terrienne dans l’Etat de Mato Grosso do Sul. Cette propriété, qui occupe un territoire et un cimetière traditionnels indigènes, est revendiquée par les familles du village Taquapery. Reportage suivi d’un communiqué d’Amnesty International.

L’occupation d’une grande propriété terrienne de 2 400 hectares dans la région de Amambaí, à l’extrême sud du Mato Grosso do Sul, par près de 200 Guaranis Kaiowá vendredi dernier (05/01/07), s’est achevée par le meurtre d’une dame de 70 ans, ce mardi (09/01/07), par un groupe d’hommes de main armés suspectés d’être commandés par des employés de la propriété, selon la presse locale.

Les Indigènes, qui vivent dans le village Taquapery de Coronel Sapucaia, revendiquent le secteur, qui abrite un ancien cimetière de l’ethnie, territoire traditionnel et sacré - ce qui aurait été prouvé par des études anthropologiques préliminaires de la Funai (Fédération Nationale de l’Indien). Selon le commissaire de la Police de Amambaí, Marcelo Batistela Damasceno, il n’y a pas d’informations sur une quelconque demande de restitution de proprieté de la part du propriétaire, mais lundi, en fin d’après-midi, la police militaire a reçu deux dénonciations de vols pour une charrette et un tracteur. En fin d’après-midi, quatre Indigènes ont été emprisonnés en flagrant délit pour le vol de la charrette, et une enquête a été ouverte à l’encontre de huit autres.

Mardi matin, cependant, des hommes armés - selon les Indigènes, des tueurs et des employés de la ferme - a encerclé le groupe et, de manière extrêmement violente, a obligé les Indigènes a monter dans un bus et un camion. Dans la bagarre, une dame âgée a été assassinée et une jeune blessée à la jambe.

Dans un communiqué diffusé en fin d’après-midi de mardi par le Conseil Indigéniste Missionnaire (Cimi), les Guaranis Kaiowá racontent que « l’Indienne Kuretê Lopes, d’environ 70 ans, a été tuée par une balle dans la poitrine, pendant le transfert violent des familles vers un camion et un bus. Cet événement a eu lieu le même matin, quand l’Indien Valdecir Ximenez a aussi été blessé par balle. On soupçonne que les balles aient été tirées par des tueurs à la solde des propriétaires terriens. Non contents de la violence brutale, ils ont abandonné les autres Indigènes à la périphérie de la ville de Coronel Sapucaia. Hier, quatre Indiens ont été fait prisonniers alors qu’ils tentaient d’aller au village de Tacuapery demander de l’aide à leurs parents, car ils étaient attaqués, et un enfant qui s’est évanoui a été emmené par les propriétaires terriens ».

Selon le site Campo Grande News, la Police pensent que les balles ont été tirées par l’un des contremaîtres de la propriété. La Police Fédérale, en charge de l’enquête, fait déjà des recherches dans une entreprise de sécurité embauchée par le propriétaire, d’après des dépositions indiquant que les faits étaient dus à des « hommes de main et du personnel de sécurité, beaucoup de personnes fortement armées ». Trois employés seront interrogés dans quelques jours dans le cadre de l’enquête menée sur les morts et les lésions corporelles.

Selon le Cimi, la mort de Kure Lopes augmente la liste des Guaranis tués ces dernières années par des entreprises de sécurité privées ou par des hommes de main embauchés par des grands propriétaires terriens. Parmi eux, il y la mort de Dorvalino Rocha, assassiné le 24 de décembre 2005 par un homme à la solde d’une entreprise de sécurité, à Ñanderu Marangatu, et de Dorival Benitez, également assassiné par des tueurs pendant un conflit pour une récupération de terres, en juin 2006.


Par Verena Glass

Source : Carta Maior - 10/01/2007

Traduit par Monica Sessin pour Autres Brésils


Communiqué

Nouvelle victime dans la lutte des Guarani-Kaiowá pour la terre

Kuretí Lopes, femme Guarani-Kaiowá de soixante-neuf ans, est la dernière victime en date de la violence liée à la lutte pour les terres dans l’État du Mato Grosso do Sul, au Brésil. Kuretí Lopes est décédée après avoir reçu dans la poitrine une balle tirée par un garde de sécurité au cours d’une opération d’éviction de terres agricoles que les Guarani-Kaiowá clament comme leurs terres ancestrales.

