Source : « Trump enquadra CV e PCC para chantagear por minérios da Amazônia », par Elaíze Farias, 8 juin 2026
Traduction : Naiane Rios
Éditions : Patrick Piro
Voir plus bas LE CHOIX D’AUTRES BRÉSIL concernant cet article
La classification du Comando Vermelho (CV) et du Primeiro Comando da Capital (PCC) comme organisations terroristes par le gouvernement états-unien est entrée en vigueur le 5 juin dernier. Ces deux factions basées au Brésil figurent désormais sur une liste unilatérale des États-Unis comprenant le Hamas, le Hezbollah et Al-Qaïda, ainsi que des cartels latino-américains, tels que le Tren de Aragua, au Venezuela, et celui de Sinaloa, au Mexique. Cette mesure, qui reprend les stratégies de sanctions économiques et de pressions politiques adoptées de manière plus radicale au Venezuela, ouvre la voie à une ingérence potentielle dans les intérêts souverains du Brésil.
Pour Aiala Couto, chercheur au Forum brésilien de sécurité publique et professeur à l’Université d’état du Pará (UEPA), ce classement s’apparente à un « chantage géopolitique » de la part de Donald Trump visant à contraindre l’État brésilien à accepter l’exploitation de ressources naturelles stratégiques, en particulier les gisements de terres rares situés au nord et à l’ouest de l’Amazonie. Cette région recèle en effet les plus grandes réserves de ce minerai du pays.
Référence en matière d’études sur le trafic de drogue et les activités des factions en Amazonie, Aiala Couto explique en détail comment ces organisations criminelles servent de prétexte à la promotion des intérêts économiques de Washington, alors que le Brésil est en pleine campagne électorale. Aiala Couto est géographe, titulaire d’un master en planification du développement de l’Université fédérale du Pará (UFPA), d’un doctorat en sciences du développement socio-environnemental et d’un post-doctorat en géographie de l’Université fédérale de Pernambuco (UFPE). Il est également directeur de l’Institut Mãe Crioula (IMC). Avec son équipe de chercheurs de l’Institut Mãe Crioula, en partenariat avec le Forum brésilien de sécurité publique, il a élaboré la publication « Cartographies de la violence en Amazonie », dont la dernière édition date de novembre 2025.
Selon les données de l’étude, CV et le PCC – originaires du Sud-Est – se distinguent parmi les 17 groupes actuellement identifiées en Amazonie brésilienne. Ces deux factions exploitent depuis plus d’une décennie les « vulnérabilités amazoniennes » et sont de plus en plus liées aux crimes environnementaux, en particulier sur les terres autochtones.
Les chercheurs ont constaté que le CV conserve son hégémonie sur les voies fluviales, en particulier le long du fleuve Solimões, en collaboration avec les producteurs péruviens et les cartels colombiens. Le PCC, quant à lui, a intensifié l’usage de voies aériennes clandestines, en utilisant les pistes d’atterrissage situées dans des camps miniers illégaux et des zones de conservation.
En Amazonie, les factions associent activités illicites et violence, intimidation, recrutement, contrôle de territoires et extorsion, dans le but d’en tirer des bénéfices économiques et de pérenniser leurs activités clandestines.
Le chercheur Aiala Couto. ©Felipe Martins/TEDxAmazônia
Amazônia Real : Que pensez-vous de la qualification du CV et du PCC comme organisations terroristes par le gouvernement Trump ?
