Trop d’anthropophagie tue les traditions populaires (1)

, par Alceu Valença

Peu de compositeurs brésiliens atteignent l’équilibre esthétique entre les traditions des cultures populaires et le vaste univers électronique pop. Alceu Valença, lui, a réussi. Au cours d’une interview exclusive, Alceu parle du spectacle de la semaine prochaine et des projets futurs, de la responsabilité du pouvoir public à définir des politiques culturelles pour les traditions régionales et du vice anthropophagique brésilien.


Peu de compositeurs brésiliens atteignent l’équilibre esthétique entre les traditions des cultures populaires et l’univers électronique pop ample. Alceu de Paiva Valença, de São Bento do Una (PE), a réussi. Aujourd’hui, après 36 ans de carrière, il peut parler comme peu peuvent le faire de l’univers de l’industrie culturelle et des manifestations populaires du Pernambouc.

Alceu sera le 11 à Rio de Janeiro et le 15 à São Paulo, avec des dizaines d’artistes pernambouquéens pour un spectacle d’ouverture du Carnaval de Recife, une initiative de la mairie de la capitale pernambouquéenne. Beaucoup de rythmes seront remémorés et revisités dans le répertoire qui va du frevo au maracatu. A part lui, l’événement verra la venue d’interprètes comme Lirinha, Lenine, Silvério Pessoa. Alceu vient également de finir l’enregistrement d’un DVD d’un show uniquement de frevos.

Le pré-carnaval et le lancement du DVD réaffirment en coeur la nécessité de préserver les cultures populaires brésiliennes. « Ici, la culture populaire résiste encore : elle est au fond des personnes, dans leur âme, leur coeur. C’est l’essence de chacun. Désormais, les choses apparaissent avec internet. Il y a très peu de soutien à la culture populaire. Donc le processus est naturel, il est humain. Les nouvelles technologies ont seulement facilité à libérer cela », a affirmé cet « athée ému à la recherche de la foi ».

En interview exclusive avec Carta Maior, Alceu Valença a parlé du spectacle de la semaine prochaine et des projets futurs, de la responsabilité du pouvoir public à définir des politiques culturelles pour les traditions régionales et du vice anthropophagique[1] brésilien.


Carta Maior - Il semble que les cultures populaires soient en pleine ébullition ces derniers temps. C’est une tendance actuelle, une mode ?

Alceu Valença - Ce n’est pas une mode. Un pays comme le Brésil, avec toute sa diversité, a des traditions très fortes. Un pays qui perd sa culture populaire meurt. Presque partout ses racines meurent. Et il est évident que cela est le résultat de l’hégémonie de l’industrie culturelle nord-américaine. Si on allume la télévision, il n’y a que des choses étrangères. Ici, la culture populaire résiste encore : elle est au fond des personnes, dans leur âme, leur coeur. C’est l’essence de chacun. Désormais, les choses apparaissent avec internet. Il y a très peu de soutien à la culture populaire. Donc le processus est naturel, il est humain. Les nouvelles technologies ont seulement facilité à libérer cela. Mais j’y recherche un équilibre. Je ne dis pas que nous devons nous fermer à ce qui vient de l’extérieur, mais seulement que nous ne pouvons pas perdre nos références. Où sont-ils les fans de Cartola et de Nelson Cavaquinho ? Ils sont de moins en moins. Nous avons besoin d’appuyer les maîtres populaires.

CM - Mais à qui revient alors la responsabilité de sauver ces références ?

AV - Au sein d’un monde globalisé, c’est au pouvoir public qu’il incombe de montrer les références de tradition et d’identité à son peuple. Derrière l’art culinaire français, existe une tradition. Il en va de même pour le tango argentin, le fado portugais, le rock nord-américain. Il semble que le Brésil nie sa tradition comme si elle était un péché.

CM - Au cours d’une interview, vous avez affirmé que « avec autant d’anthropophagie, le Brésilien finit perdre les références ». Y a- t-il vraiment une exagération anthropophagique au Brésil ?

AV - Parfaitement. Ils considèrent cela comme une pierre philosofale. L’Anthropophagie a toujours existé. Ce n’est pas une tradition brésilienne. Maintenant, à partir du moment où vous commencez à perdre toutes vos références, il n’existe plus d’identité. Le monde n’a plus de barrière. Si la culture régionale et populaire disparaît, les divisions entre pays n’ont plus lieu d’être. Tous seront identiques. C’est de l’identité dont nous parlons. Je ne suis pas en train de me moquer des Nord-américains. J’ai un profond respect pour le rock, le blues et le jazz. Mais eux ont un respect pour cela. Ici, les personnes se justifient en disant « je fais un mélange entre ça et ça ». Quelle stupidité. Ce sont des bêtises. Je ne dis pas que les traditions ne doivent pas être travaillées, bousculées et évoluées ; mais avec la rapidité avec laquelle l’industrie culturelle massacre les choses, on ne va aller très loin. Vous allumez la TV câblee et vous ne voyez que des émissions nord-américaines. Et quand ce n’est pas le cas, ce sont de pâles copies de celles-ci.


Note :

[1] Le mouvement anthropophagiste qui s’est développé au XXe siècle au sein du modernisme brésilien, prône la déconstruction des cultures étrangères par l’assimilation de leurs idées, de leurs valeurs, de leurs modes de symbolisation du monde pour faire émerger une vision du monde originale en Amérique.


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