La mort de Kuretí Lopes s’inscrit dans un contexte de violence et d’intimidation à l’égard des populations indigènes qui luttent pour que soit reconnu leur droit constitutionnel à la terre de leurs ancêtres dans le Mato Grosso do Sul, un État devenu l’épicentre des atteintes aux droits humains des populations indigènes.

Le vendredi 5 janvier, une cinquantaine de personnes membres de la population indigène des Guarani-Kaiowá ont occupé des terres qu’ils clament comme leurs terres ancestrales dans la ferme de Madama, dans la région de Kurusu Mba, dans le Mato Grosso do Sul. Selon les informations dont nous disposons, une quarantaine d’hommes armés, employés par une société privée de surveillance, seraient intervenus à l’aube du 9 janvier. Ils seraient arrivés à bord de plusieurs camions dans le but de faire évacuer la propriété. Au cours de l’opération, Kuretí Lopes a été mortellement blessée par un tir et un garçon de vingt-deux ans, Valdecir Ximenez, a reçu trois balles dans la jambe. Tous les Guarani-Kaiowá, y compris la personne décédée et le blessé, ont ensuite été embarqués de force à bord des camions et d’un bus et conduits hors de la ferme. On les a déposés au bord de l’autoroute, près du village indigène de Taquapery où ils habitent. Les Guarani-Kaiowá se battent à présent pour obtenir le droit d’enterrer le corps de Kuretí Lopes à l’endroit où elle a été assassinée, comme le veut la coutume chez les Guarani.

On craint que les hommes qui ont tué Kuretí Lopes ne soient employés par la même société privée de surveillance que celle pour laquelle travaillaient les hommes qui ont abattu un autre membre de la communauté Guarani-Kaiowá, Dorvelino Rocha, trente-neuf ans, lors d’une opération d’expulsion avec violence en décembre 2005.

Amnesty International appelle les autorités fédérales à mener une enquête approfondie sur la mort de Kuretí Lopes. Il est également urgent que soit instauré un contrôle plus sévère des sociétés privées de surveillance impliquées de longue date dans des actes de violence et d’intimidation à l’égard des populations indigènes dans tout le Brésil.

Les autorités brésiliennes doivent mettre en place une politique claire et des stratégies spécifiques pour résoudre les problèmes persistants de non-respect des droits fondamentaux des populations indigènes au Brésil. Si le gouvernement fédéral n’intervient pas pour accélérer le processus de démarcation des terres, assurer la protection des populations indigènes de l’Etat et résoudre les conflits fonciers de manière pacifique, le Mato Grosso do Sul continuera à être synonyme de violence pour les populations indigènes.

Complément d’information

Bien qu’étant l’une des populations indigènes les plus nombreuses du Brésil, les Guarani-Kaiowá ont l’un des plus petits pourcentages de terre par personne de tous les groupes indigènes du pays. Les Guarani-Kaiowá vivent en majorité dans l’État du Mato Grosso do Sul où ils sont répartis dans 27 territoires officiellement reconnus - îlots de pauvreté entourés de grandes plantations de soja et de canne à sucre ou quartiers surpeuplés dans les villes, où sévit la malnutrition, où les conditions de vie et la situation sanitaire sont déplorables, où les taux de suicide, de violence et d’alcoolisme sont élevés. Depuis les années 90, les Guarani-Kaiowá essaient d’inverser le processus de dépossession et d’appauvrissement auquel ils ont été soumis pendant des siècles. Plusieurs dirigeants indigènes ont été tués lors de l’occupation pacifique de leurs terres ancestrales. Parmi eux figurait notamment Marcos Veron, battu à mort par des ouvriers agricoles et des hommes de main armés en janvier 2003. En décembre 2005, Dorvelino Rocha, trente-neuf ans, a été tué d’une balle dans la poitrine par un agent de surveillance d’une société privée employé par les propriétaires fonciers locaux, après une opération d’expulsion avec violence.

Amnesty International - 12 Janvier 2007

Index AI : AMR 19/002/2007


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