Aiala Couto : C’est une question géopolitique et historique. Ces dernières années, avant l’arrivée au pouvoir de Bolsonaro, le Brésil a mené une politique de rapprochement avec la Chine et d’éloignement vis-à-vis des États-Unis. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’une rupture totale, mais d’une volonté de se rapprocher davantage du marché chinois, d’accepter des investissements et d’élaborer des stratégies communes de coopération géopolitique internationale. Je pense que le bloc des BRICS [regroupant notamment le Brésil, la Russie, l’Inde, et la Chine] en sont un exemple. Il va donner naissance à une stratégie géopolitique du Brésil, en tant que puissance régionale, visant à unifier les marchés d’Amérique du Sud et à étendre l’influence du Brésil sur les pays d’Amérique latine. La Chine se rapproche de l’Amérique latine et commence à devenir un investisseur potentiel, notamment dans les infrastructures et l’énergie. Aujourd’hui, cette rivalité entre les États-Unis et la Chine place le Brésil au cœur du débat. Avant l’intervention au Venezuela, des milliards d’investissements chinois avaient été annoncés pour tripler la production pétrolière vénézuélienne. Les États-Unis ont envahi le pays avant que ces investissements ne se concrétisent. Au Brésil, nous observons un rapprochement croissant entre le Brésil et la Chine, et la Chine possède la plus grande concentration de terres rares de la planète, suivie par le Brésil. Il s’agit de minerais essentiels aux énergies renouvelables, à la technologie spatiale, au secteur militaire et à l’industrie électronique, qui présentent également un intérêt pour les États-Unis. Le Brésil dispose de gisements de ces minerais, mais ne possède pas la technologie suffisante pour les exploiter.
Pouvez-vous nous expliquer plus en détail cette stratégie ?
Cette annonce s’inscrit dans une stratégie géopolitique visant à affaiblir l’influence géopolitique chinoise. Quelles en sont les répercussions possibles ? Beaucoup de personnes n’ont pas saisi ces répercussions. Il y a toute une question liée aux blocages financiers, aux arrestations, etc. Les banques privées brésiliennes opérant aux États-Unis, si elles sont accusées de blanchir l’argent issu du crime organisé, du trafic de drogue au sein du CV et du PCC, seront accusées de soutenir ces groupes criminels et subiront des sanctions, tout comme le secteur agroalimentaire qui fournit des produits chimiques. Si cette entreprise est mise en cause par les services de renseignement états-unien parce qu’elle fournit des produits servant à la production de drogue du CV et du PCC, elle sera également affectée d’un point de vue économique et juridique. Il me semble que personne n’a remarqué que cela peut servir de prétexte pour adopter une posture protectionniste sur le marché américain, et non pas seulement pour intervenir sur le territoire brésilien ou dans la politique de lutte contre le terrorisme mondial. Je vois des applaudissements sans la compréhension de la véritable portée de cette reconnaissance du Primeiro Comando da Capital et du Comando Vermelho en tant que groupes terroristes internationaux, par Washington.
Qui va se charger d’identifier ces fameuses « irrégularités » ?
Les services de renseignement états-uniens, la CIA. Ce sont eux qui ont affirmé que le président du Venezuela, Nicolás Maduro, était un baron de la drogue.
Lorsque la décision de Trump a été annoncée, la crainte d’une ingérence dans la région amazonienne s’est immédiatement fait sentir, un prétexte pour porter atteinte à la souveraineté du pays. Qu’en pensez-vous ?
La plus grande concentration de terres rares se trouve ici, dans la région amazonienne, au nord et à l’ouest de l’état d’Amazonas. Trump a déjà envahi le Venezuela sans preuve que le président [Nicolas Maduro] était à la tête d’un réseau de trafic de drogue. Donc, envahir le Brésil ne serait pas une première si cela devait arriver. Mais ce sont des questions différentes qu’il faut prendre en compte. Le Brésil est un pays plus pacifique et plus démocratique. Le Brésil compte de nombreux alliés internationaux. Cela ne serait pas perçu favorablement pour les États-Unis. Je dirais donc qu’il s’agit d’une question de rapport de forces, d’intimidation face au contexte politique dans lequel se trouve le Brésil aujourd’hui, en cette année électorale. C’est également un moyen de détourner l’attention de Flávio Bolsonaro - qui est allé solliciter le soutien de Trump - et de l’affaire Banco Master.
Est-il possible que Trump intervienne au Brésil pour exploiter les ressources ?
Je pense qu’au Brésil, ce ne serait pas si simple. Le Brésil compte de nombreux alliés internationaux, comme la Chine et l’Union européenne. Ainsi, contrairement au Venezuela, le Brésil ne représente un risque pour personne, même pas pour les États-Unis eux-mêmes. Je vois plutôt cela comme un écran de fumée. J’appelle cela du chantage géopolitique.
Dans le but d’obtenir quoi ?
Pour servir ses intérêts, à savoir exploiter les ressources, mais de manière démocratique, c’est-à-dire en dialoguant avec le Brésil [en recourant au chantage]. Ce qui n’est pas vraiment démocratique.
