Un Tea Party tropical ? La montée en puissance d’une « nouvelle droite » au Brésil

, par Laurent Delcourt

Dans un contexte marqué par un brusque ralentissement économique et un nouveau scandale de corruption touchant les partis de la coalition gouvernementale, on assiste à la montée en puissance d’une droite « nouvelle », radicale et militante au Brésil. Apparue dans la foulée des mobilisations de juin 2013, elle forme un attelage hétéroclite d’organisations et de groupuscules de provenance et d’identité diverses, sans lien apparent, si ce n’est une commune aversion pour la gauche en général, le PT en particulier. Partageant plus qu’un air de famille avec le Tea Party aux États-Unis, dont elle reprend discours ultralibéral, sécuritaire et antisolidarité, elle s’est donnée pour mission d’enterrer les acquis du « lulisme », profitant du discrédit généralisé qui s’est abattu sur la classe politique depuis la mise au jour d’une importante affaire de corruption impliquant l’entreprise publique Petrobras. Capable désormais de mobiliser des dizaines de milliers de personnes, en surfant sur les mécontentements, elle constitue un nouveau défi pour la gauche brésilienne, de plus en plus affaiblie, divisée et désorientée.

Photo : Nelson Almeida/AFP

« Nous ne laisserons jamais notre pays devenir une dictature totalitaire, ce qui est l’objectif du PT » (Kim Kataguiri, 20 ans, blogueur et leader du collectif de droite Movimento Brasil Livre, 2014)

« Les dames des Marches de la Famille avec Dieu [1] paraissaient elles aussi sympathiques et civilisées. Mais derrière elles sont venus les chiens de la répression, les assassinats, les tyrans et la nuit surtout qui s’est abattue sur le peuple brésilien » (Fernando Brito, « O vácuo político é estufa da direita », Tijolaço, 21 juin 2013)

Ils éructent contre les homosexuels, les indigènes, les Nordestins, les défenseurs de l’avortement et la politique des quotas réservés aux gens de couleur, et se déchaînent contre les mouvements progressistes. Ils dénoncent la mainmise des « Cubains » sur les institutions fédérales, fulminent contre les impôts, la corruption et les programmes sociaux du gouvernement. Ils exigent le rabaissement de la majorité pénale, la restauration de la peine de mort, la libre circulation des armes à feu, le retrait des garanties juridiques pour les prisonniers de droit commun, considérés comme des privilegios de bandidos (privilèges de bandits). Ils prônent un État minimal et réclament la privatisation des entreprises publiques, militent parfois pour l’indépendance de la région de São Paulo au prétexte de le soustraire au vote « clientéliste » des couches populaires et se mobilisent dans la rue ou sur les réseaux sociaux pour réclamer le départ de Dilma Rousseff, voire sa destitution par l’armée.

Formant une nébuleuse à géométrie variable d’organisations et de groupuscules aux frontières poreuses, ces activistes, souvent jeunes, souvent bien nés, ont aujourd’hui le vent en poupe au Brésil. En témoignent les nombreuses manifestations en faveur de l’impeachment qui déferlent sur le pays depuis début 2015. Inédit par son ampleur, ce mouvement anti-Dilma, qui a culminé avec la grande mobilisation du 13 mars 2015, laquelle a rassemblé près de 2 millions de personnes dans plus d’une centaine de villes, est d’ores et déjà considéré par certains comme la vague de protestation la plus importante depuis le mouvement des Direitas Já en 1983 et 1984.

Reste que, contrairement à cet élan massif qui contribua à renvoyer les militaires dans leurs casernes, il n’est plus question ici pour les protestataires de réclamer plus de droits ni plus d’avancées démocratiques. Leurs cibles ? La corruption de la classe politique, les militants progressistes, les leaders du PT, les taxes et les impôts ou encore les dépenses d’un gouvernement largement qu’comme corrompu, dispendieux, intrusif, voire totalitaire. Dopés par les mobilisations monstres de juin 2013 et trouvant actuellement un réel écho au sein des couches moyennes urbaines, ces activistes sont aujourd’hui les fers de lance d’une « nouvelle droite », ultra-radicale, agissante et militante, dont le surgissement récent dans l’espace public, politique et médiatique constitue, selon le philosophe Paulo Eduardo Arantes, l’un des phénomènes politiques les plus importants de l’histoire contemporaine du Brésil.

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[1Annonciatrices du coup d’État militaire du 31 mars 1964, des « Marches de la Famille avec Dieu pour la liberté » ont été organisées entre le 19 juin et le 8 mars. Mobilisant des milliers de personnes, issues principalement des classes moyennes urbaines des villes du Sud du pays, elles s’opposaient aux réformes progressistes du gouvernement de João Goulart (1961-1964), dénonçant une prétendue mainmise communiste sur le pays.

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