En forçant le Brésil à négocier, en offrant quelque chose en échange ?
C’est exactement ça. Vous avez mis le doigt dessus. Ce que veut le gouvernement américain, c’est que le Brésil accepte que les États-Unis disposent de la technologie nécessaire pour exploiter les ressources naturelles de l’Amazonie, notamment les minerais rares.
Pourquoi n’est-il pas possible d’assimiler le PCC et le CV à des organisations terroristes déjà connues, telles que le Hamas ou Al-Qaïda ?
Par définition, les organisations criminelles se caractérisent par une structure hiérarchique, par la recherche du pouvoir financier et par la volonté d’exercer un contrôle stratégique sur un territoire. Les groupes terroristes sont des groupes qui ont une position politique et idéologique. Ils cherchent à créer un État indépendant et à fragmenter le territoire ; à instaurer une autre structure de pouvoir de contrôle à partir d’une dimension symbolique. Ce n’est pas la même chose que ce qui se passe avec les factions criminelles. Le terrorisme est un problème de sécurité nationale. Les factions criminelles relèvent quant à elles de la sécurité publique : ce sont deux choses différentes. Le Brésil doit donc résoudre ce problème de sécurité publique en tant qu’État national, et non pas en laissant les États-Unis s’en mêler en qualifiant ces groupes de « terroristes ».
Comment fonctionnent des factions telles que le PCC et le CV ?
Leur intérêt réside dans la vente de drogue, le blanchiment d’argent et le contrôle territorial spécifique visant à maintenir le marché local de la cocaïne. Les factions criminelles constituent un enjeu secondaire dans ce contexte, car aujourd’hui, les grands stratèges du marché du trafic de drogue se trouvent en dehors de cette zone de conflit. Ils ne vivent pas dans les favelas.
Où se trouvent-ils et qui sont-ils ?
Ils se trouvent dans les immeubles de luxe, dans les lotissements fermés. Ceux qui tirent le plus profit du trafic sont les intermédiaires, qui assurent le lien entre la drogue qui part d’ici, du Brésil, et qui arrive, par exemple, en Belgique. Elle entre au Brésil à 22 000 reais et atteint 400 000 reais en France [1].
Qui sont ces intermédiaires ?
Il y a beaucoup d’hommes d’affaires qui blanchissent de l’argent grâce aux crypto monnaies, au bitcoin, et qui blanchissent de l’argent via l’exploitation du soja. Ils construisent ensuite une piste d’atterrissage à l’intérieur des plantations pour réceptionner la drogue. Tu crois que ce sont des types qui vivent dans la périphérie de Manaus ? Ou qui vivent dans les bidonvilles de Rio de Janeiro ? Ils n’ont vraiment aucun intérêt à être associés au terrorisme. Ils n’en auront jamais. Le trafic représente aujourd’hui 1 % du PIB mondial. Tu crois que c’est un type de banlieue, ou en prison, une personne noire ou autochtone croupit dans la chaleur insupportable d’une prison ? Cet intermédiaire est un autre facilitateur qui a des affaires, qui a une entreprise, au-dessus de tout soupçon. C’est lui qui fait fonctionner ce réseau. Et là, ce conflit d’intérêt actuel détourne l’attention d’une stratégie qui serait bien plus efficace, à savoir : améliorer le système de renseignement au Brésil.
Quelles peuvent être les conséquences dans ce contexte d’année électorale ?
Cela aura une très forte influence sur les élections, car on ne sait pas comment cette question va s’inscrire dans la lutte politique. Le Brésil va automatiquement mettre en place des stratégies de lutte contre le crime organisé qui seront bien davantage dictées par cette pression, que par de la volonté propre. Le sujet trouve un écho auprès de la population. Tous ceux qui ont perdu un proche à cause du crime organisé parlent de terrorisme. C’est un sentiment de justice, selon lequel le Brésil ne résout pas le problème. S’il ne le résout pas, on fait appel à quelqu’un d’autre pour le faire.
Comment les factions et le crime organisé opèrent-ils en Amazonie ?
L’expansion des factions criminelles en Amazonie résulte d’un processus qui trouve son origine dans le système pénitentiaire. C’est en prison que se nouent des alliances entre ces groupes du Sud-Est – le Comando Vermelho, le Primeiro Comando da Capital – et les groupes locaux. Et ces alliances finissent par pousser ces factions à étendre leurs activités aux États de la région amazonienne. Les locaux qui opèrent dans la région sont progressivement absorbés par ces groupes plus importants, avec une prédominance du Comando Vermelho, le plus étendu dans la région amazonienne. Néanmoins, il fait face à une certaine résistance de la part de certains groupes locaux, comme le Terror do Amapá et le Comando Classe A, qui opèrent dans l’état du Pará, à partir de la région d’Altamira. Dans le cas de l’état d’Amazonas, la Família do Norte (FDN) n’a pas résisté. Elle n’existe pratiquement plus, le CV y est devenu hégémonique. De temps à autre, le PCC vient disputer le contrôle des itinéraires du trafic de drogue dans la région. La lutte s’articule donc autour de la nécessité de contrôler ces itinéraires qui empruntent les cours d’eau et les autoroutes, traversent des villes et utilisent également des pistes d’atterrissage clandestines jusqu’aux principaux ports d’exportation, tant pour approvisionner les marchés européens et africains que pour répondre aux besoins du marché local et du marché brésilien.
Les factions bénéficient-elles d’un quelconque soutien ou d’une aide de la part des structures du pouvoir pour mener leurs activités ?
Je pense qu’il serait un peu radical d’aller dans cette direction, car je ne crois pas que cela fonctionne exactement ainsi, même si je pense que le trafic de drogue entretient des relations avec des institutions publiques et privées lorsqu’il s’infiltre dans les structures du pouvoir. Le pouvoir économique généré par le trafic de drogue et sa capacité financière à investir finissent, d’une certaine manière, par corrompre les structures du pouvoir. Cela corrompt donc le système judiciaire, les agents de la sécurité publique, les représentants politiques au niveau de l’État et les acteurs privés. C’est un fait que l’on ne peut nier, compte tenu de la rentabilité que représente le trafic en tant que ressource financière. Mais avec cette présence de plus en plus importante du crime organisé dans la région, de factions criminelles, de ce marché latent de la consommation de cocaïne, nous ne pouvons pas non plus fermer les yeux sur le fait que l’on assiste naturellement, ces dernières années, à un trafic de drogue qui finit par modifier certaines structures, y compris par influence. Par exemple, en s’immisçant dans les campagnes électorales, comme cela s’est produit dans les états d’Amazonas et du Pará, où des candidats se sont vu interdire de faire campagne dans des quartiers et des communes. Et cela finit, bien ou mal, par attirer l’attention, à savoir : dans quelle mesure certains acteurs politiques n’avaient-ils aucun intérêt face à ce type de coercition exercée par le trafic de drogue à l’encontre des candidats. C’est une question qui mérite d’être approfondie. Je ne dispose pas d’éléments suffisants pour m’exprimer à ce sujet, mais nous avons quelques indices.
Comment s’articule le lien entre le trafic de drogue, les organisations criminelles et les crimes environnementaux en Amazonie ?
Jusqu’à récemment, on ne parlait pas de cette dimension environnementale du crime organisé. Mais on constate aujourd’hui un lien entre le trafic de drogue, l’exploitation minière illégale, la contrebande de bois et l’accaparement illégal de terres. On commence alors à toucher à des structures de pouvoir économique bien plus solidement établies. Les personnes qui disposent d’un réseau d’influence politique dépassant nos interprétations vont bien au-delà de ce que nous pouvons comprendre. C’est pourquoi on finit par assister à une tentative d’occultation de ce lien, afin de se concentrer davantage ici sur le trafic de drogue, qui est un sujet suscitant davantage d’intérêt social et populaire. Peut-être que l’exploitation minière artisanale a gagné en popularité en raison de la question des Yanomami et des opérations menées par le gouvernement fédéral. Mais il faut comprendre qu’avant cette relation, il existait déjà une dynamique préétablie et bien ancrée impliquant l’accaparement illégal de terres, la contrebande de bois et d’autres activités relevant des crimes environnementaux. Le trafic de drogue ne fait que s’ajouter à tout cela. La relation de ces groupes avec les territoires et les communautés, surtout traditionnelles, devient beaucoup plus complexe. Quand on regarde en arrière, on constate que les personnes impliquées dans ces activités criminelles liées à l’environnement sont des acteurs politiques importants. Ils exercent un lobbying politique auprès des députés fédéraux, des sénateurs et des députés régionaux, ainsi qu’auprès du maire et du gouverneur ; ces personnes ont donc elles aussi une influence. Certains gouvernements régionaux de l’Amazonie tentent de fermer les yeux sur ces crimes environnementaux, que l’on essaie de présenter comme des cas isolés.
En tant que journalistes qui couvrent ce sujet, nous nous en rendons compte. Nous le montrons dans nos reportages, mais il semble que les choses n’avancent pas : il n’y a pas de débat public, ni d’enquête permanente et approfondie.
C’est intentionnel.
Intentionnel de la part de qui ?
De la part des gouvernements d’états.
Pourquoi est-il si difficile de lutter contre le trafic de drogue à grande échelle ? Quelle doit être la réponse de l’État ?
Une volonté politique qui s’inscrit dans la réflexion sur le pacte fédératif. Comment résoudre ce problème de manière visible, efficace et stratégique ? Il faut mettre en place des modèles de développement alternatifs capables d’empêcher que les communautés traditionnelles et les populations vulnérables ne soient cooptées par ces réseaux. Il faut également adopter des lois plus strictes permettant de punir les criminels. On parle de sanctions pécuniaires, mais la personne condamnée fera ensuite appel. Il faut une volonté politique de résoudre le problème. Tout d’abord sur le plan législatif. Des lois plus sévères en matière de crimes environnementaux. Il faut créer un système de renseignement unifié capable de fournir des informations fiables pour arrêter les personnes qui alimentent ces réseaux. Et, parallèlement, investir dans une politique publique ciblée sur les territoires vulnérables, qui sont la cible privilégiée de ces réseaux criminels étroitement liés au trafic de drogue.
LE CHOIX D’AUTRES BRÉSILS
Le 22 septembre dernier, confirmation de l’analyse livrée par Aiala Couto : en pleine Assemblée générale des Nations unies, la coalition « Bouclier des Amériques » annonçait le lancement d’actions pour lutter contre 24 groupes et cartels latino-américains, qu’elle étiquette comme « terroristes ». Dans le lot se trouvent les factions brésiliennes Comando Vermelho (CV) et le Primeiro Comando da Capital (PCC). Difficile de ne pas voir y voir, a minima, une manœuvre ciblant le Brésil. Ce Bouclier des Amériques est une initiative de Trump, lancée en mars dernier, dont le principal but affiché est de lutter contre le narcotrafic et le crime organisé à l’échelle internationale dans les Amériques. Les 12 pays fondateurs [2] ont été depuis rejoints par sept autres [3] — le Brésil (comme le Mexique et le Canada, entre autres), qui n’en est pas membre. Tous, à une ou deux exceptions près, sont « Trump compatibles », dirigés par la droite ou l’extrême-droite, et alignés sur la vision du maître de Washington concernant la sécurité. Notamment, un certain nombre d’entre eux acceptent le dogme de l’interventionnisme des États-Unis, disposés à en voir les forces opérationnelles mener des opérations conjointes chez eux — renseignement, interventions militaires, financières, judiciaires, etc.
Difficile de ne pas voir dans l’annonce du 22 septembre un message clair envoyé à l’électorat brésilien, à moins de deux semaines des élections générales : « Jugez-vous que le président sortant Lula soit à la hauteur, à l’heure alors qu’il qu’une vingtaine de pays se décident à sonner la charge de l’extérieur contre le fléau du CV et du PCC ? ». Lula et son équipe s’époumonent à expliquer que la traque de ces deux factions relève des forces de police intérieure contre le crime organisé, sans rapport avec le « terrorisme » qui vise à déstabiliser un État et prendre éventuellement le pouvoir. Hélas, une partie de la population n’y voit probablement que de vaines arguties rhétoriques face à une initiative qui, pour populiste, simplificatrice et attentatoire à la souveraineté nationale qu’elle soit, peut lui sembler louable de prime abord. Flávio Bolsonaro élu, le Brésil rallierait le Bouclier dans la minute suivante.




